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Trump, un an plus tard : moins de règles, moins d’impôt

ANALYSE - Il y a 1000 choses à dire sur Donald Trump, son équilibre psychologique, les insultes et propos intempestifs sur Twitter, les commentaires racistes et j'en passe. Mais, soyons pragmatiques et regardons où nous en sommes, un an après son accession au pouvoir. Le président des États-Unis change ce pays, ses relations diplomatiques et commerciales, dans un contexte économique très favorable.

Un texte de Gérald Fillion

D’abord, la croissance s’accélère, le taux de chômage continue de baisser, la Réserve fédérale a amorcé une hausse de ses taux d’intérêt, les marchés boursiers atteignent des sommets, le niveau de confiance aussi. Sur les plans économique et financier, la poussée qui s’est amorcée sous la présidence de Barack Obama s’est poursuivie et accélérée durant la première année de Donald Trump.

Les principales réalisations de M. Trump stimulent ou vont stimuler l’économie, au détriment toutefois de l’environnement. Le président a ouvert les vannes de l’exploration pétrolière, en mer et en Alaska, en plus d’approuver le projet de pipeline Keystone XL de TransCanada, dont la construction devrait s’amorcer en 2019. Alors que la planète se réchauffe à vitesse grand V - on prévoit maintenant que le réchauffement aura atteint 1,5 degrés Celsius en 2040 - le président se moque des préoccupations environnementales.

Moins de règles

L’analyste Angelo Katsoras, de la Banque Nationale, soulignait dans une note de recherche, publiée en début de semaine, que l’ajout de nouvelles règles promulguées par les agences fédérales américaines a ralenti de 60 % depuis 12 mois. Les agences interviennent de moins en moins : en comparant la première année au pouvoir de Donald Trump avec l’an 1 de Barack Obama, on constate que l’Agence de protection de l’environnement a réduit son nombre d’enquêtes, qui est passé de 2900 à 1900, soit environ 1000 dossiers de moins.

De plus, les amendes imposées par l’Agence au cours de la première année de Barack Obama avaient dépassé les 10 milliards de dollars américains. Au cours des 12 premiers mois de Donald Trump à la Maison-Blanche, la somme des amendes a plafonné à 1,3 milliard de dollars.

Ce qui est important, dit M. Katsoras, c’est de s’intéresser aux personnes que le président met en place, bien plus qu'aux lois qu’il peine à faire avancer au Congrès. « Contrairement à la législation, dit l’analyste, les dirigeants des agences réglementaires peuvent mettre de l'avant des changements sans l’approbation du Congrès. Ils peuvent choisir de ne pas mettre en place de façon rigoureuse les règles actuelles ou les lois. » C’est exactement ce qui se passe à l’Agence de protection de l’environnement, dirigée par un climatosceptique, Scott Pruitt.

Le président a demandé aux agences de ne pas alourdir les coûts des entreprises et d’éliminer deux règles, chaque fois qu’une nouvelle exigence est créée. Donald Trump s’assure également de nommer des juges conservateurs qui n'entraveront pas ses politiques.

Moins d’impôt, plus d’investissements

On voit aussi que de plus en plus d’entreprises décident d’investir davantage aux États-Unis, de rapatrier des liquidités en sol américain et d’y créer des emplois. La réduction des impôts des entreprises et des plus fortunés, ainsi qu’un impôt plus faible pour les sociétés qui déplacent leurs profits et liquidités aux États-Unis, alimentent ces investissements.

Les exemples se multiplient. Fiat Chrysler a décidé de déplacer des emplois du Mexique vers le Michigan, en plus de donner un boni de 2000 $ US à chacun de ses 60 000 employés américains. Apple a annoncé un investissement de 30 milliards de dollars aux États-Unis et le rapatriement de 252 milliards en liquidités, ce qui lui coûte 38 milliards en impôt. Apple a annoncé l’octroi d’un boni de 2500 $ US à chacun de ses employés.

Walmart a relevé son salaire de base et AT&T prévoit investir 1 milliard de dollars de plus grâce à la réforme fiscale des républicains. American Airlines a décidé d’accorder une prime de 1000 $ US à ses employés.

Ce sont des anecdotes ou des cas éparpillés, c’est vrai. Et il est bien possible que ces entreprises agissent ainsi pour se donner le beau rôle. C’est un coup de marketing probablement. N’en demeure pas moins que les baisses d’impôt entraînent du mouvement dans l’économie américaine.

Maintenant, soyons clairs : la baisse d’impôt du président Trump va favoriser les plus riches d’abord et avant tout. Et, à moyen et long terme, ce genre de politique tend à augmenter les inégalités et amplifier les écarts de richesse, un terreau par ailleurs fertile pour un politicien comme Donald Trump qui carbure au cynisme, à la colère et à la frustration.

Est-ce que 2018 marque un virage?

Cela dit, la bataille au Congrès va s’intensifier cette année. Nous en avons un exemple en ce moment avec le blocage sur l’adoption du budget au Congrès. Il est bien possible également que les républicains perdent leur majorité dans l’une des deux chambres lors des élections de mi-mandat, en novembre. Une telle possibilité ralentirait les réformes de Donald Trump et les experts s’entendent pour dire que cela viendra augmenter les possibilités d’une procédure en destitution.

L’année 2018 sera névralgique également quant à l’avenir de l’ALENA. L’échec des négociations pourrait mener à un ralentissement de l’économie, notamment aux États-Unis. Plus de la moitié des États américains ont des relations commerciales importantes avec le Canada et de nouveaux tarifs à la frontière pourraient ralentir les échanges.

Surtout, le gouvernement des États-Unis a décidé de stimuler l'économie, déjà en forte croissance. Dans les circonstances, les taux d’intérêt vont grimper plus rapidement. Cela se passe dans un contexte où il n’est pas impossible qu’on s’approche de la fin du cycle de croissance économique, en cours depuis 2010.

L’analyste Vincent Delisle disait récemment à RDI économie, en faisant un parallèle avec le baseball, que nous sommes possiblement en 7e manche, que la fin du match approche. L’accélération de la hausse des taux d’intérêt sera nécessaire pour contenir l’inflation qui pourrait être provoquée par les politiques du président.

Il faudra du temps pour juger des répercussions sociales, économiques et politiques du président Donald Trump. Mais, après une année, force est de constater que l’économie américaine va bien et qu’il se crée des emplois. Les projections apocalyptiques de plusieurs analystes ne se sont pas réalisées, alors que plusieurs entreprises profitent des politiques protectionnistes et fiscales du président et investissent aux États-Unis.