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Une mère croit que les compagnies exploitent les camelots

Une mère de Toronto dénonce des pratiques qu'elle qualifie d'exploitation après qu'une compagnie de journaux eut retenu le salaire de livreurs de ses fils, jusqu'à ce que son histoire soulève la colère dans les médias sociaux.

Un texte de Katherine Brulotte

Ezra et Elias Golden espéraient gagner de l’argent pour de futurs achats. Les jumeaux de 10 ans espéraient respectivement acheter un vélo et une nouvelle planche pour trottinette.

Ils ont commencé, en juin, à livrer The Beaches Mirror, une publication du groupe média Metroland. Le travail devait être payé environ 20 $ par semaine, une somme que les jumeaux devaient partager; ce qui revenait à un taux horaire d'environ 2,50 $.

Le salaire était modeste, reconnaît la mère, mais elle voyait dans le travail une expérience intéressante pour ses fils.

Difficile également, pour des enfants de 10 ans, d’obtenir un autre type d'emploi, souligne-t- elle. Les enfants trouvaient la tâche épuisante, mais ils appréciaient le salaire et le fait de rencontrer les gens du voisinage pendant leur livraison.

Changements au contrat

Durant des mois, la famille a consacré deux soirs par semaine à la tâche. D’abord, les garçons assemblaient les publicités et les journaux, puis les livraient le lendemain.

En septembre, une nouvelle pile de publicités a été déposée devant la maison des Golden au lendemain de la livraison, avec une note demandant aux camelots de refaire leur circuit pour 2 $, un montant qu’ils auraient dû partager.

La mère a jugé l’offre inacceptable et, après avoir consulté ses fils, la famille a choisi d’abandonner ce travail.

La compagnie Metroland a avisé les garçons qu’ils ne recevraient pas le salaire des trois semaines précédentes, faute d’avoir donné un préavis de 30 jours, comme le stipule leur contrat.

Amelia, qui est employée dans le domaine des normes du travail, s’est tournée vers Facebook pour dénoncer ce qu’elle qualifiait d’injustice.

Selon la mère, les enfants devaient être payés pour le travail effectué, plus encore puisque c’est la compagnie qui avait modifié le contrat en exigeant du travail supplémentaire.

Metroland a refusé de nous accorder une entrevue. Un porte-parole de l’entreprise qui possède plusieurs dizaines de journaux en Ontario affirme que les bris de contrat comme celui-ci sont considérés au cas par cas.

Dans celui-ci, l’entreprise a finalement accepté de verser les 60 $ demandés par les jumeaux.

L’avocat torontois en droit commercial Ali Daneshvar affirme qu'il y a peu de normes pour encadrer le travail des travailleurs « indépendants ». Il soutient toutefois qu’il serait possible d’argumenter qu'un camelot se trouve dans une relation employeur-employé et donc régie par les normes du travail.

Il affirme que le critère du contrôle pèse normalement lourd dans les décisions en la matière du ministère du Travail.

Si l’employeur contrôle le moment auquel le travail doit être effectué, dicte la méthode, les outils, et offre une formation, il pourrait alors s’agir d’un emploi et non d’un contrat. Les employeurs seraient alors tenus de payer le salaire minimum.

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