Si l'administration Trump lance une guerre commerciale généralisée, le Canada se retrouvera en récession en 2020 selon les projections des économistes de la Banque Scotia. Déjà, les entreprises au Canada sont ralenties par l'incertitude qui grandit.

Une analyse de Gérald Fillion

En imposant des tarifs à la Chine, à l’Europe et à ses partenaires de l’ALENA que sont le Mexique et le Canada, les États-Unis posent des gestes qui vont entraîner un ralentissement de l’économie. Donald Trump a beau raconter sur toutes les tribunes qu’il doit rétablir un équilibre commercial avec ses partenaires, son approche tend à ralentir l’économie, bien que les baisses d’impôts stimulent l’économie à court terme.

Le Canada est particulièrement à risque selon ce qu’explique la Scotia dans une étude publiée vendredi dernier. Un dérapage sur le plan commercial nous conduit en récession selon les experts de l’institution, qui ont évalué plusieurs scénarios possibles.

« D’autres actions par les États-Unis visant à lancer une guerre commerciale mondiale, écrit la Banque Scotia, pourraient, sans surprise, avoir pour conséquences d’entraîner les trois pays en récession. Les banques centrales devraient alors répondre avec des baisses de taux d’intérêt. »

Cela dit, si tout se passe relativement bien et que les États-Unis, le Mexique et le Canada arrivent à la conclusion d’un nouvel accord sur l’ALENA quelque part en 2019 et à la levée des tarifs douaniers, la croissance du PIB au Canada devrait se stabiliser à 2,1 % en 2018 et 2019, puis à 1,6 % en 2020, de l’avis des experts de la banque torontoise.

Mais, dans l’éventualité où les États-Unis se retirent de l’ALENA ou imposent des tarifs douaniers de 25 % sur les importations d’automobiles, ce qui viendrait s’ajouter aux tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, la Scotia prévoit un ralentissement de l’économie au Canada, à 1,9 % en 2019 et à 1,2 % en 2020.

L’ajout d’une surtaxe sur les importations d’automobiles serait la mesure la plus importante adoptée par le président Trump sur le plan commercial, alors que ce marché dépasse les 200 milliards de dollars annuellement.

Le département du Commerce a lancé une enquête sur les importations d’automobiles et de pièces pour savoir si la sécurité nationale des États-Unis est à risque, en vertu de l’article 232 de la loi sur le commerce de 1962. C’est sur la même base que l’administration américaine a décidé d’imposer un tarif douanier de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.

Récession en 2020?

La récession pourrait apparaître si les États-Unis décident d’imposer un tarif douanier de 20 % sur les tous les produits qui entrent aux États-Unis, même si les importations en provenance du Canada étaient exemptées. Une brève récession serait à prévoir au pays en raison de notre dépendance au marché américain. La hausse des taux d’intérêt par la Banque du Canada serait ralentie, le dollar canadien glisserait encore un peu.

Advenant qu’on soit touché par l’opération tarifaire du président Trump, le Canada plongerait en récession, avec une faible croissance de 0,8 % en 2019 et une contraction de 1,8 % en 2020. Le Mexique et les États-Unis se retrouveraient également en récession.

« Une guerre commerciale généralisée, selon la Scotia, lancée par l’administration américaine, entraînerait l’économie intérieure aux États-Unis en récession en 2020, ce qui devrait pousser les économies canadienne et mexicaine en territoire de contraction. La Réserve fédérale, la Banque du Canada et le Banxico pourraient alors réduire leurs taux pour répondre à la crise économique dans la région. »

Les entreprises canadiennes sont inquiètes

Déjà, la Banque du Canada exprime son inquiétude quant à l’évolution du conflit commercial sur l’économie. En entrevue à RDI économie jeudi dernier, la première sous-gouverneure Carolyn Wilkins a dit que les discussions de la Banque du Canada avec les entreprises « nous portent à croire qu’il y a moins d’investissement qu’on aurait eu s’il n’y avait pas eu d’incertitude. »

« Ce qui est important pour une entreprise, a déclaré Carolyn Wilkins, c’est de connaître les règles du jeu pour savoir quel sera le rendement sur l’investissement qu’elle fait. Il y a beaucoup de risque là. L’incertitude ne fait qu’augmenter le risque pour les entreprises. »

Message similaire à la Réserve fédérale américaine alors que le président de l’institution Jerome Powell a indiqué, mercredi dernier, que de plus en plus d’entreprises hésitent à faire certains investissements. Mais, pour l’instant, a-t-il précisé, les données économiques n’expriment aucun ralentissement économique. Et, dans les circonstances, la banque centrale accélère sa hausse de taux d’intérêt.

Kevin Hassett, qui dirige le comité des conseillers économiques de la Maison-Blanche, reconnaît que la confiance des entreprises est peut-être ébranlée par les enjeux actuels sur le commerce mondial. À CNBC lundi, il a dit que les États-Unis se trouvent dans une « période d’incertitude. »

Il est clair que la redéfinition des rapports commerciaux que tente d’imposer le président Trump n’est pas un exercice facile, rapide à réaliser et qui peut se faire sans heurts. Si ce travail avait pour objectif de réduire les inégalités et d’améliorer le sort des Américains les plus malmenés par la mondialisation, le combat de Donald Trump serait davantage soutenu.

Mais, dans la réalité, le problème dans la démarche de l’administration Trump, c’est que les travailleurs américains de l’acier et de l’aluminium pourraient souffrir d’une fermeture du marché, les consommateurs américains pourraient devoir payer plus cher pour une tonne de produits et des millions de ménages américains pourraient encaisser des pertes économiques réelles si une récession éclatait.