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« Un autre vendu! » Pourquoi les dirigeants sont-ils souvent mal perçus?

Alors qu'on enregistre nos entrevues pour la série Vocation : leader ces jours-ci, je réfléchis au travail des PDG, des entrepreneurs, des gestionnaires et à leur rapport au réel, à la société, aux gens, au fait que bien des citoyens ont une perception assez négative des dirigeants, des décideurs, de celles et de ceux qui ont du pouvoir.

Une analyse de Gérald Fillion

Depuis le début de la série, je lis beaucoup de commentaires intéressants, positifs, constructifs sur les entrevues effectuées, sur le style de la série, sur les leaders en question. Mais, je lis aussi des commentaires négatifs, dénonciateurs d'une cupidité et d'une froideur qui habiteraient ces dirigeants, des calculs qu'ils font, de leur jugement en général.

Pourquoi donc cette perception négative? Est-elle justifiée?

Des gens d'affaires déconnectés

Samedi matin, en lisant le rapport de recherche que m'a préparé ma collègue Louise sur une entrevue que nous allons réaliser avec Sophie Brochu, PDG de Gaz Métro, je tombe sur une déclaration qu'elle a faite il y a quelques mois au journal Le Soleil.

Cette déconnexion, qu'elle soit volontaire ou non, est bien réelle. Et si certaines personnes entretiennent des préjugés négatifs sans vraiment savoir pourquoi à l'encontre des dirigeants, il n'est pas fou d'avancer que les grands patrons ont leur part de responsabilité dans cet état de fait.

Mais pourquoi?

Je pense que cette déconnexion est amplifiée par la perte de confiance des citoyens dans les institutions. Les scandales de corruption, le cynisme que bien des médias entretiennent et que certains politiciens ont largement alimentés ont mené beaucoup de citoyens à ne plus croire aux leaders, aux décideurs, économiques et politiques. Et donc, comme le disait Louis Morissette dans le cadre de Vocation : leader samedi dernier, dès que tu passes la ligne, que tu es de l'autre côté, chez les présidents, tu deviens un « vendu » pour bien des gens.

Comment pourrait-on penser autrement quand on voit les hauts dirigeants de Rona vendre l'entreprise aux Américains et partir avec un magot d'environ 40 millions de dollars? Dans la foulée, le PDG Robert Sawyer, qui a participé à l'annonce de mercredi dernier de la vente de Rona à Lowe's, va empocher 23 millions de dollars au terme de la transaction, si elle est conclue comme prévu. « C'est une offre qu'on ne pouvait refuser » a-t-il déclaré.

C'est le genre d'information qui éloigne plus qu'il ne rapproche les gestionnaires du « monde ordinaire ». Bien des gens sont choqués. Cet homme, en place depuis trois ans seulement à Rona, voit ses options et ses actions exploser, prime de départ à la clé, à la vente d'un joyau du Québec, une des entreprises les plus profondément enracinées dans la terre du Québec.

Lorsqu'on cherche des raisons pour expliquer la perception négative qui semble persister envers les dirigeants dans la société, ce genre de choses se retrouve en haut de la liste.

Une question de perception

Je ne dis pas que les dirigeants de Rona ont vendu l'entreprise dans le seul objectif de s'enrichir. Il y a probablement 1000 bonnes raisons de réaliser cette transaction comme il y en a autant pour s'y opposer. Mais le trésor que les patrons touchent à la conclusion de cette transaction dépasse la raison. La perception écrase tout.

Et c'est ainsi qu'on maintient le fossé entre les hauts dirigeants d'entreprise et les gens de la classe moyenne qui n'ont pas d'indemnité de départ, qui n'ont pas de boni, ni de compte de dépense ni d'options.

Comme les écarts de richesse, le fossé entre le travailleur de la classe moyenne avec son patron qui part avec l'enveloppe est de plus en plus large et de plus en plus profond.

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