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Trans Mountain : davantage de transparence environnementale demandée à Kinder Morgan

Plus de 50 % des actionnaires de Kinder Morgan, réunis à Houston, appuient la proposition d'une chef autochtone de la Colombie-Britannique pour que le géant énergétique publie un rapport annuel incluant les implications environnementales du projet Trans Mountain.

Un texte de Noémie Moukanda

Mercredi, la chef Judy Wilson a participé à la réunion annuelle des actionnaires de Kinder Morgan au Texas pour y présenter une résolution afin que le géant pétrolier publie un rapport sur le développement durable, les risques environnementaux ou encore l’acceptation sociale en lien avec son projet d’expansion du pipeline Trans Mountain.

Plus de la moitié des actionnaires sont pour la proposition de la représentante de la bande indienne de Neskonlith (Nation Secwepemc). La chef Wilson, qui est aussi la secrétaire-trésorière de l'Union des chefs indiens de la Colombie-Britannique, a exprimé son opposition au projet d’expansion depuis ses débuts.

Judy Wilson a effectué ce voyage au Texas pour avertir les investisseurs que sans le consentement de toutes les communautés autochtones, ce projet n'ira pas de l'avant. Elle a eu l'occasion de s'exprimer, car elle a été invitée par un important fonds de pension américain, le New York State Common Retirement Fund, lui-même actionnaire.

Si la résolution a reçu un tel accueil, c'est parce qu'elle a été appuyée par le fonds de retraite des employés du secteur public de la Californie ainsi que le fonds d'investissement des employés du gouvernement de la Norvège, deux entités connues pour leurs sensibilités environnementales.

« Les actionnaires de Kinder Morgan comprennent les risques et incertitudes auxquels ils sont confrontés avec l'expansion de Trans Mountain dans le territoire non cédé », a déclaré la chef Wilson. Selon elle, ils sont conscients « des changements dans le paysage politique avec la mise en oeuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones qui accorde la priorité au consentement libre, préalable et éclairé ».

Vote non contraignant

Ce vote ne veut cependant pas dire que Kinder Morgan a l’obligation de produire ce rapport de développement durable. Dans un communiqué de presse, Kinder Morgan s’est empressée de souligner que « ces propositions ne sont pas contraignantes ». « Toutefois, le conseil d’administration examinera attentivement les propositions [...] afin de déterminer les mesures à prendre à leur égard », a ajouté Dave Conover, vice-président des affaires publiques de la compagnie.

Pour la délégation de Judy Wilson à Houston, Kinder Morgan est l’une des rares entreprises à ne pas avoir ce genre de rapport alors que « la pratique est devenue courante aux États-Unis depuis longtemps ». Lisa Lindsley de SumOfUs dit en effet que l’attitude de Kinder Morgan est « inhabituelle ».

Eugene Kung de West Coast Environmental Law estime que « le projet d'expansion condamné de Trans Mountain est un parfait exemple de la raison pour laquelle les investisseurs devraient porter une attention particulière au risque et à l'incertitude auxquels sont confrontés les projets qui n'ont pas le consentement des collectivités ».

Les kayakistes à l’oeuvre

Pendant ce temps, une soixantaine d’opposants a, une fois de plus, bravé les interdictions en manifestant près du site de Kinder Morgan à Burnaby, en banlieue de Vancouver. Une dizaine étaient sur les eaux dans des kayaks, d’autres enchaînés aux clôtures de fils barbelés.

La police est intervenue. La plupart ont obtempéré. Parmi les kayakistes, une personne a été arrêtée lors de cette démonstration de force.