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Taxe sur le carbone : le casse-tête des camionneurs canadiens

L'industrie du camionnage au Canada dénonce le manque de contrôle qu'elle aura sur la mise en oeuvre de la taxe sur le carbone par les provinces. Pour l'Association du camionnage des provinces atlantiques, les mesures envisagées par certaines provinces, comme le Manitoba, vont pénaliser les entreprises.

Un texte de Barbara Gorrand

Les modalités d’adoption de la taxe sur le carbone, partout au Canada, continuent de susciter le débat. Jean-Marc Picard, le directeur exécutif de l’Association du camionnage des provinces atlantiques, estime que les différences d’application de la taxe d'une province à une autre constituent un « casse-tête » pour la profession.

« Beaucoup de camionneurs traversent plusieurs provinces. Étant donné les différences de la taxe entre les provinces, il va être très difficile pour les camionneurs d’estimer les coûts », détaille-t-il. Il donne l'exemple du Nouveau-Brunswick, où le gouvernement provincial a « simplement décidé de prendre une portion de la taxe diesel et de l’appeler taxe carbone ». Dans d’autres provinces, c’est une nouvelle taxe qui est implantée. « On aimerait que le gouvernement fédéral uniformise ce système. »

400 000 conducteurs au pays

Ces difficultés touchent une industrie qui, selon Jean-Marc Picard, compte entre 4000 et 5000 entreprises à travers le pays. « Cela représente 400 000 conducteurs, un chiffre que l’on peut facilement multiplier par cinq ou six pour l’ensemble des employés », dit-il.

Il estime que le projet de taxe au Manitoba, associé à sa situation géographique centrale, fait que le gouvernement provincial va collecter une part plus importante de taxe carbone, en raison de tous les camions qui traversent le territoire. « Cela bénéficie à la province, mais cela désavantage les camionneurs ».

D'après les chiffres de la province, plus de 1000 entreprises de transport sont enregistrées au Manitoba. Elles emploient quelque 30 000 personnes.

Parmi les gros joueurs locaux, il y a Bison Transport. Cette entreprise possède une flotte de 15 000 camions et a ouvert des succursales dans d'autres provinces ainsi qu'aux États-Unis.

Son PDG, Rob Penner, se dit déçu de l'approche provinciale en matière de taxe sur le carbone. « Notre inquiétude, avec l’approche de la province telle qu’elle est aujourd’hui, c’est qu’il ne s’agit pas d’une stratégie de réduction de l’empreinte carbone, mais d’une taxe qui se réduit à une ponction financière », affirme-t-il.

Selon lui, la taxe sur le carbone devrait s’accompagner de mesures incitant les entreprises à investir dans des technologies plus favorables à l’environnement.

L'exemple de l'Ontario

« L’Ontario, par exemple, a prévu dans son Plan d’action contre le changement climatique, 270 millions de dollars pour aider son industrie du camionnage à investir dans des technologies plus écologiques », affirme Rob Penner.

Il espère que le gouvernement manitobain prendra ces aspects en considération. « Parce que ce n’est pas seulement les revenus sur la taxe carbone qu’ils sont en train de manquer, affirme-t-il. C’est aussi des créations d’emploi et des investissements qui iront à d’autres provinces. »

« Nous soutenons une stratégie de réduction de l’empreinte carbone dès lors qu’elle est menée dans le bon sens, poursuit Rob Penner. La taxe sur le carbone ne doit pas rendre une entreprise manitobaine moins compétitive sur le marché canadien, et ne doit pas rendre une entreprise canadienne moins compétitive sur le marché nord-américain. »

Le PDG de Bison Transport estime que la stratégie envisagée par le Manitoba va augmenter les coûts des entreprises de camionnage dans la province, « en leur retirant de l’argent qui devrait être réinvesti dans des pratiques plus écologiques ».

Les entreprises manitobaines prêtes à riposter

Cette déception est aussi perceptible chez de plus petites entreprises comme celle de Gilbert Dubé, propriétaire d’Horizon International. De taille plus modeste, avec 31 camions « pour la plupart appartenant aux conducteurs eux-mêmes », précise Gilbert Dubé, l'entreprise pourrait être dûrement affectée par l’application de la taxe manitobaine.

« Le diesel représente un coût d’environ 100 000 dollars par semaine pour mon entreprise », explique Gilbert Dubé. « Pour moi, une augmentation de 4, 5 ou 6 cents le litre, c’est immense. Alors imaginez pour une compagnie qui a 1000 camions. C’est le client qui va en pâtir. Et puis, vue la taxe locale, les camionneurs iront faire le plein en Saskatchewan, en Ontario, ou aux États-Unis. »

D’autres conséquences pourraient être à prévoir, reprend Rob Penner. « Il ne serait pas logique pour notre entreprise, qui possède déjà des succursales ailleurs au Canada et aux États-Unis, de créer des emplois et d’investir dans des territoires qui ne sont pas compétitifs », précise-t-il.

L'industrie du camionnage manitobain doit prochainement rencontrer le gouvernement Pallister pour faire part de son mécontentement.

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