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Un projet de coupes forestières à Chertsey divise la population

Le maire de Chertsey et un groupe de citoyens se battent contre les élus de la MRC de la Matawinie, qui veulent ouvrir les terres publiques de la municipalité aux compagnies forestières. Un projet qui rend la cohabitation difficile dans la région, où deux visions de la forêt s'affrontent.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Jacques Drouin et sa famille sont établis à Chertsey depuis quatre générations. Sur le terrain de son chalet, ses yeux s'illuminent lorsqu'il parle de cet endroit qu’il fréquente depuis son tout jeune âge. « C'est mon enfance, c'est mes cousines, mes cousins, c'est un endroit extrêmement paisible. C'est superbe! »

Mais aujourd'hui, Jacques Drouin, comme plusieurs de ses voisins, craint pour son petit coin de paradis depuis que les élus de la Municipalité régionale de comté (MRC) de la Matawinie songent à autoriser des coupes forestières près de chez lui.

La MRC, qui regroupe 15 municipalités de la région de Lanaudière, veut autoriser des coupes dans les terres publiques intramunicipales (TPI) de Chertsey, afin d'alimenter la scierie du village. Quelque 1300 hectares de forêts publiques, situées à proximité des lacs et des chalets, seraient concernées par le projet.

M. Drouin précise qu'il ne veut pas empêcher toute exploitation forestière, mais « ils peuvent juste aller quelques kilomètres plus loin. On ne veut juste pas que ça soit dans la zone de villégiature. »

L'un des plus farouches opposants au projet, le maire de Chertsey, Michel Surprenant, se bat depuis plusieurs années contre ces coupes forestières.

Isolé face aux autres maires de la MRC, Michel Suprenant dénonce l'attitude des autres élus à l'égard des coupes forestières « Certains maires ont vécu de la foresterie et considèrent que la forêt, c'est un peu comme un champ de blé d'Inde, quand c'est mûr, il faut le récolter. »

Un enjeu économique

Pour le grand patron de la scierie de Chertsey, Sébastien Crête, les forêts publiques à proximité de son usine lui permettraient de réduire ses coûts de transports, et de continuer à faire rouler sa scierie. « Le fait d'aller chercher le bois plus loin, à un moment donné, il tombe non viable. Si on fait un X sur la forêt du sud, il va me manquer une partie de mon approvisionnement pour maintenir l'opération à l'année. »

M. Crête souligne que sa scierie emploie près de 70 personnes : « Là-dessus, je ne compte pas toutes les jobs indirectes. On peut facilement mettre le double de ces gens-là en jobs indirectes. »

Dans la MRC de la Matawinie, près de 1000 personnes travaillent dans l'industrie forestière, soit 2 % de la population.

Le préfet de la MRC reconnaît que les coupes de bois sont difficiles à faire passer auprès des villégiateurs. « C'est des gens qui ne sont pas venus au monde ici, affirme Gaétan Morin. C'est des gens qui viennent de l'extérieur, ça vient de Montréal ou de n'importe où ailleurs, et ils arrivent en forêt, en terres publiques, puis ils pensent que ça leur appartient toute. Mais ça nous appartient à tout le monde. »

Selon M. Morin, les gens ayant grandi à Chertsey ont une tout autre vision du projet. « C'est sûr que les gens qui sont venus au monde dans Lanaudière, et qui ont grandi dans Lanaudière et qui travaillent dans Lanaudière comprennent c'est quoi des coupes forestières. »

L'an dernier, lors d'une consultation publique, plus de 150 résidents de Chertsey ont manifesté leur opposition au projet de coupes forestières dans les terres publiques de leur municipalité. Le préfet souhaite trouver un terrain d’entente avec les opposants au projet. « C'est sûr qu’à Chertsey l'acceptabilité sociale n'est pas là pour dire qu'on puisse aller couper du bois. Moi, je pense que la solution, c'est qu'on soit capable de s'asseoir de bonne foi, tout le monde, [qu'on soit] capable de se parler, puis d'en arriver à trouver un terrain d'entente, mais si c'est ''non pas chez nous, pas dans ma cour'', on n’en trouvera pas, des terrains d'entente. » .

Ultimement, dit M. Morin, le projet pourrait se retrouver sur la table du gouvernement. La MRC va mener de nouvelles consultations publiques sur la question cet automne.

Mais Michel Surprenant espère qu'un vent de changement soufflera sur la région lors du prochain scrutin municipal de l’automne. « Au début, j'étais le mouton noir. Après, je suis devenu la brebis galeuse, et maintenant, j'ai des gens qui écoutent. [...] Je pense que les mentalités changent et puis on verra peut-être qu'avec les prochaines élections il y aura du sang neuf à la MRC et peut-être que les choses évolueront dans le sens de la conservation que dans le sens de l'exploitation. »

Pour tenter de préserver l'environnement de sa région, le maire de Chertsey a demandé à Québec de déclarer les forêts publiques de sa municipalité aires protégées. Il souhaite même en faire un parc.

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