À chaque semaine qui passe, on décélère, on révise à la baisse, on constate que l'économie mondiale ralentit. Le prix du pétrole est à l'autre extrême des crises qu'on a déjà connues dans le passé. Ce ne sont pas des prix trop élevés qui semblent nous conduire à la crise cette fois-ci, mais des prix dépressifs, qui plongent vers un plancher qu'on ne connaît pas.

Un texte de Gérald Fillion

La croissance américaine est de moins en moins solide, malgré la reconstruction des dernières années, si bien qu'en quelques semaines seulement, ceux et celles qui annonçaient plusieurs hausses de taux d'intérêt en 2016 aux États-Unis ne voient plus rien du tout. Il serait maintenant étonnant que la banque centrale américaine ose encore faire un mouvement cette année.

Les marchés financiers envoient des signaux d'incertitudes, les investisseurs se tournent vers les valeurs les plus sûres, les obligations de pays stables comme les États-Unis ainsi que vers le bon vieux métal jaune, l'or. Mais que se passe-t-il donc? Est-ce qu'une récession s'annonce?

Je vais essayer, le plus simplement, de placer les dominos dans le bon ordre :

1) LES ÉTATS-UNIS

La première économie mondiale, les États-Unis, a retrouvé sa solidité, malgré certaines failles structurelles et sociales qui demeurent. La croissance est la plus forte du G7, le taux de chômage officiel vient de tomber sous les 5 %, le marché immobilier et la construction ont repris pied. Les États-Unis demeurent l'économie la plus puissante du monde, le dollar américain demeure la devise la plus sûre, la plus stable, la plus attractive. Le déclin de l'empire américain reste une fiction. Toutefois, les dernières données laissent croire que la croissance perd de sa force.

2) LA CHINE

La deuxième économie mondiale, la Chine, ralentit. De statistiques officielles en prévisions d'économistes, les données chinoises montrent des signes d'essoufflement. La demande chinoise est de moins en moins forte, la transition économique vers une économie de consommation se poursuit avec des risques importants. En 10 ans, la Chine sera passée d'une croissance d'environ 12 à 14 % annuellement à moins de 6,5 %.

3) LE JAPON

La troisième économie mondiale, le Japon, a frôlé la récession en 2015. La banque centrale vient d'annoncer un taux directeur négatif, une nouveauté dans le monde des banques centrales qui a pour objectif de stimuler l'économie. Plutôt que de rémunérer les banques sur leurs réserves, la Banque du Japon impose un taux négatif aux banques privées, ce qui les oblige à payer pour faire des dépôts auprès de la banque centrale. Le but est de pousser ces institutions financières à injecter ces sommes d'argent dans l'économie, sous forme d'investissements et de prêts.

4) L'ALLEMAGNE ET L'EUROPE

La quatrième économie du monde, l'Allemagne, demeure le phare de l'Europe avec une croissance qui augmente toujours un peu plus depuis l'été 2014. Au dernier trimestre, la croissance annualisée s'est établie à 2,1 %. Le taux de chômage officiel n'est que de 4,5 %. Cela dit, l'Allemagne mène sa barque au milieu d'une zone de turbulences continues, avec la Grèce, le Portugal, l'Espagne et la France qui suscitent des inquiétudes. La croissance est faible dans la zone euro et le taux de chômage dépasse les 10 %. La Banque centrale d'Europe a aussi adopté la stratégie du taux négatif sur les dépôts à court terme des banques.

5) LA RUSSIE ET LE BRÉSIL

La Russie et le Brésil, deux pays émergents de premier plan, sont en récession. La Russie est victime de la chute du pétrole et des sanctions internationales contre elle en raison du conflit avec l'Ukraine. Le Brésil est plombé par le pétrole et la chute de sa devise, le réal. Quantité d'investisseurs se sont réfugiés dans le marché américain au cours des derniers mois pour deux grandes raisons : la hausse attendue des taux d'intérêt aux États-Unis annonçait des promesses de rendement pour les investisseurs.

Et l'incertitude économique mondiale éloigne les investisseurs de marchés encore risqués comme les pays émergents, au profit de pays plus sûrs comme les États-Unis. Chez nous, la chute de notre dollar fait monter les prix des biens, surtout des aliments, qu'on importe. Au Brésil, la chute de la devise fait aussi monter les prix, mais de façon bien plus marquée. Avec une forte inflation, une chute du PIB, de la consommation et des investissements et une instabilité politique en prime, le Brésil est en crise.

6) L'ARABIE SAOUDITE ET LE PÉTROLE

L'Arabie saoudite maintient la pression dans le marché du pétrole en entraînant l'OPEP à ne pas réduire sa production, malgré la surabondance de pétrole. Afin de maintenir ses parts de marché en Asie et de ne pas laisser une seule occasion à l'Iran qui reprend progressivement ses exportations plus importantes de pétrole, l'Arabie saoudite bloque toute tentative de réduction de production. Résultat : les prix chutent, des entreprises font faillite, des dizaines de milliers d'emplois sont perdus, un pays comme le Vénézuéla, déjà fragilisé, s'enfonce. On produit aujourd'hui 2 millions de barils de pétrole de plus que ce qui est consommé quotidiennement sur la planète. La demande ne cesse de décélérer.

C'est dans ce contexte qu'on se pose de plus en plus de questions sur la suite des choses aux États-Unis. Que va faire la Fed? Le ralentissement mondial viendra-t-il nuire aux exportateurs américains ainsi qu'aux sociétés financières, touchées par les turbulences de leurs clients énergétiques? Les résultats financiers des entreprises américaines seront-ils à la hauteur des attentes? L'incertitude grandit. Sans crier aux loups, parce qu'il est honnêtement et factuellement bien difficile de prévoir ce qui s'en vient, les risques de lente croissance, de stagnation économique, voire de récession, sont bien réels.