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Un apiculteur de Baie-des-Sables perd les deux tiers de ses abeilles

Les temps sont durs pour les abeilles. La plupart des apiculteurs du pays rapportent ce printemps d'importantes pertes. Thierry Trigaux, apiculteur dans le 5e rang de Baie-des-Sables, n'échappe pas à l'hécatombe.

Un texte de Joane BérubéSur 70 ruchers, il ne lui en reste que 25, du jamais vu en 22 ans de métier.

L’an dernier, le début de saison avait été un peu plus difficile qu’à l’habitude avec des pertes de 15 à 20 %, mais rien de comparable à ce début de saison.

Agriculture en mutation

Les causes sont très difficiles à cerner, commente Thierry Trigaux. « C’est probablement un ensemble de facteurs. Moi, je suis apiculteur, je suis producteur, je ne suis pas capable de dire, c’est à cause de ça ou de ça. »

En 20 ans, il n’a rien changé à ses méthodes de production. « Je ne fais pas de pollinisation, mes abeilles font toujours le même circuit, vont toujours à peu près chez les mêmes producteurs dans les municipalités ici autour », explique le producteur.

Forcément, conclut-il, le problème vient d’ici et ne peut pas venir de l’extérieur.

Quand il regarde ce qui a changé autour de lui, il observe que l’agriculture s’est beaucoup modifiée au fil des ans.

Nombre de nouvelles cultures céréalières, plus industrielles, comme celles du maïs, du canola ou du soya sont apparues en quantités plus importantes dans les champs des alentours.

Ces cultures, principalement transgéniques, requièrent une utilisation intensive de pesticides, dont ceux de la famille des néonicotinoïdes, de plus en plus pointés du doigt par les scientifiques comme une menace importante envers la survie des insectes pollinisateurs.

« Je ne dis pas que c’est ça, mais c’est la seule chose où je peux vraiment dire : ''ça, ça a vraiment changé''. Je ne suis plus capable d’installer mes ruches en me distançant de ces cultures », indique M. Trigaux.

Il n’installe plus de ruches dans les champs de la Mitis pour cette raison.

C’est un problème récent pour l’apiculteur qui a déjà eu une centaine de ruches qu’il disposait, dit-il, sans problème loin des grands champs de maïs ou de canola. « Ça fait longtemps qu’on soupçonne qu’il y a un problème. J’ai toujours fait attention. »

Lui-même fils de producteurs laitiers, M. Trigaux comprend bien les dilemmes et difficultés des agriculteurs. « Ce sont aussi des gens avec qui je collabore », souligne-t-il.

Il se dit néanmoins inquiet.

Plusieurs autres facteurs

Reste que la culture céréalière qui s’étend dans les champs avoisinants se fait aussi au détriment de la culture de plantes fourragères comme le trèfle, la luzerne et les légumineuses, que vont butiner les abeilles.

« On a perdu historiquement beaucoup de fermes bovines, ovines, laitières, qui cultivaient essentiellement des fourrages, qui ont été remplacées graduellement par de grandes cultures, ça fait partie de la problématique. La bouffe des abeilles, c’est principalement le fourrage », fait valoir la conjointe de Thierry Trigaux, Julie Potvin, agronome et directrice d’une firme-conseil en agroenvironnement et agroalimentation.

Comme celles de bien d’autres apiculteurs, les ruches de Thierry Trigaux ont été infectées par le varroa. « On le gère relativement bien. Maintenant, quand on a un ensemble de facteurs, ça peut être la goutte qui fait déborder le vase. »

Les variations climatiques entrent aussi en ligne de compte.

Les récoltes des deux dernières années ont été parmi les pires enregistrées par l’apiculteur de Baie-des-Sables.

L’été pluvieux de 2016 a été catastrophique. Celui de 2017 encore plus mauvais. Avec six semaines de temps sec en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, il y a eu une seule coupe de fourrages au lieu de deux.

Affaiblies, les abeilles ont dû affronter un hiver extrêmement long suivi d’un printemps froid et tardif. L’été 2018 commence bien mal. « Les rendements sont directement liés à la température », relève Thierry Trigaux qui rappelle l’origine méditerranéenne des abeilles.

L’apiculteur explique qu’il a pu s’en sortir puisqu’il a pu écouler une partie de sa production par une petite vente au détail en région et le reste chez des grossistes. La diminution de sa production l’amène à abandonner la vente en vrac.

Il craint toutefois d’être incapable de répondre aux demandes du marché régional advenant une autre mauvaise saison.

Les ruches perdues sont à rebâtir. L’apiculteur élève lui-même ses reines pour développer une génétique plus adaptée aux rythmes du climat bas-laurentien.

Ces nouvelles ruches produiront peut-être un peu à l’automne, mais ne seront vraiment prêtes que l’été prochain.

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