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Tarifs américains sur l'aluminium et l'acier canadiens : l'industrie crie à l'injustice

Les industries de l'aluminium et de l'acier ont vivement réagi aux tarifs américains de 10 % qui seront imposés à partir du vendredi 1er juin.

L’aluminium québécois est un levier économique puissant, rappellent les représentants de cette industrie. Le Québec compte neuf des dix alumineries canadiennes, exploitées par Rio Tinto Alcan, Alcoa et Aluminerie Alouette. Plus de 1400 entreprises sont actives dans le domaine de la formation.

Alcoa a rapidement admis sa déception, jugeant « regrettable » la décision de l’administration Trump et lui demandant d’y surseoir.

Chez AluQuébec, l'organisme qui assure la coordination de l'industrie québécoise de la transformation de l'aluminium, on déplore fortement l'application de ces tarifs.

« Je peux vous assurer que les producteurs d'aluminium que nous représentons, soit près de 30 000 emplois, nous parlons tous d'une même voix. [Ce tarif] est contre-productif », a déclaré Marie Lapointe, PDG d'AluQuébec.

Mme Lapointe ne comprend pas la décision américaine, car selon elle, « ça ne va pas simplement hypothéquer et réduire la rentabilité de nos producteurs, mais ça va réduire la rentabilité des transformateurs américains ».

Pour l'Union des municipalités du Québec (UMQ) Ottawa doit intervenir rapidement « pour dénouer ce nouveau conflit commercial dont nos régions auraient pu se passer, après la crise du bois d'œuvre et du papier journal et d'imprimerie », a déclaré le président de l'UMQ, Alexandre Cusson.

«  Mauvais outil dirigé au mauvais endroit  »

Pour sa part, le président de l'Association de l'aluminium du Canada (AAC) estime que l’imposition de tarifs additionnels est un « mauvais outil dirigé au mauvais endroit ».

« Les États-Unis devraient se concentrer sur le véritable problème, soit la surcapacité de la Chine », a déclaré Jean Simard, président et chef de la direction de l'AAC.

Selon M. Simard, les Américains ont consommé 5,5 millions de tonnes d'aluminium l'an dernier, alors que leur production nationale n'a été que de 700 000 tonnes. Les États-Unis se sont principalement approvisionnés auprès du Canada.

Le Syndicat des Métallos, qui représente des milliers de travailleurs de l'acier et de l'aluminium dans les deux pays, dénonce les « prédateurs » de l'industrie.

Le tarif se déplacera dans le prix

En dépit des tarifs, la demande d'aluminium ne devrait pas fléchir aux États-Unis, croit l’économiste du Mouvement Desjardins Karine Bergevin, puisqu'il est difficile pour des producteurs automobiles, par exemple, de remplacer ce métal.

« Le tarif risque tout simplement de se déplacer dans le prix, comme ç'a été le cas avec le conflit du bois d'oeuvre », a-t-elle expliqué.

Une flambée des prix pourrait finir par se refléter sur le prix des biens de consommation, selon M. Simard et Mme Bergevin, bien qu'il soit difficile pour l'instant de quantifier les augmentations.

« Tout est tellement relié, a rappelé l'économiste au Mouvement Desjardins. On exporte l'aluminium vers les États-Unis, où la matière première est transformée avant de revenir chez nous dans un produit de consommation. Il y a une chance que les prix puissent grimper. »

Selon l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), de 2016 à 2017, les exportations québécoises d'aluminium ont bondi de 27 % pour s'établir à 6,1 milliards de dollars, un sommet en près de 10 ans.

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