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Un producteur de la N.-É. s'inquiète de l'avenir de sa ferme après que Sobeys rejette ses fraises

Un fermier de la vallée d'Annapolis, en Nouvelle-Écosse, affirme perdre des dizaines de milliers de dollars parce que le géant de l'alimentation Sobeys a rejeté des cargaisons de ses fraises.

Anthony Morse s’inquiète même de l’avenir de sa ferme, qui appartient à sa famille depuis six générations. La chaîne d’épicerie a indiqué au producteur que ses fruits étaient de mauvaise qualité, ce qu’il nie avec vigueur.

La ferme d’Anthony Morse, Morse’s Farm, produit des fraises, que l’entreprise Agri-Growers livre ensuite à Sobeys. Les cargaisons d’Agri-Growers comprennent souvent les fruits de trois ou quatre producteurs. La livraison que Sobeys a rejetée récemment contenait des fraises de deux fermiers.

Le président-directeur général d’Agri-Growers, Jim Daigle, assure que les fruits de mauvaise qualité provenaient de la ferme d’Anthony Morse. Il en veut pour preuve des images qui montrent des fruits pourris, trop mûrs et picorés par des oiseaux.

Stress énorme

Pour sa part, Anthony Morse affirme que ces fruits venaient d’une autre ferme. « Nous n’aurions jamais livré des fraises de mauvaise qualité », dit-il. « Je suis perplexe. Perplexe, inquiet et stressé. Particulièrement quand on jette un coup d’œil à l’importance de notre récolte. »

Le producteur dit que les deux cargaisons rejetées représentent un manque à gagner de 24 000 $. « En six générations, ma famille n’a jamais fait face à une telle pression. »

« Je ne comprends pas pourquoi on est écartés de la sorte. À ce moment-ci, c’est devenu une question de survie », affirme-t-il.

À qui appartiennent les fruits?

Les problèmes de traçabilité des produits inquiètent aussi Anthony Morse, qui estime servir de bouc émissaire dans cette histoire.

« Quand Agri-Growers livre les fruits au centre de distribution de Sobeys, ils sont pêle-mêle. Les employés examinent la cargaison et s’il y a des fraises de mauvaise qualité, ils rejettent le lot au complet », dit Anthony Morse.

Jim Daigle affirme quant à lui qu’il peut déterminer le producteur par l’emballage des fruits. Il précise que s’il y a des produits provenant de plusieurs fermiers, il les étiquette. Mais il reconnaît que lorsqu’il y a un rejet, il ne peut pas déterminer avec une certitude complète à qui il doit renvoyer les fruits.

Inquiétudes pour l’avenir

Anthony Morse affirme que certaines des fraises qui lui ont été renvoyées ne proviennent pas de sa ferme. « Je sais qu’elles ne viennent pas d’ici par leur emballage. J’emballe mes fraises d’une certaine façon et ces fruits étaient empaquetés d’une manière complètement différente », assure-t-il.

Le producteur indique que Jim Daigle, d’Agri-Growers, lui a signifié qu’il ne vendrait plus ses fraises à Sobeys. « Je suis vraiment pessimiste parce qu’on m’a essentiellement indiqué que toutes les portes m’étaient maintenant fermées », dit-il.

Jim Daigle précise quant à lui qu’il est toujours ouvert à faire des affaires avec Morse’s Farm.

« S’il [Anthony Morse] relève la qualité de ses produits pour respecter nos standards et ceux de Sobeys, on peut certainement les distribuer », répond Jim Daigle. « Nous devons plaire au consommateur et nous devons nous assurer que les fruits sont de bonne qualité. »

Une porte-parole, Shauna Selig, indique que Sobeys a une excellente relation avec Agri-Growers et qu’il s’agissait simplement d’un cas où les fraises ne répondaient pas aux normes de qualité de l’entreprise. « Sobeys appuie les producteurs locaux, tant qu’ils respectent nos standards », précise Shauna Selig, ajoutant que l’entreprise achète des fraises d’une cinquantaine de fermiers des Maritimes.

« Nous achetons plus de produits locaux que toute autre chaîne d’épicerie et nous voulons conserver ce lien particulier avec les producteurs de la région. »

La mort des fermes familiales?

« Il semble y avoir de nombreuses ramifications dans cette histoire et je ne peux qu’émettre des hypothèses sur les raisons pour lesquelles on nous écarte de cette façon », dit Anthony Morse. Il avance que Sobeys a peut-être trop de fraises, étant donné la bonne récolte de cette année.

Shauna Selig rapporte toutefois que la récolte de cette année est plutôt normale. Jim Daigle ajoute que Sobeys a toujours réclamé plus de fruits que ce qu’il pouvait livrer, jamais moins.

Anthony Morse croit que les fermes familiales ont besoin de plus de soutien des chaînes d’alimentation.

« Tout le monde parle d’appuyer les producteurs locaux en achetant leurs produits. Je ne sais pas comment on peut concilier ça avec ma situation. Est-ce que ce ne sont que de belles paroles? S’ils [Sobeys] sont sérieux, ils devraient acheter mes fraises », affirme le fermier.

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