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Uber : les chauffeurs de taxi ne s'entendent pas sur les compensations financières

Les principaux regroupements de chauffeurs de taxi du Québec ne s'entendent pas sur la stratégie à adopter pour obtenir des compensations financières à la hauteur de leurs attentes de la part du gouvernement.

Dans son dernier budget, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, a accepté de verser une somme de 250 millions de dollars aux propriétaires de taxis pour la perte de la valeur de leur permis attribuable à la présence du service Uber. Il ne s’agit cependant que d’un premier versement, appelé à être bonifié selon deux regroupements de taxis.

Les Taxis du Grand Montréal et Rive-Sud (TGM) et le Regroupement des intermédiaires de Québec (RITQ) disent avoir obtenu ces engagements lors d’une rencontre avec un comité gouvernemental jeudi.

Ce « changement de ton » du gouvernement laisse entrevoir un avenir plus positif pour les chauffeurs de taxi du Québec, estime le porte-parole du RITQ, Abdallah Homsy.

Paiements avant les élections

Le gouvernement a accepté de décaisser les 250 millions convenus « le plus rapidement possible et avant les élections » et de moduler les paiements à venir en fonction de la baisse des agglomérations de permis (zones d’opération).

À Québec, par exemple, la valeur du permis de taxi a chuté de près de 100 000 $ avec l'arrivée d'Uber.

Le comité gouvernemental aurait aussi convenu que ce paiement « ne représente pas une fin des compensations éventuelles », selon les deux regroupements.

Les TGM et le RITQ ajoutent qu’à leur demande, « le gouvernement n’exige pas qu’un propriétaire de taxi abandonne ses recours juridiques pour encaisser un chèque de compensation ». Un propriétaire peut donc « toujours faire partie d’une poursuite contre le gouvernement ou Uber ».

Regroupements divisés

Un autre regroupement de propriétaires de permis, les Partenaires pour la modernisation du taxi au Québec (PMTQ), ne partage pas leur optimisme. Le PMTQ a boudé la rencontre de jeudi.

Son porte-parole, Marc-Antoine Cloutier, exige des garanties légales pour s’assurer que ce versement de 250 millions ne nuise pas à un recours collectif intenté au nom des titulaires de permis de propriétaires de taxi et de permis de chauffeurs de taxi.

Un recours collectif demeure la meilleure solution pour les taxis, selon M. Cloutier, puisque le processus administratif gouvernemental est compliqué et lent.

Jusqu’à 22 000 chauffeurs pourraient demander une somme au gouvernement, mais leurs réalités et les pertes encourues par la présence d'Uber sur leur territoire diffèrent selon la ville dans laquelle ils travaillent, rappelle Marc-Antoine Cloutier.

« Le fait d'accepter une somme sans prévoir expressément que c'est un paiement partiel et l'encadrer par un jugement peut faire perdre le droit des propriétaires et des chauffeurs à la balance de l'argent. Ça, ça nous inquiète de manière importante », ajoute M. Cloutier.

Deux combats

Le porte-parole du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ), Abdallah Homsy, considère pour sa part que les engagements obtenus du gouvernement n’ont rien à voir avec le recours collectif.

« On n’a rien accepté du tout. Nous, on a accepté de prendre les 250 millions. On n'a pas dit qu'on était d'accord avec Uber. On n’est pas d'accord à laisser quoi que ce soit. On n'a pas dit qu'on renonce à nos droits. Au contraire! On a de l'argent qui rentre, le gouvernement a accepté nos conditions, donc on fait quoi? »

La porte-parole du ministère des Finances Françoise Beaulieu abonde dans le même sens que M. Homsy. Elle précise que la rencontre concernait les modalités de versement, qui restaient à déterminer. « Il n'y a pas de conditions associées à cette compensation », assure-t-elle.

« Le gouvernement ne demande pas à l'industrie de laisser tomber ses recours. »

Les regroupements ont jusqu'au 24 mai pour formuler leurs propositions concernant la répartition des compensations.

Avec les informations de Pascale Lacombe