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Un deuxième réacteur à Point Lepreau? Il y a de meilleurs projets selon un économiste

L'économiste Yves Bourgeois de l'Université du Nouveau-Brunswick n'est pas emballé par l'idée d'un deuxième réacteur nucléaire, lancée récemment par l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Frank McKenna.

En entrevue à l’émission Le Réveil Nouveau-Brunswick de Radio-Canada, Yves Bourgeois a reconnu que le Nouveau-Brunswick doit s’éloigner des énergies fossiles, qui répondent actuellement à 55 % de ses besoins. D’ailleurs, la province devra imposer une tarification du carbone dès l’an prochain pour se conformer aux exigences d’Ottawa.

Mais contrairement à ce qu’en pense l’ancien premier ministre McKenna, le nucléaire n’est pas la meilleure option, selon lui.

C’est une option qui est chère et si on se trompe, ça risque de nous péter au visage.

Yves Bourgeois, économiste, UNB

M. Bourgeois rappelle que la réfection de la centrale existante à Point Lepreau à partir de 2008 a coûté 1 milliard de dollars de plus que les prévisions. Le coût total du projet a dépassé les trois milliards.

« Pourquoi aller dans cette option-là qui créerait très peu de retombées économiques pour la province alors qu’il y a d’autres technologies qui pourraient être déployées à l’ensemble de la province et créer beaucoup plus d’emplois », demande M. Bourgeois.

Il mentionne comme solutions de rechange la production d’énergie à partir de biomasse de bois - dont le Nouveau-Brunswick est bien nanti - ou à partir de biomasse marine, l’énergie marémotrice et les autres énergies vertes.

Des conditions optimales selon Frank McKenna

Dans une lettre d’opinion au quotidien Telegraph-Journal le 15 février, Frank McKenna affirmait que les conditions optimales étaient réunies pour la construction d’un deuxième réacteur à Point Lepreau.

Ce projet créerait 4000 emplois bien rémunérés pendant la phase de construction, selon lui, et 500 emplois à temps plein par la suite. Il ferait de Saint-Jean, selon lui, la capitale énergétique du pays.

Dans le cadre de ce grand projet, la province pourrait se départir de la centrale existante et de la dette qu’elle a engendrée en la confiant à l’entreprise qui construirait et exploiterait aussi le deuxième réacteur.

Ainsi, soutient M McKenna, la dette nette de la province diminuerait et plus d’argent pourrait être dépensé sur les services essentiels.

Yves Bourgeois tempère grandement l’enthousiasme de l’ancien premier ministre. Il rappelle que la construction d’une centrale nucléaire exige des investissements considérables et des technologies qui ne viennent pas du Nouveau-Brunswick. Et le nombre d’employés requis pour faire tourner une centrale nucléaire est plutôt modeste, selon lui.

« Il me semble que dans cette province, où les conditions économiques ne sont pas les plus fortes, qu’on profiterait beaucoup plus de projets rassembleurs qui pourraient toucher à l’ensemble de nos communautés et qui pourraient toucher à nos ressources renouvelables [...] », conclut-il.