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Steve Verheul, l'homme qui doit renégocier l'ALENA

On le décrit comme calme et posé. Son nom est inconnu du grand public, mais l'homme est très respecté à Ottawa. Steve Verheul occupe l'un des postes les plus névralgiques en ce moment au pays : négociateur en chef du Canada pour l'ALENA. Pourquoi lui?

Un texte de Louis Blouin

À l'écouter, on ne croirait pas que Steve Verheul s'apprête à renégocier l'accord commercial le plus important du Canada.

En comité parlementaire, lundi à Ottawa, il affichait une sérénité déconcertante face aux députés le questionnant sur son mandat. Le vent de protectionnisme qui vient du sud ne semble pas l'émouvoir.

Alors que la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s'attend à des moments « dramatiques », comment M. Verheul appréhende-t-il les négociations avec l'administration Trump?

Sa confiance pourrait se résumer en deux mots : préparation et anticipation.

« Nous avons fait beaucoup de recherche sur ce que les États-Unis veulent obtenir, bien au-delà de leurs objectifs officiels de négociation », dit-il.

Steve Verheul affirme que son équipe a « une bonne idée » des éventuelles demandes américaines et de leur valeur.

Selon lui, le Canada est prêt à y répondre et est très bien préparé.

Spécialité : agriculture

Alors que le secteur agricole canadien et surtout les producteurs laitiers sont dans la mire de la Maison-Blanche, le choix de M. Verheul n'est pas un hasard.

Son père détenait une entreprise d'équipements agricoles destinés... aux fermes laitières.

Pendant 20 ans, il a oeuvré au ministère de l'Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada, où il a contribué à la négociation initiale de l'ALENA.

M. Verheul a aussi participé aux pourparlers qui ont mené à la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Décrit par certains comme « l'homme de la situation », il a piloté les négociations entourant l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe.

Les enjeux « faciles » en premier

Le négociateur croit que les premières rondes de négociation serviront à préparer le terrain et régler les questions plus consensuelles.

Par exemple, les trois pays s'entendent sur le besoin d'accélérer les processus à la frontière et de rendre la circulation des biens plus efficace. Ces enjeux devraient être réglés rapidement, croit-il.

Mais plus les pourparlers avanceront, plus les dossiers deviendront épineux.

Des canaux de communications sont établis avec le gouvernement Trudeau. Quand les discussions deviendront corsées, l'équipe canadienne aura ainsi accès à une orientation politique.

Steve Verheul tentera de réaliser les « objectifs ambitieux » d’Ottawa pour intégrer à l’entente des normes de travail et environnementales plus élevées, notamment.

Il veut aussi s’assurer que les contrats publics américains demeurent accessibles aux entreprises canadiennes et limiter le recours aux clauses « Buy American ».

Sept rondes de négociations sont prévues avec l’objectif de renouveler le traité au début de l'année 2018.

Cependant, en négociateur expérimenté, M. Verheul n'ose pas s'avancer sur un échéancier précis.

En prévision de la première ronde, Steve Verheul a déjà discuté à quelques reprises au téléphone avec ses homologues américain et mexicain, John Melle et Kenneth Smith Ramos.

Il s'attend à leur parler souvent au cours des prochaines semaines.

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