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Sommet sur l'alimentation : des producteurs craignent d'être dans l'ombre des consommateurs

Le gouvernement du Québec lance mardi les consultations en vue de son grand Sommet sur l'alimentation. Déjà, d'importants acteurs du secteur agroalimentaire craignent d'être mis de côté, au profit... des consommateurs.

Un texte de Marie-Ève Maheu

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation Pierre Paradis l'a indiqué : le Sommet sur l'alimentation laissera une grande place aux citoyens, à ceux qui choisissent ce qu'ils mettent dans leur assiette. Mais les Producteurs de grain du Québec, qui représentent 11 000 producteurs dans la province, s'inquiètent que les constats qui en seront tirés soient « déséquilibrés », voire « irréalistes ».

« Les consommateurs ont des attentes, souvent sans vraiment connaître l'agriculture et les contraintes. Les citoyens ne savent pas nécessairement c'est quoi produire dans un environnement ouvert, parce qu'on importe des grains ici, des États-Unis notamment. D'où nos craintes », explique le directeur général Benoit Legault.

Une certaine exaspération

L'Union des producteurs du Québec (UPA), le monopole syndical qui représente tous les producteurs de la province, attend impatiemment de connaître la forme que prendra ce Sommet. Pour son président, Marcel Groleau, il y a « urgence d'agir » dans le but que le Québec se dote d'une véritable politique agroalimentaire, comme l'a fait l'Ontario.

« Depuis 2008, ce sera la 9e consultation du secteur agroalimentaire au Québec, souligne-t-il. Si on nous annonce une série de sommets échelonnés sur plusieurs mois, voire plus qu'une année, oui, il y aura de l'exaspération. »

Marcel Groleau n'est pas contre la consultation des consommateurs, mais il se préoccupe de la compétitivité de l'industrie. Sinon, il craint que les Québécois la délaissent. « La priorité des consommateurs, au-delà de ce qu'ils disent dans les sondages - des produits sains, des produits biologiques, des produits locaux -, lorsqu'ils font leur achat, c'est le prix. »

La parole aux citoyens

À l'autre bout du spectre, le professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, estime qu'il était temps que le gouvernement tienne compte de l'avis des consommateurs. « À mon avis, on trouve une vision assez limitée chez l'UPA, et on doit offrir la chance aux consommateurs de revoir cette vision pour qu'elle puisse bien cadrer avec les ambitions des Québécois. »

« Dans le fond, on démocratise l'exercice au lieu de permettre à quelques acteurs de monopoliser le message », ajoute-t-il. Rien d'étonnant que l'Union paysanne, qui milite pour une agriculture différente, s'enthousiasme également de la tenue de ce Sommet.

Selon Sylvain Charlebois, les consommateurs doivent se prononcer sur des enjeux comme la gestion de l'offre. « [Avec le Partenariat transpacifique, qui vise à libéraliser le commerce entre 12 pays, dont le Canada], on nous parle des fromagers qui risquent de perdre des parts de marché avec l'arrivée de produits européens. Mais qu'est-ce que le consommateur veut? Est-ce que le consommateur veut plus de variété? Est-ce que le consommateur souhaite que les fromages coûtent moins cher? Parce qu'ils coûtent extrêmement cher, en raison de la gestion de l'offre », illustre-t-il.

Avec son Sommet sur l'alimentation, Québec souhaite notamment connaître les préoccupations de l'industrie et des consommateurs sur les enjeux d'étiquetage et de traçabilité des produits.

« Le Vermont vient de rendre l'étiquetage des OGM obligatoire depuis le 1er juillet, parce qu'on a pris la peine de consulter la population, dit Sylvain Charlebois. C'est une première en Amérique du Nord. Faisons donc le même exercice au Québec. »

Le Sommet sera précédé de trois rencontres thématiques, dont la première portera sur les attentes et les besoins des consommateurs. Les deux autres rencontres devraient traiter de la transformation et de la production.

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