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Une « mine » de cryptomonnaies à L'Ange-Gardien

Dans un entrepôt à L'Ange-Gardien, en Outaouais, se trouvent trois jeunes entrepreneurs et des ordinateurs super-puissants qui tournent à plein régime, à la recherche de cryptomonnaies.

Un texte de Yasmine Mehdi

Frais de location moindres, électricité à faible coût et climat froid : les régions du Québec ont tout pour plaire aux investisseurs.

« Ces machines-là roulent à environ 70 degrés Celsius, donc c'est extrêmement chaud », explique Emilio Ousset, 22 ans.

Il désigne la trentaine d'ordinateurs installés dans un recoin de l'entrepôt de 370 mètres carrés. La porte de l'entrepôt est grande ouverte pour permettre à la chaleur émanant des ordinateurs de trouver un exutoire.

« On estime qu'on a environ 175 000 $ en équipement », précise son associé, Samuel Lavigueur.

Les trois jeunes Gatinois ont lancé leurs activités cette semaine, avec l'aide d'investisseurs privés. Ils « minent » des cryptomonnaies, un type de monnaie virtuelle décentralisée qui repose sur un registre créé par des algorithmes.

« C'est certain qu'au début, les gens se posent des questions. Ça a tout pris pour que je puisse expliquer à mes parents comment ça marchait et ils en ont encore beaucoup à comprendre », admet M. Lavigueur.

Multiplier les mégawatts

Miner des cryptomonnaies nécessite toutefois beaucoup d'électricité. Selon M. Ousset, l'entreprise reçoit chaque mois une facture d'Hydro-Québec s'élevant à 3000 $.

De nombreux entrepôts semblables à celui de L'Ange-Gardien ont ouvert leurs portes au Québec dans les derniers mois.

Hydro-Québec dit avoir reçu plus de 100 projets de la sorte, « représentant plusieurs milliers de mégawatts ».

« Hydro-Québec Distribution ne pourra pas alimenter la totalité des installations visées par les projets qui lui ont été présentés et qu'elle analyse actuellement, notamment en raison de leur impact sur la demande lors des pointes hivernales », met toutefois en garde un porte-parole de la société d'État, Marc-Antoine Pouliot.

Des changements dans l'industrie financière

Le directeur fintech et innovation de l'Autorité des marchés financiers, Moad Fahmi, reste aussi prudent.

Il admet que l'Autorité s'intéresse à la nature du bitcoin depuis 2014 et qu'elle y voit des opportunités ayant « un avantage pour le public ». Il reste que les cryptomonnaies comme le Bitcoin ou l'Etherium ne sont pas encadrées par une institution financière.

« Les cryptomonnaies sont très volatiles et donc très risquées. Un investissement qu'on fait aujourd'hui pourrait valoir beaucoup moins demain », souligne-t-il.

Pour le directeur du Centre de recherche en droit, technologie et société de l'Université d'Ottawa, Florian Martin-Bariteau, les gouvernements devront se pencher sur la question tôt ou tard.

« Chaque fois que vous demandez à une agence provinciale ou fédérale son interprétation juridique du bitcoin ou d'une cryptomonnaie, il n'y en a pas une seule qui est d'accord avec l'autre », rappelle-t-il. « Il y a un certain nombre de flous. On sait que c'est taxable, ça c'est sûr, quoi qu'on fasse avec le bitcoin, il faut le déclarer à l'Agence du revenu. Mais après, pour les mineurs, il n'y a pas de réponse claire, nette et précise dans le droit québécois. »

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