L'arrivée à la retraite des entrepreneurs baby-boomers risque d'ébranler les petites et moyennes entreprises du Québec, donc l'économie du Québec. Ces entreprises devront changer de main. Combien pourront survivre à ce transfert d'une génération à une autre, le premier d'une telle ampleur au Québec?

Un texte de Ginette Lamarche à Désautels le dimanche

La très grande majorité des PME québécoise sont familiales. Les propriétaires qui ont souvent tenu à bout de bras leur entreprise auront la possibilité de transférer ce patrimoine à leurs enfants. Ceux-ci seront-ils tentés et capables de gérer l'entreprise et de la faire fructifier?

Vital Tremblay a monté son entreprise, Tramfor, au Saguenay, en travaillant comme un forcené. Il a frôlé la faillite, le découragement. Aujourd'hui, son entreprise marche bien, mais il a longtemps hésité avant de la transférer à ses deux fils, Yannick et Jonathan. Ces derniers voulaient s'assurer qu'ils réussiraient à développer l'entreprise et à avoir une vie agréable.

Le père et ses deux fils sont maintenant propriétaires à parts égales. Vital a prêté à ses fils les fonds nécessaires pour qu'ils puissent réussir et n'aient pas trop à s'endetter. « Ils me paieront quand ils pourront », dit-il.

Il avoue que cela aurait été plus facile, et plus avantageux financièrement pour lui, de vendre à un étranger.

Les lois fiscales actuelles sont loin d'avantager le transfert de la PME à la famille. Le propriétaire peut obtenir une déduction fiscale sur les gains en capital s'il vend à un étranger. S'il vend à quelqu'un de la famille, il n'aura pas droit à cette déduction.

Le gouvernement québécois a récemment permis cette déduction lors d'une vente familiale dans les domaines de l'agriculture, des pêches et dans le secteur manufacturier. Mais un grand nombre de PME, notamment les commerces, ne peuvent pas en bénéficier. De plus, le gouvernement fédéral ne donne aucune déduction.

Vouées à disparaître?

Selon une étude de la firme Raymond Chabot Grant Thorton, si le système ne change pas, de nombreuses entreprises familiales pourraient disparaître, entraînant avec elles des milliers d'emplois. Des études avancent le chiffre de 100 000.

Éric Dufour, conseiller à la firme Raymond Chabot Grant Thorton, a effectué le plus grand nombre de transferts d'entreprises au Québec. Selon lui, si rien n'est fait pour venir en aide aux propriétaires de PME, l'économie du Québec risque d'en subir les conséquences.

Déjà, les effets se font sentir, selon M. Dufour. Beaucoup de propriétaires baby-boomers n'ont pas de plan de transfert, ils ne savent pas comment s'y prendre. Résultat : ils n'investissent plus dans leur entreprise.

Ces transferts stimulent la croissance de l'entreprise et, par conséquent, celle du Québec.

Selon Éric Dufour, le Québec a un grand retard à rattraper pour faciliter ces transferts. Les entrepreneurs ont besoin d'information et d'aide pour aller de l'avant.

Par ailleurs, beaucoup d'émotivité entre en jeu dans le cas d'un transfert familial. Trop souvent, le propriétaire ne veut pas lâcher prise. Il ne fait pas confiance à ses enfants qui ont d'autres valeurs et d'autres priorités que lui. C'est la raison pour laquelle il a besoin de soutien pour pouvoir prendre les bonnes décisions.

Bien des PME familiales ne seront pas transférées à des membres de la famille fondatrice. Il faut donc trouver, selon Éric Dufour, d'autres modèles de transfert en associant les employés clefs, voire en favorisant la reprise par les travailleurs regroupés dans une coopérative.

Il faut réfléchir, ajoute M.Dufour, à tous ces modèles, particulièrement dans les régions du Québec où la fermeture d'une PME peut conduire à la disparition d'un village.