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Un rendement de 7,6 % pour la Caisse de dépôt et placement en 2016

Les avoirs des régimes de retraite et d'assurance des Québécois ont augmenté de 7,6 % l'an dernier pour s'établir à 270,7 milliards de dollars, révèlent les résultats financiers de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) rendus publics vendredi. « Nous avons encore une fois livré la marchandise », estime son président et chef de la direction, Michael Sabia.

Un texte de François Messier

Le rendement de 7,6 % surpasse l’indice de référence de la Caisse de 1,8 point de pourcentage, mais n’en constitue pas moins une quatrième baisse de rendement consécutive pour le « bas de laine des Québécois ».

En 2015, la CDPQ avait déclaré un rendement de 9,1 % contre 12 % en 2014 et 13,1 % en 2013. Les résultats de 2016 sont aussi les plus faibles depuis 2011.

Pour voir notre graphique sur le rendement de la CDPQ, cliquez ici.

Ces résultats placent la Caisse dans la moyenne canadienne. La Banque Royale du Canada a par exemple fait état d'un rendement moyen de 6,8 % pour les caisses de retraite au pays en 2016, selon ses évaluations.

Grâce à des dépôts nets de 4,3 milliards de dollars et des revenus de placement de 18,4 milliards, les actifs de la Caisse ont augmenté de près de 23 milliards en 2016 pour s’établir à 270,7 milliards de dollars.

Les deux tiers des revenus de placement de la Caisse proviennent de ses investissements sur les marchés boursiers, et plus particulièrement de son portefeuille d'actions canadiennes, qui a bondi de 22,7 %, grâce au rebond des titres pétroliers et financiers.

Une stratégie qui fonctionne, selon Sabia

En conférence de presse, Michael Sabia, s'est félicité des « rendements solides » de son institution. Il ne se formalise guère de la baisse du rendement des dernières années, une situation qu'il impute essentiellement aux fluctuations des marchés mondiaux, dans un contexte d'incertitudes.

« En 2013, les marchés mondiaux ont livré un niveau de rendement […] d’à peu près 31 %. En 2016, c’est 4 %. Donc, la caisse n’est pas immunisée des marchés », a-t-il noté avec philosophie, en disant croire que la stratégie de la caisse a permis de minimiser les effets négatifs que cela entraîne.

Le patron de la Caisse met essentiellement l'accent sur le rendement de 10,2 % obtenu au cours des cinq dernières années, battant son indice de référence de 0,9 %.

« Notre orientation n’est jamais sur le court terme. Notre orientation est toujours sur une période de 5 ans, même 10 ans, parce que nous sommes une caisse de retraite », rappelle-t-il. « Dans ce contexte, notre objectif est d’agir de façon prudente, de saisir les meilleures occasions pour générer le rendement nécessaire pour répondre aux besoins des Québécois et des Québécoises. »

Notre objectif est d’éviter les montagnes russes. Notre objectif, notre stratégie, vise la stabilité. C’est notre orientation fondamentale pendant cette période où le monde est franchement plein d’incertitudes.

Michael Sabia

« Dans les circonstances actuelles dans le monde, robustesse, résilience, c’est les deux mots qui comptent », a poursuivi M. Sabia. « Ça fait partie fondamentalement de notre stratégie d’investissement pour continuer à générer de bons rendements, des rendements solides, stables, et éviter les montagnes russes qui sont déjà, sont toujours, un élément de la performance à plus long terme des marchés. »

Michael Sabia se félicite par ailleurs que la CDPQ ait augmenté de 3,4 milliards de dollars ses investissements dans le secteur privé au Québec.

« On cherche des occasions de contribuer au développement de la nouvelle économie québécoise, d’encourager les sociétés québécoises à s’installer à l’international », a-t-il plaidé. « C’est la meilleure façon pour nous d’encourager la mondialisation de l’économie québécoise. Nous avons faits des progrès importants à cet égard en 2016. »

Le développement économique du Québec et le rendement vont de pair. Je pense qu’en 2016 nous avons confirmé l’importance de ce partenariat.

Michael Sabia

Une incertitude attribuable à Donald Trump et à la montée du populisme

Pour l'année en cours, la Caisse de dépôt et placement gardera un oeil sur les risques géopolitiques qui sont multiples, qu'il s'agisse de la situation qui prévaut en Chine, en Russie et en Turquie, du Brexit ou de l'élection présidentielle française à venir.

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump et les risques que cela fait courir à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) arrivent toutefois en tête de liste à ce chapitre.

« Pour nous, franchement, la chose la plus importante est de surveiller de façon intense les développements aux États-Unis, parce que le niveau d'incertitude est très très très élevé », a expliqué Michael Sabia.

L’administration de M. Trump a dit beaucoup de choses jusqu’à [présent], mais c’est trop tôt pour développer une bonne lecture de ses orientations fondamentales sur le plan économique. Donc, notre orientation pour l’instant, c’est : surveiller, surveiller, surveiller.

Michael Sabia

Le premier vice-président et chef des placements de la CDPQ, Roland Lescure, évoque pour sa part une montée générale du populisme à l'échelle mondiale.

« C’est 2,8 milliards de gens qui soutiennent, qui votent ou qui ont mis au pouvoir des leaders populistes. Le populisme, c’est des solutions simples à des problèmes complexes, et ça, on sait bien que ça ne fonctionne pas. Donc, le risque que ces solutions simples fassent déraper quelque chose, que ce soit la croissance, éventuellement des conflits, les marchés, c’est énorme », a-t-il noté.

« Quand on regarde les marchés aujourd’hui, ils sont au plus haut, les taux sont au plus bas, la confiance des investisseurs est à peu près au plus haut, et la volatilité est au plus bas. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas derrière ça. Donc, il faut évidemment qu’on garde les yeux sur la balle, qu’on reste très conscient de ces risques, et surtout qu’on reste ancré dans l’économie réelle, parce que l’économie virtuelle va être pas mal touchée par tout ça. »