Retour

Trans Mountain : Rachel Notley vante les possibles retombées en C.-B.

De passage à Vancouver, lundi et mardi, la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, tente de convaincre les Britanno-Colombiens de l'intérêt économique du pipeline Trans Mountain pour leur province. Une tâche difficile, les élus du Grand Vancouver ayant déjà déclaré que les risques outrepassent largement les bénéfices. Regard sur les retombées potentielles du projet.

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, n’a pas la tâche facile. Le pipeline Trans Mountain a beau avoir été approuvé, sous 157 conditions, par le gouvernement fédéral, elle doit maintenant convaincre les Britanno-Colombiens du bien-fondé de ce projet.

Lors de son passage à l'émission The Early Edition mardi sur les ondes de CBC, la première ministre a parlé de l'importance de ce projet pour le pays. Il représente, selon elle, un « équilibre entre les progrès dans la lutte contre les changements climatiques et la protection des côtes tout en permettant aux Canadiens d'avoir de bons emplois ». Elle a profité de l'occasion pour rappeler le fait que le gouvernement fédéral avait annoncé un plan de 1,5 milliard de dollars pour la protection des océans etpour soutenir que ce pipeline n'aurait pas d'impact sur la quantité de pétrole extrait en Alberta.

Environ 44 000 personnes vivant et payant leurs impôts en Colombie-Britannique gagnent leur vie en Alberta, majoritairement dans l'industrie pétrolière. L'année dernière, ils ont gagné deux milliards de dollars et les ont dépensés en Colombie-Britannique. Nous sommes extrêmement liés!

Rachel Notley, première ministre de l'Alberta

Rachel Notley a aussi cité l'impact du projet sur le PIB de la Colombie-Britannique, évalué à un milliard de dollars par le Conference Board du Canada.

Des retombées qui ne sont à ce point-ci pas suffisantes pour la première ministre de la Colombie-Britannique, qui affirmait la semaine dernière être toujours en pourparlers pour s’assurer que sa province bénéficie du projet, que ce soit par l’intermédiaire de redevances ou d’autres avantages négociés.

Rachel Notley a dit comprendre que des négociations étaient en cours entre Victoria et Kinder Morgan. « Ce n'est pas un enjeu interprovincial, a-t-elle expliqué. Je comprends que le gouvernement de Colombie-Britannique négocie avec les promoteurs du projet et qu'ils s'approchent d'une entente. Je les appuie dans ce travail. »

Des retombées importantes selon Kinder Morgan

Selon Kinder Morgan Canada, le triplement de la capacité de son pipeline de l’Alberta jusqu’à Burnaby, en banlieue de Vancouver, est une mine d’or pour l’ouest du pays. Le projet, selon les estimations de l’entreprise, générera 5,7 milliards de dollars en impôts durant la phase de construction et au cours des 20 premières années d’exploitation, pour la Colombie-Britannique seulement.

En matière d’emploi, cela signifie 189 000 emplois par année pour la province pendant la phase de construction et les 20 années suivantes, selon les chiffres déposés devant l’Office national de l’énergie. Le quart des emplois créés grâce à Trans Mountain seraient ainsi en Colombie-Britannique.

Les Britanno-Colombiens devraient aussi profiter de l’augmentation des impôts fonciers, estimée à 23, 2 millions par année à l’échelle de la province.

Quelle valeur accorder aux chiffres cités?

Certaines voix croient que les retombées économiques annoncées par Kinder Morgan Canada sont exagérées.

Dans une étude publiée en 2014 (en anglais), un groupe de chercheurs de l’Université Simon Fraser (SFU) remet en question les chiffres avancés devant l’Office national de l’énergie. Selon leurs estimations, l’entreprise a dans certains cas doublé et triplé les retombées en termes d’emplois directs et indirects pendant et après la construction. Une fois sa construction terminée, le projet ne générerait qu’une cinquantaine d’emplois à long terme, selon les chercheurs.

Les avantages fiscaux calculés par Kinder Morgan auraient aussi été exagérés, soutiennent-ils.

Quant aux coûts en cas de déversement, ils auraient été sous-évalués. Kinder Morgan estime des coûts de 316 millions de dollars en cas de scénario catastrophique. L’étude de SFU les estime plutôt à 2,5 milliards de dollars.

Dans ce contexte, Rachel Notley aura fort à faire dans les prochaines semaines pour convaincre ses voisins du bien-fondé économique du pipeline Trans Mountain. Elle devra aussi faire face aux maires de Vancouver et Burnaby.

Vancouver et Burnaby : le jeu n’en vaut pas la chandelle

Ces dernières ont déjà fait part de leurs conclusions : les retombées chez elles dans leurs sont trop faibles pour donner l’aval à ce pipeline qui transportera chaque jour jusqu’à 890 000 de barils de pétrole.

Les milieux d’affaires de ces deux villes parviennent à des conclusions similaires.

La chambre de commerce de Burnaby a appuyé la décision du bout des lèvres. Devant l’Office national de l’énergie, le regroupement de gens d’affaires disait avoir l’impression « que les bénéfices économiques ne contrebalançaient pas les risques encourus par la ville comme terminus du projet ».

Dans la ville du maire Derek Corrigan, le projet signifierait une hausse des impôts fonciers récoltés de 6,2 millions de dollars par année, sur un budget de 213, 5 millions de dollars.

Dans ses déclarations publiques, la chambre de commerce de Vancouver, elle, demeure vague sur les retombées régionales, préférant rappeler l’intérêt pour le pays, les pertes associées à ne pouvoir exporter ailleurs qu’aux États-Unis se chiffrant, selon elle, à 50 millions de dollars par jour.

Des conclusions différentes chez les Autochtones

La vaste majorité des Premières Nations le long du tracé, elles, ont cependant décidé de faire confiance à l’entreprise et d’appuyer le projet. Une décision difficile, confirme Keith Henry, président de la Fédération des métis de Colombie-Britannique.

« Ce n’était pas une décision unanime. Nous avons eu des discussions internes durant une longue période de temps, mais nous avons des espoirs importants en termes d’emploi, et c’est quelque chose de très important », souligne-t-il, rappelant le taux de chômage plus élevé que la moyenne chez les Autochtones.

Au total, une soixantaine d’entreprises membres de l’association espèrent pouvoir profiter d’une occasion d’affaire, des PME dans le domaine de la construction aux petits entrepreneurs prêts à travailler en partenariat avec d’autres entreprises.

Le public croit peut-être que toutes les communautés autochtones s’opposent à Trans Mountain, mais plusieurs l’appuient, alors ça nous place dans une situation délicate.

Keith Henry, président de la fédération des métis de Colombie-Britannique

Trente-neuf communautés autochtones ont officiellement signé une entente avec Kinder Morgan Canada, misant sur les occasions économiques s’offrant à elles le long du tracé.

Plus d'articles

Commentaires