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Vente de St-Hubert : l'opposition tempête, le gouvernement tempère

Dans la foulée de la vente de fleurons québécois comme St-Hubert et Rona, l'opposition à l'Assemblée nationale déplore l'exode des entreprises québécoises alors que le gouvernement Couillard soutient que la province reste ambitieuse et sort gagnante lorsqu'on fait le bilan de ses acquisitions et ventes.

L'annonce de la vente de St-Hubert à des intérêts ontariens, jeudi, a poussé le Parti québécois et la Coalition avenir Québec à dénoncer en chœur le manque de vision du gouvernement libéral qui mènerait, selon eux, à la perte de fleurons québécois.

« C'est comme s'il y avait une pancarte sur le Québec : "Le Québec est à vendre" », a déclaré le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau. Ce dernier a ajouté que le gouvernement, loin de soutenir les entreprises québécoises, encourageait la prise de possession de ces sociétés par des intérêts étrangers.

« Lorsque le gouvernement [du premier ministre Philippe] Couillard dit que, lors de l'annonce la vente de Rona, c'est "une bonne nouvelle", les investisseurs entendent, écoutent et se disent : "Quelle est la prochaine cible qui risque d'être achetée?" », a poursuivi M. Péladeau, qui accuse les libéraux de se croiser les bras en évitant d'intervenir pour protéger les entreprises québécoises.

L'économie québécoise en « déclin »

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, abonde dans le même sens. « C'est un autre fleuron qu'on vient de perdre, a-t-il déploré. On voit que l'économie du Québec devient de plus en plus une économie de succursales. »

M. Legault dénonce également la perte de plusieurs sièges sociaux québécois, comme ce fut le cas récemment pour Rona et le Cirque du Soleil, de même qu'Alcan et Provigo auparavant.

« Mon inquiétude, c'est qu'on en revienne là où on en était il y a 50 ans, c'est-à-dire d'avoir seulement, au Québec, des succursales de compagnies de l'extérieur », craint-il, ajoutant que « les postes les mieux rémunérés sont dans les sièges sociaux ».

Selon lui, la faiblesse de l'économie québécoise - « on est moins riche que les autres » - rend les entreprises québécoises plus faciles à acquérir.

La CAQ suggère une veille

La proposition du chef de la CAQ est de mener une veille des 25 à 30 plus importants sièges sociaux situés au Québec en se tenant notamment au courant des intentions de leurs propriétaires. En cas de passation vers d'autres propriétaires québécois, Québec pourrait peut-être les soutenir, « quitte à financer une partie [de la transaction], que ce soit avec Investissement Québec ou la Caisse de dépôt ».

« Il y a aussi des lois à passer sur les compagnies à actions multiples, les offres d'achat, les délais qui sont donnés justement pour qu'on puisse trouver d'autres acquéreurs potentiels », poursuit-il.

M. Péladeau partage l'approche préconisée par son collègue parlementaire. Selon lui, Québec dispose des outils pour prévenir la perte de sièges sociaux et le rôle de la Caisse de dépôt est également de voir au développement économique du Québec. Il estime toutefois que le message du gouvernement « célébrant la vente de Rona » infirme ce deuxième rôle de la Caisse.

Ironiquement, a aussi souligné M. Péladeau, l'annonce de la vente de St-Hubert intervient le jour même où la transaction de Rona est finalisée.

Françoise David dénonce le « laisser-faire stérile » du gouvernement

La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, déplore elle aussi « la perte de contrôle d'un autre fleuron du Québec Inc. », et presse le gouvernement Couillard de proposer « une vision économique proactive qui ne mise plus uniquement sur le laisser-faire stérile ».

« Lorsque nos entreprises vendent plutôt que d'acheter, cela démontre que l'environnement économique de la province n'est pas favorable. Le gouvernement porte en grande partie la responsabilité de cette morosité économique en raison de son inaction improductive », affirme-t-elle dans un communiqué.

Mme David souligne aussi que l'entreprise a fait des « efforts importants » pour respecter le droit des travailleurs en laissant une partie de ses employés se syndiquer et pour réduire l'empreinte écologique de ses opérations - ce qui n'est pas fréquent dans le domaine de la restauration rapide - et qu'elle est demeurée rentable.

« C'est en ce sens une entreprise qui devrait en inspirer d'autres. L'acheteur doit s'engager à respecter ces valeurs de St-Hubert », plaide-t-elle.

Des prédateurs plus que des proies

De son côté, la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, convient qu'elle aurait préféré « un dénouement différent » dans le dossier de St-Hubert. « Investissement Québec était en discussion avec la compagnie depuis plusieurs mois, mais le président a décidé de porter son choix sur l'entreprise Cara », a-t-elle poursuivi en entrevue à ICI RDI.

Mme Anglade estime toutefois qu'il est faux de prétendre que les entreprises québécoises sont victimes de la voracité des sociétés étrangères. Elle souligne que les entreprises québécoises ont acquis 258 sociétés étrangères entre 2010 et 2016, alors que seulement 85 entreprises québécoises ont été acquises par des investisseurs étrangers.

La ministre de l'Économie souligne que les médias parlent davantage des entreprises québécoises qui sont achetées en raison de l'attachement des Québécois envers ces entreprises.

« Je pense qu'il faut envoyer un message très clair, ce que l'on veut, c'est un Québec à la conquête du reste de la planète par rapport à ses entreprises et la croissance et leurs exportations et leur développement à l'étranger », poursuit-elle.

« Il y aura évidemment un échange - il y aura des entreprises qui seront acquises, il y aura des entreprises que l'on va acheter - mais ce que l'on veut, c'est d'avoir un Québec à la conquête, un Québec ambitieux, un Québec audacieux », conclut-elle.

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