Un groupe de retraités du village de Foleyet, dans le Nord-Est de l'Ontario, s'est donné comme mission de restaurer les 100 kilomètres de sentiers de motoneiges entourant la communauté. Plus de 3000 visiteurs plus tard, le pari semble presque gagné.

Un texte de Jean-Loup Doudard

Tony Godin ne se sent jamais mieux que lorsqu’il est sur sa motoneige.

Le sentier de motoneige de Foleyet passe juste devant chez lui, près du lac Singed Tree. Il était à l’abandon depuis plusieurs années quand Tony et ses amis ont décidé de le remettre en état, en 2015.

« Il a fallu réparer les ponts; on a mis beaucoup de calvettes. C’est de l’ouvrage! Pour quatre personnes d’âge avancé, ç’a été dur. Y'a des moments où les gars voulaient tout lâcher », dit Tony Godin.

En quelques semaines, l’équipe de septuagénaires a débroussaillé les 100 kilomètres qui vont du lac Opishing à la rivière Shawmere, puis ajouté quelques tuyaux de drainage à temps pour le début de la saison.

« Cette année-là, on était ouvert pour deux semaines. C’était pas beaucoup, mais au moins, on était ouvert. On avait peut-être 300 signatures », se rappelle la présidente du club de motoneige de Foleyet, Denise Godin.

Depuis, les sept membres ont ajouté de nouveaux tuyaux et construit des passerelles pour traverser les nombreux marécages et ruisseaux de la région.

Résultat : les sentiers attirent de plus en plus de visiteurs dans le village de 177 habitants. Plus de 2000 personnes sont passées dans les commerces cette saison.

« Au moins, on peut dire : on donne quelque chose à la communauté », dit Tony Godin.

Le tronçon de sentier relie le réseau de Chapleau à celui de Timmins. Les motoneigistes peuvent dorénavant effectuer un trajet en « boucle » de 7 ou 8 jours, en passant par Wawa, Dubreuilville, Hearst et Cochrane.

Au magasin général de Foleyet, le cahier signé par les touristes témoigne de la popularité des sentiers : on y voit des adresses du Wisconsin, de l’Illinois, du Michigan, mais aussi de Peterborough, London et Québec.

Pour le gérant, cet afflux de clients représente une manne inespérée pour les mois d’hiver.

De l’autre côté de la rue, le seul restaurant du village connaît de nouveau de bons jours. Les activités forestières et ferroviaires dans la région ne suffisent plus à faire vivre le commerce.

« C’est très calme en hiver. Nous en sommes presque au point où l’on devrait fermer l’hiver s’il n’y avait pas les motoneigistes », dit le propriétaire du restaurant Northern Lights, David Ethier.

Cette année, un entrepreneur a même développé des logements temporaires pour les motoneigistes voulant s’arrêter pour la nuit.

« C’est énorme. On commence à penser à comment on peut les garder pendant un jour ou deux de plus. Ça commence à faire penser différemment à quelle sorte d’argent qu’on peut avoir dans notre village », dit Philippe Gagnon.

Un avenir difficile

Ce n’est pas la première fois qu’un club de motoneige tente d’entretenir des sentiers à Foleyet. Mais le bassin limité d’acheteurs de permis de saison et la population vieillissante posent toujours problème.

La présidente du club ne se fait pas d’illusions. Elle sait qu’avec l’âge avancé de ses membres, il faudra recruter des jeunes pour assurer la pérennité du club.

« Je comprends qu’il n’y a pas beaucoup de jeune monde dans le village, mais on aimerait qu’ils viennent faire partie de notre club, dit-elle. Puis, je crois qu’en voyant le succès de cette année, qu’ils vont s’intéresser davantage à venir prendre part à ce travail-là. »

Les derniers travaux de réfection des sentiers, dont l’ajout d’un pont pour traverser la rivière Nat, devraient être effectués cet été.

Tony Godin n’a qu’un espoir.

« Voir quelqu’un d’autre prendre le contrôle puis être capable de dire à mon épouse : ''Embarque sur les machines, on s'en va prendre une ride puis... la trail est belle!'' »