Retour

Shell abandonne des puits exploratoires de pétrole en N.-É. : « une décision qui augure mal »

La décision de la pétrolière Shell d'abandonner deux puits exploratoires au large de la Nouvelle-Écosse, plus tôt cette semaine, est un net revers pour la province, selon un analyste, même si tout le potentiel extracôtier n'a pas été exploré.

Un économiste de l’Université Memorial de Terre-Neuve spécialisé en ressources, Wade Locke, affirme que l’abandon des puits Cheshire et Monterey Jack n’est pas de bon augure.

« Ce n’est pas un bon signe », dit-il.

Shell a décidé de sceller les deux puits parce qu’ils ne recelaient pas, à son avis, des réserves de pétroles viables.

En 2003, lorsque le projet d’extraction gazière de l’île de Sable Offshore Energy tirait à sa fin, l’optimisme par rapport aux réserves d’hydrocarbures au large de la Nouvelle-Écosse demeurait très fort. Les acteurs de l’industrie croyaient que les réserves plus loin en mer compenseraient l’épuisement du gaz naturel plus près des côtes.

Le gouvernement provincial de l’époque avait alors dévoilé avec enthousiasme une stratégie pour tirer tout le profit possible des ressources extracôtières.

Beaucoup de choses ont changé depuis, selon Wade Locke

Entre autres, les prix du pétrole ont chuté. Il faudrait un baril de pétrole à 80 $ ou 90 $ à long terme, précise-t-il, pour que l’exploitation de pétrole en eaux profondes soit viable. Le prix du baril fluctue autour de 55 $ actuellement.

L’exploration en haute mer, à 200 km des côtes et à 2 km de profondeur, présente d’autres parts des défis techniques en plus d’être coûteuse.

Shell peut toujours forer d’autres puits sur des parcelles de fonds marins pour lesquelles elle a obtenu des droits d’exploration, mais l’entreprise n’a encore annoncé aucun plan à ce sujet. Selon M. Locke, s’il y avait un potentiel de rentabilité, l’entreprise n’aurait pas cessé de forer.

Les forages en haute mer ne font que commencer, selon un géologue

Le géologue Grant Wach, professeur à l’Université Dalhousie, affirme que la recherche de pétrole en eaux profondes au large de la Nouvelle-Écosse n’en est encore qu’à ses débuts. Selon lui, il est trop tôt pour tirer des conclusions de la fermeture de deux puits exploratoires.

M. Wach souligne que les pétrolières ont foré plus d’une vingtaine de puits exploratoires avant de confirmer la découverte du gisement Hibernia à Terre-Neuve.

Toutefois, M. Locke rappelle que le gouvernement fédéral offrait à l’industrie pétrolière dans ce secteur d’importantes mesures incitatives. Après la crise du pétrole de 1973-74, le Canada payait une bonne partie des coûts de l’exploration pour assurer son approvisionnement en or noir, explique l’économiste.

Des parcelles bientôt offertes au large du Cap-Breton

Wade Locke souligne que la Nouvelle-Écosse compte proposer aux pétrolières d’effectuer des forages exploratoires au large du Cap-Breton, dans les bassins Sydney et Orpheus-Graben. Les autorités réglementaires lanceront un appel d’offres à ce sujet au printemps.

Selon M. Locke, si des entreprises investissent dans des forages dans ce secteur, ce sera un signe de leur confiance envers le potentiel de la région. Sinon, dit-il, il faudra comprendre que leur perspective n’est pas positive.

Une nouvelle phase d’exploration?

Stuart Pinks, directeur de l’Office Canada-Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers, une augmentation des travaux exploratoires dans la province en 2017 semble improbable.

Il dit que les efforts de Shell peuvent être considérés comme étant le début d’une nouvelle d’exploration du sous-sol marin.

M. Pinks note aussi que les pétrolières peuvent garder le secret pendant deux ans sur les informations qu’elles ont recueillies, pendant que d’autres projets se poursuivent. La réglementation stipule que tous les puits exploratoires doivent être fermés et abandonnés à un moment donné, ajoute-t-il, et il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives.

BP planifie un forage en eaux profondes

Entre-temps, poursuit Stuart Pinks, la pétrolière BP pourrait effectuer les prochains forages en eaux profondes dès 2018. L’entreprise ne donne aucun échéancier, mais elle confirme qu’elle poursuit sa planification.

Carl Makrides, directeur des ressources à l’Office Canada-Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers, affirme que BP pourrait forer jusqu’à six puits, selon ses plans.

Statoil a acheté deux permis, mais n’a encore présenté aucune demande de forage exploratoire. La date d’échéance de son premier permis est le 14 janvier 2022.

L’appel d’offres pour l’exploration des bassins Sydney et Orpheus-Graben sera lancé en avril ou en mai et il se terminera vraisemblablement à l’automne, précise M. Makrides. Si des offres sont soumises et retenues, ajoute-t-il, il pourrait encore s’écouler quelques années avant toute activité exploratoire dans le secteur.

Plus d'articles

Commentaires