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Trois initiatives pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre

Les entrepreneurs de Chaudière-Appalaches doivent faire preuve d'imagination pour pallier le manque d'employés, alors que leur région affiche un des taux de chômage le plus bas en province. Une entreprise de L'Islet va même jusqu'à construire un quartier résidentiel pour accueillir des travailleurs étrangers. Visite de trois compagnies de la région qui proposent des initiatives pour contrer la pénurie de la main-d'œuvre.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

Un quartier résidentiel sur les terrains de l’usine

Si loger d’un seul coup une quinzaine de travailleurs étrangers n’est pas un réel problème en ville, la réalité en est tout autre à L’Islet, une petite municipalité à l’est de Chaudière-Appalaches.

Après avoir évalué plusieurs solutions, la Fonderie Poitras a décidé de construire un petit quartier résidentiel à proximité de l’usine afin d’accueillir une quinzaine de Philippins. La première phase du projet consiste à l’aménagement de cinq duplex.

« Il faut qu'ils soient proches parce qu'ils n'auront pas de voiture au départ, explique la directrice des ressources humaines, Katy Deblois. Il fallait qu'on trouve quelque chose à proximité de l'usine. »

Les nouvelles recrues arriveront en juillet. Ils se joindront aux 150 travailleurs qui manipulent les coulées de métal en fusion pour fabriquer des composantes de transmission automobile distribuées en Amérique et en Asie. Ces embauches permettront d’ouvrir une nouvelle ligne de production.

Leur contrat de travail sera d’une durée de deux à trois ans. Les Philippins pourront ensuite faire leur demande de résidence permanente au Canada.

« Les logements après vont pouvoir être réutilisés pour d'autres employés si on recrute des gens en stage qui viennent à l'extérieur du Québec qui en ont besoin. C'est un autre avantage concurrentiel pour nous dans le recrutement », assure Mme Deblois.

Près de 30 millions de dollars ont été investis dans l’entreprise au cours des 20 dernières années pour moderniser les procédés de fabrication.

Automatiser l’expertise

Remplacer un employé qui part à la retraite après une quinzaine d’années de loyaux services s’est avéré plus compliqué que prévu pour Armoires Mathurin de Montmagny, surtout dans un contexte où la main-d’œuvre se fait rare.

« Il fallait des fois deux, même trois personnes pour le remplacer », se rappelle le directeur général, Carl Mathurin.

Malgré l’achat d’un robot en 2014, qui a permis l’automatisation de certaines opérations, la coordination entre les postes de montage d’armoires de cuisine et de salles de bain reposait encore sur le savoir-faire des employés d’expérience.

Par exemple, ils devaient s’assurer que toutes les pièces soient disponibles pour l’assemblage d’un meuble. Cette étape pouvait prendre de trois à cinq fois plus de temps pour une nouvelle recrue. L’acquisition d’un logiciel « gestion 4.0 » en 2017 a permis de remédier à la situation.

« Ça permet de faire monter des meubles par des gens qui ont moins d'expérience et on a doublé notre capacité de production avec ce système-là. Donc pour nous, c'est avantageux et ça permet de garder les prix compétitifs », précise Carl Mathurin.

La compagnie se défend de remplacer des postes en usine par des robots en argumentant que plusieurs offres d’emploi sont affichées et restent sans réponse.

Selon Carl Mathurin, le système de coordination a permis d’améliorer la qualité de vie des 50 employés de l’usine qui devaient auparavant s’assurer eux-mêmes d’avoir les pièces nécessaires pour monter les modules. « Quand tu fais un travail qui est plus simple en général tu es plus heureux », souligne-t-il.

Élargir le bassin d’employés

Ce n’est pas parce qu’une personne a certaines limitations à l’emploi qu’elle ne peut pas contribuer activement à l’économie de la région. C’est ce que tente de faire valoir l’entreprise adaptée de Montmagny Formaca.

« Nous on engage des gens qui ne sont pas engagés dans les entreprises régulières. On a un autre type de clientèle. On crée des emplois avec une autre gamme de travailleurs », se réjouit la directrice générale, Élizabeth Caron.

L’entreprise compte près de 70 employés pour la fabrication de palettes de bois ou de boîtes d’expédition. Plus de la moitié d’entre-eux ont des problèmes de santé mentale ou physique. Depuis deux mois, Formaca occupe des nouveaux locaux mieux aménagés à leurs besoins.

« Les postes de travail doivent être adaptés pour que ce soit des tâches simples, donc séparées en petites tâches. Souvent, on utilise des gabarits de travail pour que les gens puissent placer le matériel et l'assembler facilement », précise Mme Caron.

Formaca offre également des services de sous-traitance pour permettre aux entreprises de la région d’exporter certaines étapes de production qui demande moins d’expertise.

Les employés de l’usine ont accès aux services d’une éducatrice spécialisée. Ils sont également encadrés de manière à leur permettre un rythme de travail qui leur convient.

« Ils ne sont pas dans une entreprise qui pousse la performance », ajoute Élizabeth Caron. Une expérience qui, pour certains, permet un retour progressif vers le marché du travail.

« Il y a des employés qui vont être ici de façon plus permanente, d'autres qui vont être ici de façon transitoire. Ils viennent faire une expérience de travail et acquièrent des habiletés pour accéder, après cette expérience-là, au marché de l'emploi régulier », conclut Mme Caron.

La plupart des employés ayant des limitations à l’emploi obtiennent le salaire minimum.

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