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TransCanada devra se dépêcher devant le protectionnisme de Donald Trump, estime un chercheur

Les visées protectionnistes de l'administration Trump sur la provenance des gros tuyaux qui constituent les oléoducs en sol américain sont inquiétantes pour les producteurs canadiens, croit le chercheur Vincent Boucher, de la Chaire Raoul-Dandurand à Montréal. Dans le cas de l'oléoduc Keystone XL cependant, TransCanada pourrait profiter du délai d'une nouvelle législation en ce sens.

Un texte de Nahila Bendali

Avant le rejet du projet par l’administration Obama, les tuyaux du pipeline de Keystone XL devaient provenir à 24 % de l’aciérie EVRAZ, situé à Regina. Lors de l’annonce de la relance du projet par le président des États-Unis mardi, le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall a indiqué dans un communiqué qu’il avait bon espoir que la compagnie prendrait toujours part au projet.

Du côté d’EVRAZ, on indique également vouloir travailler de concert avec l’administration américaine pour aller de l’avant avec Keystone XL.

Cependant, le gouvernement américain veut développer un plan pour s’assurer que les conduites des pipelines traversant son territoire sont fabriquées aux États-Unis, de la fonte du métal jusqu’au produit fini.

Le chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, Vincent Boucher, explique que le secrétaire du département du Commerce a 180 jours pour développer une telle stratégie. L’approbation d’une nouvelle demande de TransCanada doit se faire dans les 60 jours après le dépôt de la demande.

« On imagine que les plans sont déjà pas mal prêts, puisqu’on en est à la troisième demande de permis déposé », selon M. Boucher. La pétrolière a indiqué quant à elle hier qu’elle prépare sa demande et qu’elle a l’intention de la proposer.

Est-ce que dans la nouvelle demande de permis, TransCanada va anticiper la demande de l’administration Trump et inclure une clause qui stipule que tous les tuyaux utilisés pour l’oléoduc en sol américain doivent provenir des États-Unis, ça va être à voir.

Vincent Boucher, Observatoire sur les États-Unis, chaire Raoul-Dandurand

Conséquences difficiles à prévoir

Puisque la législation n’est pas encore définie, il est difficile de prévoir les conséquences d’une telle mesure protectionniste pour Keystone XL, indique le chercheur, d’autant plus que certaines parties du système de tuyaux ont déjà été construites à l’étranger, souligne-t-il. « Est-ce qu’on voudra revenir sur certains de ces travaux et vouloir tout refaire aux États-Unis, ce serait une bonne question à poser. »

Les directives de Donald Trump confirment toutefois sa vision « America First », qu’il voudra mettre en place dès son premier mandat, estime M. Boucher. « Ça risque peut-être de teinter les rapports canado-américains sur le plan économique donc on accepte quelque chose qui bénéficie le Canada, mais avec des conditions très fermes du côté des États-Unis », selon lui.

Une nouvelle législation en ce sens est inquiétante pour les entreprises canadiennes, mais il faudra se tourner vers des partenaires régionaux aux États-Unis pour contrecarrer les effets possibles du protectionnisme de Washington, croit Vincent Boucher.

« Il faut se tourner vers les États comme le Montana, le Dakota du Nord, qui sont [...] des partenaires clés pour les provinces de l’Ouest. Ces États vont demeurer des partenaires clés et il faut voir [...] dans quelle mesure on peut tenter de collaborer. »

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