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Une chasse au phoque gris « catastrophique » pour les chasseurs des Îles-de-la-Madeleine

L'équipage d'une douzaine de chasseurs madelinots s'est frotté aux glaces de l'île Pictou en Nouvelle-Écosse, lors de deux sorties en mer. Résultat : aucun phoque gris n'a été récolté en 2018.

Un texte de Philippe Grenier

« Catastrophique », voilà le mot employé par le président de l'Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Réjean Vigneau, pour décrire la saison de la chasse au phoque gris aux Îles-de-la-Madeleine.

Deux sorties en mer auront suffi pour mettre fin aux espoirs des Madelinots. « Par l'abondance de la glace, on a pas pu se rendre », mentionne Réjean Vigneau, ajoutant que par la suite « tous les phoques ont pris l'eau, dans les estuaires. »

Dans le passé, Réjean Vigneau et ces collègues chasseurs allaient chasser le loup-marin du côté de la réserve écologique de l'île Brion, une pratique illégale, mais nécessaire, selon eux. L'île située au nord-est de l'archipel est fréquentée par un troupeau d'environ 10 000 phoques gris qui viennent y mettre bas.

La semaine dernière, huit chasseurs ont eu des amendes pour s'être retrouvés sur le territoire et y avoir chassé en 2016, dont Réjean Vigneau. Ils ne sont donc pas retournés à l'île Brion cette année.

L'objectif des chasseurs était de revenir de la Nouvelle-Écosse avec 2000 phoques gris, pour approvisionner la Boucherie Côte à Côte, copropriété de Réjean Vigneau.

Ce dernier cherche un plan B. « J'ai un inventaire à Montréal qui est approuvé fédéral, je vais puiser là-dedans, on va jouer safe! », lance le chasseur.

L'achat de viande de phoque du Groenland à Terre-Neuve se veut aussi une option : « mais le phoque du Groenland, il n'y a rien de plus insécure que ça, on ne sait pas s'il va en avoir dans le golfe cette année, on sait qu'il va avoir énormément de glace par contre », dit-il.

L'an dernier, l'équipage avait récolté 1800 phoques gris. Avec cette année décevante, Réjean Vigneau a dû reviser ses plans pour sa main-d'oeuvre. « J'ai dû aviser du monde qui était supposé travailler chez nous quatre à cinq semaines et d'autre qui travaillent chez nous à l'année qu'ils seront peut-être sur l'assurance-chômage. »

Le cheptel croissant de plus de 500 000 individus dans le sud-ouest du golfe du Saint-Laurent exaspère les pêcheurs des Îles. Chaque phoque gris mange 1,5 à 2 tonnes de poissons chaque année, selon Pêches et Océans Canada.

Les pêcheurs se plaignent aussi de voir leurs équipements endommagés par le phoque gris.

Approvisionnement de viande chez les restaurateurs

Réjean Vigneau craint aussi de manquer de viande pour l'approvisionnement des restaurants qui ont du loup-marin au menu. Selon lui, la demande des restaurateurs est exponentielle depuis une quinzaine d'années.

À l'époque, 200 phoques pouvaient suffire à la demande, mais aujourd'hui, il parle d'environ 2000 phoques. « Depuis plusieurs années, on n'avait jamais eu de problème d'approvisionnement, mais cette année en 2018... on va voir. »

L'ouverture de Total Océan, une nouvelle entreprise de transformation de phoques pour la production d'oméga-3, entre autres, va aussi augmenter le carnet de commandes des chasseurs de phoques des Îles.

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