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Stimuler l'économie, est-ce une « idéologie de gauche »?

J'ai failli m'étouffer dans mon café en prenant connaissance de l'appréciation de la visite de la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) faite par le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada Tony Clement.

Un texte de Gérald Fillion

Selon M. Clement, Christine Lagarde, ex-ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, à la tête d'une puissante institution souvent dénoncée pour ses positions néolibérales et ses exigences à l'endroit des pays pauvres, Christine Lagarde, donc, est venue mardi au Canada propager une « idéologie de gauche », rien de moins!

Parce qu'elle appuie les politiques expansionnistes du gouvernement Trudeau, qui ont pour objectif de stimuler une économie atone et en déclin depuis cinq ans, Christine Lagarde appuie des politiques qu'épousent des économistes et des politiciens de gauche, de l'avis de Tony Clement.

« Elle a tort, dit M. Clement. Si tu mets de l'avant des théories fondées sur une idéologie de gauche qui se traduit par plus de taxes et plus de dépenses, ça ne créera pas d'emplois. »

Honnêtement, pour un ancien président du Conseil du Trésor, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a un grand manque de pragmatisme.

Tony Clement et Christine Lagarde sont pourtant des alliés idéologiques dans la réalité. Leur engagement en politique s'est fait dans le cadre de partis de centre droite ou de droite, qui ont pour objectif de favoriser le secteur privé, de réduire l'intervention de l'État et de trouver des solutions de marché.

Mais, aujourd'hui, une chose les distingue : l'une se montre pragmatique, l'autre est dogmatique.

Si des leaders du G20, du FMI et de la Banque mondiale, si des décideurs politiques ou d'anciens dirigeants comme Shinzo Abe, Barack Obama ou Lawrence Summers, si des économistes de gauche et de droite affirment aujourd'hui qu'il est logique de profiter de très faibles taux d'intérêt pour emprunter et stimuler une économie en faible croissance, en stagnation selon certains, ce n'est pas parce que, tout à coup, ces gens-là viennent d'être frappés par un spectaculaire éclair gauchisant!

La réponse est simple : c'est parce que la croissance n'est plus au rendez-vous. Et c'est parce que les décideurs réalisent deux choses : l'austérité budgétaire des années qui ont suivi la crise de 2008 a ralenti la croissance et la reprise de façon plus importante qu'attendu.

Et c'est aussi parce que les inégalités ne cessent de grandir, ce qui est considéré comme étant contre-productif sur le plan social, économique, politique.

Quand Stephen Harper et Jim Flaherty ont présenté un budget déficitaire de 56 milliards de dollars au lendemain de la crise financière, ils ne l'ont pas fait parce qu'ils étaient, tout à coup, devenus des keynésiens dans l'âme, en référence à John Maynard Keynes, dont les travaux montraient que l'État avait un rôle à jouer dans le développement et la croissance de l'économie. Non, Karl Marx n'a pas fait la préface du budget fédéral en janvier 2009. Ni Françoise David.

Ça ne veut pas dire qu'il faut dépenser sans compter!

C'est important de bien saisir une nuance, concept difficile à trouver chez les idéologues. L'important pour un gouvernement, et j'ai pu le lire chez plusieurs économistes, c'est son plan de match.

Est-ce que l'État contrôle ses finances, élabore une politique qui lui permettrait éventuellement d'équilibrer ses finances publiques ou, du moins, d'atteindre ses objectifs? C'est ça qui est important dans l'analyse des finances publiques.

Qu'on soit d'accord ou non, le gouvernement Harper avait un plan. Qu'on aime ça ou pas, le gouvernement Trudeau aussi a un plan. Et c'est précisément pour ça que le Canada maintient sa cote AAA parmi les agences de notation et qu'il peut emprunter à des coûts ridicules!

En Europe, les pays membres de l'Union se sont entendus pour respecter des seuils : déficit public de moins de 3 % du PIB, dette publique de moins de 60 % du PIB. On ne parle même pas d'obligation de déficit zéro. Aux États-Unis, on ne parle jamais d'équilibre budgétaire!

Le Canada, comme le Québec d'ailleurs, ferait partie des premiers de classe à l'intérieur de l'Union européenne. Un déficit de 29 milliards de dollars en 2016-17 au Canada, c'est 1,5 % du PIB. À 650 milliards de dollars de dette, c'est 32 % du PIB.

Le Canada fait partie des pays qui ont la meilleure situation financière sur la planète. Et les déficits prévus dans les prochaines années ne vont rien changer à cet état de fait. Le pari du gouvernement, c'est que ses investissements vont stimuler l'économie.

Et voilà les vrais enjeux pour le Canada : stimuler l'investissement privé qui ne bouge pas, sortir de sa dépendance aux ressources et retrouver le chemin de la croissance. C'est une « idéologie de gauche », ça?

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