Dans un message vidéo diffusé mardi, le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, se dit « infiniment désolé d'avoir trahi la confiance de millions de gens » et soutient que des manipulations trompeuses comme celle attribuable à son logiciel faussant les résultats des tests antipollution « ne doivent plus jamais se produire ». Il reste cependant en poste jusqu'à nouvel ordre.

Les rumeurs entourant le départ de M. Winterkorn ne cessent de s'amplifier depuis que le scandale a éclaté lundi. Le quotidien berlinois Tagesspiegel a notamment rapporté mardi que M. Winterkorn, qui dirige le constructeur depuis 2007, a perdu la confiance du conseil de surveillance et sera démis de ses fonctions vendredi lors d'une réunion de l'organe de contrôle. Il serait remplacé par le patron de Porsche, Matthias Müller. Un porte-parole de Volkswagen a démenti cette information du Taggespiegel.

Le ministre de l'Économie de l'État régional de Basse-Saxe, qui possède 20 % de Volkswagen, a pour sa part prévenu mardi que « bien sûr » des têtes allaient tomber dans cette affaire. « Il s'agira d'établir qui savait quoi, qui a pris les décisions », a dit Olaf Lies, qui est l'un des membres du conseil de surveillance. M. Lies a aussi appelé à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain, en faisant valoir que Volkswagen fabrique toujours « d'excellents produits ».

Volkswagen a révélé mardi que le logiciel qui faussait les résultats des tests antipollution équipait 11 millions de véhicules dans le monde. Il s'agit de véhicules équipés d'un moteur diesel EA 189. Les nouveaux modèles équipés de moteurs diesel de type EU 6 commercialisés actuellement en Europe ne sont pas concernés, a-t-il indiqué par voie de communiqué.

Titre de VW chute de 35 % en deux jours

La compagnie a également prévenu qu'elle allait revoir ses prévisions pour l'année 2015 après la création d'une provision de 6,5 milliards d'euros (9,65 milliards de dollarscanadiens) pour couvrir le coût du scandale. La somme servira à « couvrir les mesures nécessaires et d'autres efforts visant à regagner la confiance de nos clients ». Ce montant sera réévalué en fonction de l'évolution des enquêtes en cours.

Volkswagen encourt des amendes d'un montant maximal de 18 milliards de dollars (23,8 milliards de dollars canadiens) dans le seul volet américain de ce scandale. Un recours collectif a aussi été déposé aux États-Unis, et une enquête pénale est aussi en cours, selon des médias américains.

À la Bourse de Francfort, le titre de Volkswagen a perdu 19,82 % de sa valeur mardi. Depuis lundi, l'action du constructeur a perdu de 35 % de sa valeur, ce qui a fait fondre sa capitalisation boursière de 25 milliards d'euros.

Les enquêtes se multiplient

Le scandale dans lequel s'enfonce Volkswagen après l'aveu du truquage de ses voitures aux États-Unis prend de plus en plus une ampleur internationale. La Corée du Sud, la Suisse et la France ont ouvert des enquêtes.

« J'ai saisi l'Agence fédérale américaine de protection de l'environnement pour obtenir tous les éléments d'information pertinents, permettant d'apprécier la nature de la fraude et les moyens mis en oeuvre pour la détecter », a déclaré la ministre française de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, Ségolène Royal.

L'Allemagne avait aussi annoncé lundi qu'elle enquêtait pour déterminer si les Volkswagen vendues sur son territoire étaient concernées. Les constructeurs Daimler et BMW, qui pourraient aussi être visés, ont assuré que les accusations contre Volkswagen ne les concernaient pas.

Le ministre allemand de l'Économie, Sigmar Gabriel, avait pour sa part admis lundi qu'il craint que le scandale n'entache « la réputation excellente et justifiée de l'industrie automobile allemande ».

La Commission de Bruxelles estime pour sa part qu'il est trop tôt pour affirmer que des voitures du groupe allemand vendues dans l'Union sont concernées par le scandale. Le ministre français des Finances, Michel Sapin, préconise cependant une enquête européenne dans cette affaire.

« Il faut le faire au niveau européen. Nous sommes sur un marché européen avec des règles européennes, c'est celles-ci qui doivent être respectées, c'est celles-ci qui ont été violées aux États-Unis », a-t-il dit sur Europe 1. Selon M. Sapin, les contrôles devaient être étendus à l'ensemble des constructeurs, y compris les constructeurs français.

Lundi soir à New York, lors d'un événement de promotion de la nouvelle Volkswagen Passat, le directeur général des activités américaines du groupe, Michael Horn, a reconnu que l'entreprise avait « complètement foiré » et promis qu'elle réparerait les torts subis.

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