Retour

Un ancien président de BC Hydro s'oppose au barrage du site C

Un ancien président de BC Hydro demande à la Colombie-Britannique d'abandonner le projet de barrage du site C évalué à 8,8 milliards de dollars, en martelant qu'il n'y a pas de demande pour le projet et que le risque de dépassement de coûts est réel.

Un texte de Nahila Bendali

Marc Eliesen, qui a également été sous-ministre de l’Énergie en Ontario et au Manitoba, croit que « la décision d’investissement finale en 2014 d’aller de l’avant avec le site C était irresponsable et imprudente de la part du gouvernement précédent et du conseil d’administration de BC Hydro ».

Dans un rapport présenté à la commission des services publics de la province, chargée de réviser la faisabilité du projet. M. Eliesen détaille des arguments économiques qui appellent à l’annulation du projet.

« Il n’y a jamais eu de besoins réalistes pour le site C », écrit Marc Eliesen. Le gouvernement Clark et BC Hydro ont moussé le secteur du gaz naturel liquéfié et ont été extrêmement optimistes quant à la croissance de la demande des consommateurs pour vendre le projet, croit-il.

Il ajoute que la demande externe, comme en Alberta, n’est pas réaliste, puisque la province peut générer de l'électricité avec des centrales au gaz naturel et n’a pas besoin de l’hydroélectricité britanno-colombienne.

« Si la Colombie-Britannique a besoin d’approvisionnement supplémentaire, des technologies qui nécessitent des délais d’exécution plus courts avec des cadres de planification qui peuvent être ajustés à la demande devraient être favorisées », estime l’ancien président de BC Hydro.

Servir à la transition albertaine?

Il est vrai que la demande interne de la Colombie-Britannique ne justifie pas la construction d’un tel barrage, note le titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre Olivier Pineau. Toutefois, l’énergie hydroélectrique stable pourrait servir à la transition énergétique de l’Alberta voisine, nuance-t-il.

« L’Alberta va investir plus de 10 milliards de dollars dans les 13 prochaines années dans l’énergie renouvelable, qui va être essentiellement éolienne et solaire. Ce sont donc des énergies intermittentes qui ont besoin d’être équilibrées avec une autre source d’électricité », précise le professeur.

Il ajoute que ces mégaprojets électriques sont rarement pensés dans une perspective régionale plutôt que provinciale, et qu’il pourrait y avoir une rentabilité dans le cas d’un barrage utile aux besoins albertains. L’Alberta opte cependant pour une vision protectionniste en ce qui concerne ses projets d’énergie renouvelable, ce qui réduit l’argument en ce sens pour la Colombie-Britannique, explique le professeur.

M. Eliesen doute pour sa part de voir une telle entente entérinée avec l'Alberta.

Dépassement de coûts

Marc Eliesen cite également le risque bien réel de dépassement de coûts pour faire annuler le projet. « Basé sur plusieurs années d’expérience dans différentes sociétés canadiennes, dont BC Hydro, selon mon opinion, le coût du site C a une grande probabilité d’augmenter de 9 milliards à 12 milliards de dollars », conclut-il.

L’ancien président de la société d’État cite les cas de deux projets hydroélectriques au pays, dont le projet de Muskrat Falls à Terre-Neuve, pour appuyer son argument. Il croit que les consommateurs britanno-colombiens pourraient en payer le prix, et qu'il est plus avisé d'annuler tout de suite le projet plutôt que de continuer d'investir. Les coûts estimés du projet du site C ont déjà augmenté de 2,2 milliards de dollars depuis une première estimation en 2010, indique M. Eliesen.

Pierre-Olivier Pineau reconnaît que les dépassements de coût sont toujours un risque réel dans de tels projets, mais que plusieurs se sont terminés à temps et dans les coûts prévus.

Au-delà du risque de dépassement de coûts, il faut évaluer les barrages dans une perspective à long terme, puisque les projets sont construits pour une centaine d’années, rappelle M. Pineau. « Ce sont des barrages qui vont durer très longtemps, et qui offrent une capacité de production sur demande, ce que beaucoup d’énergies renouvelables ne peuvent pas offrir », ajoute-t-il.

Mandatée par le nouveau gouvernement néo-démocrate de la province, la commission des services publics évaluera si elle doit continuer le projet, le suspendre ou l’arrêter complètement. Par courriel, BC Hydro indique qu’elle participe au processus de révision et qu’elle répondra aux inquiétudes sur le projet dans ce cadre-ci.

Plus d'articles

Commentaires