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Sortir de l'ère du pétrole : un rêve à portée de main

Les projets de pipelines, d'exploration et de transport du pétrole font régulièrement la manchette, mais on parle plus rarement des carburants de remplacement, qui pourraient nous permettre de sortir de l'ère du pétrole. Pourtant, le biodiesel, le biométhanol et l'éthanol existent déjà... et leur production est en expansion.

Un texte de Michel Marsolais

« À Saint-Hyacinthe, on produit déjà du biométhane à partir de déchets. Ça évite l'enfouissement. À part le biométhane, on a un gros projet à La Tuque où on veut faire du biodiesel avec des résidus forestiers. À Sainte-Catherine, près de Montréal, l'usine Rothsay produit aussi du biodiesel à partir de gras animal d'abattoir et d'huiles récupérées de la restauration. Il y a plusieurs options actuellement disponibles », énumère Pierre Langlois, physicien et consultant en mobilité durable.

Un autre projet est sur le point de voir le jour à Varennes, à côté de l'usine d'éthanol Greenfield. On construira sur le même site une usine de biocarburant de 2e génération, fait à partir à partir de déchets non recyclables. Le projet est le résultat d'une coopération entre les compagnies Greenfield et Enerkem.

« On voit arriver de nouvelles usines qui peuvent produire des biocarburants à partir de biomasse résiduelle, soit forestière, agricole ou urbaine », explique Marie-Hélène Labrie, vice-président aux affaires gouvernementales et communications chez Enerkem.

Dès son entrée en service en 2016, la nouvelle usine d'Enerkem et de Greenfield produira 38 millions de litres d'éthanol et de biométhanol, deux carburants qui peuvent être utilisés dans les voitures conventionnelles. Enerkem possède déjà une usine semblable à Edmonton, en Alberta, et on veut maintenant multiplier ce modèle d'usine un peu partout. Les principaux clients : les pétrolières qui ajoutent l'éthanol à l'essence.

« L'agence de protection de l'environnement aux États-Unis a permis l'utilisation de 15 % d'éthanol au lieu de 10 %. On voit que la limite technique est repoussée. Sans changer nos voitures, on va pouvoir mettre de plus en plus d'éthanol », dit Marie-Hélène Labrie.

Plus d'éthanol dans l'essence

Au Canada, on retrouve déjà un minimum de 5 % d'éthanol dans l'essence (même s'il n'y a pas de réglementation au Québec). Passer à 15 % d'éthanol diminuerait notre consommation d'essence de 10 %.

« On voit aussi un intérêt pour des mélanges à 20 %, 30 % d'éthanol pour des voitures qui vont devoir être de plus en plus petites », ajoute Marie-Hélène Labrie.

Si l'éthanol de maïs a essuyé plusieurs critiques ces dernières années, des pays comme le Brésil roulent en majeure partie grâce à l'éthanol de canne à sucre ou à divers mélanges essence-éthanol. Tous ces carburants peuvent être utilisés au choix dans les voitures munies de moteurs flex-fuel, aussi disponibles au Canada. La plupart des moteurs pourraient d'ailleurs être convertis en flex-fuel en reprogrammant l'ordinateur de bord des voitures.

Dans un climat comme le Canada, rouler entièrement à l'éthanol pose toutefois des problèmes de corrosion sur certaines pièces du moteur, qu'il conviendrait de remplacer par des pièces en plastique.

« Il nous faut aussi des pompes aux stations-service, explique la porte-parole d'Enerkem. On a besoin de faire un virage où l'on offre au consommateur beaucoup plus d'options ».

Pour plusieurs experts, cependant, les biocarburants ne pourront répondre à toute la demande, même à long terme. Ils croient plutôt à un mélange de moteurs électriques et de moteurs à combustion qui peuvent utiliser les biocarburants.

« Le principal élément de remplacement du pétrole, ça va être l'électricité. Plus de 90 % des kilomètres devront être fait à l'électricité. À partir de ce moment, le biocarburant, ça va être 6 ou 7 % de la consommation d'essence. Mais déjà maintenant, on peut éliminer plus de 90 % de l'essence », pense Pierre Langlois, qui est aussi l'auteur du livre Rouler sans pétrole.

Scepticisme sur l'hydrogène

M. Langlois est toutefois pessimiste par rapport aux technologies comme la voiture à hydrogène. « L'hydrogène est fait à partir de carburant fossile. Les émissions ne sont pas faites au bout du tuyau d'échappement de la voiture, mais à l'usine qui fabrique l'hydrogène. C'est l'équivalent d'une voiture qui consomme 5 litres aux 100 km. Donc on ne gagne rien! Et les stations de ravitaillement d'hydrogène coûtent beaucoup plus cher », dit-il.

Le gaz naturel liquéfié, qui commence à être utilisé sur les flottes de camions, fait aussi des sceptiques à cause de son impact environnemental. L'extraction du gaz naturel génère en effet beaucoup d'émissions de gaz à effets de serre, même si les émissions du véhicule sont plus faibles.

Le biométhanol semble plus prometteur; ses usages sont déjà nombreux dans l'industrie. Il est aussi utilisé comme carburant dans les courses de voitures de formule Indy, parce qu'il s'enflamme difficilement. Il est donc plus sécuritaire en cas de fuite ou d'accident.

À Varennes, l'usine Greenfield, établie depuis 2007, poursuit les recherches sur des plantes de substitution moins controversées que le maïs pour produire de l'éthanol. « On est déjà l'usine la plus performante au pays », assure Jean Roberge, directeur général de l'usine.

L'usine de Varennes produit annuellement 175 millions de litres d'éthanol, mais le Québec doit importer un supplément de 250 millions de litres pour répondre à sa demande interne.

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