Retour

Un nouveau modèle d’affaires pour revitaliser le centre-ville de Windsor?

Un nouveau modèle d'affaires, qui permet à deux commerces de partager des locaux, pourrait contribuer à la relance du centre-ville de Windsor.

Un texte de Marine Lefèvre et Colin Côté-Paulette

Un nouveau commerce a ouvert ses portes cette semaine au centre-ville de Windsor dans un bar qui existe depuis 2015.

Le café Anchor occupe les locaux en journée, alors que Le Blind Owl Cocktail Lounge se réserve l’espace le soir.

Pour Kyle Bondy, propriétaire du café, cette entente résulte avant tout d’une décision d’affaires puisque cette approche permet d’investir en prenant moins de risques.

M. Bondy est aussi propriétaire d’un autre café dans un autre quartier de Windsor. Depuis plusieurs années, son associé et lui souhaitaient s’installer au centre-ville.

Se joindre à un autre commerce s'est imposé comme une façon financièrement responsable de le faire.

Il explique aussi que les deux commerces visent le même type de clientèle.

Un centre-ville dévitalisé

Le centre-ville de Windsor n’a pas très bonne réputation dans le milieu de la restauration.

« Beaucoup de gens n’ont pas une bonne opinion du centre-ville, ils pensent que tout ferme, qu’aucun commerce ne survit », explique M. Bondy.

Pour sa part, il estime que le centre-ville a surtout besoin d’être encouragé.

Notre premier café est situé un peu au milieu de nulle part. On voulait dynamiser le secteur et ça marche. On veut faire la même chose au centre-ville.

Kyle Bondy, propriétaire du café Anchor

Partager les locaux pourrait être donc une avenue dans ce sens.

Ce concept n’est d'ailleurs pas nouveau à Windsor. D’autres entreprises partagent déjà des locaux dans d’autres quartiers avec un certain succès.

Il s’agit par contre d’une nouvelle approche au centre-ville.

Pour la directrice de la Société de développement commercial du centre-ville, Debbie Croucher, l'initiative est tout à fait intéressante, surtout dans le contexte actuel où les coûts de l'énergie sont en hausse.

« Ils partagent les espaces et les coûts, ça peut leur permettre de réussir », indique-t-elle.

Mme Croucher dit que ce projet fait partie de la nouvelle dynamique au centre-ville où l'activité commerciale est en croissance.

Le taux d’inoccupation est passé d'environ 80 % à 60 % en deux ans.

Un bon modèle pour le centre-ville?

La question reste tout de même de savoir si cette formule permettra de remplir les espaces vacants.

Pour Jean-Philippe Meloche, professeur d'urbanisme à l’Université de Montréal, cette façon de faire est tout à fait originale.

Il souligne toutefois qu'il y a quelque chose de contre-intuitif dans cette idée dans un contexte de revitalisation d'un quartier.

« Généralement quand on a un surplus d’espaces, ceux-ci sont meilleur marché. Le fait de voir des commerçants qui partagent l’espace, c'est un comportement surprenant sur le plan économique », explique-t-il.

Il n'en reste pas moins que cette stratégie d'affaires peut devenir payante.

Tant qu’il y a de l’activité commerciale dans le centre-ville, ça contribue à sa vitalité.

Jean-Philippe Meloche, professeur d'urbanisme à l’Université de Montréal

L'urbaniste Pierre Filion est du même avis.

Selon lui, c'est même un modèle qui pourrait être particulièrement profitable à Windsor où le centre-ville n'a pas le potentiel illimité pour soutenir des établissements de type bar ou café.

De la part des entrepreneurs cela a beaucoup de sens et qui sait à l’avenir les deux commerces vont peut-être se séparer et avoir deux établissements.

Pierre Filion, professeur d'urbanisme à l'Université de Waterloo