Une représentante de l'association étudiante du Cégep de St-Jérôme a eu une façon peu orthodoxe de signifier à des représentants militaires qu'elle ne désirait pas de kiosques de l'armée entre les murs de l'établissements.

Le flip de table en règle s'est produit durant le salon Laurentides en emploi qui se tenait hier au Cégep.

 
un épic flippage de table

Retour sur un épique flippage de tableAu salon de l’emploi qui se tenait au cégep de Saint-Jérôme le 15 mars dernier se trouvaient plusieurs représentant-es de diverses entreprises, dont un kiosque des forces canadiennes. C’est donc en exécutant un mandat d’assemblée générale qu’un membre de l’AGES a pris sur ses épaules d’entreprendre une action envers la tenue d'un kiosque de recrutement de l'armée.Une table de l’armée flippée en bonne et due forme, ça n’en prenait pas moins pour enflammer les passions autour de la question du militarisme. Si certain-es applaudissent le geste, plusieurs autres se portent à la défense du militaire honorable et respectable, celui qui risque sa vie pour sauver le monde occidental du terrorisme ou on-ne-sait-trop quelle autre menace.Il n’y a rien d’honorable et de respectable à débarquer dans un autre pays pour flinguer ce qu’on a bien voulu désigner comme l’ennemi, cette éternelle icône des conflits montés de toutes pièces par l’élite politique. On nous donne souvent l'exemple de la campagne en Afghanistan pour citer un exemple de reconstruction et d'aide à la population, mais on oublie souvent de spécifier que le régime Taliban, l'ennemi désigné, a pourtant été mis en place et financé par les États-Unis et leurs alliés à partir de 1979 pour contrer l'Union Soviétique.Il n’y a rien d’honorable et de respectable à se complaire dans la culture du viol – rappelons ce rapport publié l'an dernier qui en dit long sur la loi du silence qui y règne en matière d’agressions sexuelles1.Il n’y a rien d’honorable et de respectable à œuvrer pour une institution qui n’hésitera pas à se retourner contre sa propre population si son gouvernement en donne l’ordre, comme en témoigne notre histoire.Il n’y a rien d’honorable et de respectable à s’investir dans la principale courroie de l’industrie de l’armement, une industrie tellement lucrative qu’elle motive un bon lot de décisions politiques en lien avec l’armée, en plus de détourner une grosse proportion des fonds publics vers ce secteur d’activités. Si l’évidence ne parle pas déjà d’elle-même, mentionnons la responsabilité de cette industrie face aux conflits armés, dont elle finance les deux côtés.On parle de servir le Canada et de défendre notre liberté. Profitons-en pour mettre quelques trucs au clair. L’intégrité territoriale du Canada n’a jamais été sérieusement menacée depuis plus de deux siècles et, les seules fois que nos droits et libertés ont été en péril, ça a systématiquement été l’œuvre de notre gouvernement et des forces armées. On n’a qu’à penser aux conscriptions, à la grève générale de 1919, à la crise d’octobre, à la crise d’Oka, au G20 de Toronto – lors de la conscription de 1918, l'armée a même ouvert le feu sur une manifestation qui contestait l'enrôlement obligatoire2.Le coup de main des militaires lors des inondations du Lac-Saint-Jean ou dans le cadre d’autres catastrophes naturelles ne vient pas invalider cette logique. Au contraire, ces gestes, malgré qu’ils inspirent le respect, s’inscrivent dans la logique de l’instrument politique. En effet, malgré différents chapitres non-négligeable d'aide à la population, ça ne change rien au fait que l'armée est un appareil traditionnellement mobilisé pour intervenir par la voie des armes tant sur son territoire qu'à l'extérieur de celui-ci, le tout selon les intérêts des puissances concernées. À l'intérieur de nos frontières, la quasi-totalité de ses interventions étaient dirigées contre la population civile, tandis que les interventions à l'étranger se sont avérées plus nombreuses et meurtrières.Il y a une certaine ironie à s’indigner d’une table flippée, un geste qu’on qualifie de violent, alors que l’armée est une institution fondamentalement violente, axée autour de la doctrine du combat et de l’industrie de l’armement. En termes de science politique, on parle des forces armées et des forces policières en tant que monopole de la violence légitime de l'État. Au moins, cette table ne laisse aucune famille dans le deuil.Alors voilà, l’AGES s’est dotée de mandats en assemblée générale pour dénoncer la présence de kiosques militaires dans nos écoles ainsi que le militarisme au sens large. La question de la légitimité a été soulevée par des gens qui prétendent que ces assemblées sont désertes, qu’une poignée de marginaux ont noyauté l’association. Et pourtant, certains de ces mandats ont été adoptés lors d’assemblées qui regroupaient des centaines, sinon des milliers de personnes, notamment lors des grèves générales de 2005, 2008 et de 2012.Voici donc ledit mandat adopté pour la première fois en 2008 :Considérant que les forces canadiennes sont présentement dans leur plus grande campagne de recrutement depuis la Seconde Guerre mondiale et que tous les moyens possibles sont explorés par les recruteurs dans le but d’atteindre les ambitieux objectifs de recrutement.-Considérant que le Canada a abandonné sa tradition de participation aux missions de maintien de la paix des Casques bleus et participe désormais aux guerres d’occupations en Afghanistan.-Considérant que le Canada prétend vouloir aider la population afghane, ce qui est absurde compte tenu des motivations économiques et stratégiques poursuit par cette guerre, les raisons invoquées par cette guerre et qui motivent le recrutement militaire dans les écoles relèvent du mensonge et de la manipulation politique.-Considérant que la propagande militaire n’a pas sa place dans les établissements d’enseignement.Que l’AGES s’oppose à toute activité à caractère militariste et à la propagande militaire.-Que l’AGES s’oppose à toute forme de publicité militaire au cégep de Saint-Jérôme incluant la présence de kiosque de recrutement de l’armée et du collège militaire royal, de zoom médiat affichant de la publicité de l’armée et à toute autre forme de publicité militaire.-Que l’AGES appuie « 'opération objection »', la campagne pancanadienne d’opposition au recrutement militaire dans les établissements d’enseignement.----Ainsi par la présente nous endossons l'action portée envers le kiosque des forces canadiennes et tenons à dénoncer les commentaires violents, haineux, homophobes, transphobes, sexistes et complètement inexcusables envers la personne qui a eu le courage de s'opposer à la propagande militaire au sein de notre cégep. Critiquer le geste posé est une chose, mais s'abaisser à vociférer des insultes de la sorte est complètement inacceptable. Parce qu'on a aussi un mandat contre toute forme de discrimination, nous tenons à dénoncer l'intervention de plusieurs membres des forces canadiennes ayant proféré des menaces d'agressions, de viol ou de mort dans les pires cas. Flipper une table ça ne vaut pas de menacer jusqu'à la famille de membres de notre association étudiante. Ces nombreuses manifestations de violence à l'endroit de notre membre nous apparaissent comme le produit d'une culture militaire qui institutionnalise, normalise et banalise les agressions armées, sexuelles et de toutes autres natures à travers l'éthos militaire. À titre d'exemple, le silence et la complaisance au sein des forces armées en lien avec les agressions sexuelles ainsi que vis-à-vis des groupes d'extrême-droite tels que La Meute et Table Rase en disent long sur le sujet.Par rapport à l’action engendrée par ce mandat, il est aussi à rappeler que les kiosques de recrutement de l’armée ont par le passé été perturbés à plusieurs reprises. Il y aurait dû y avoir minimalement plus d’information jointe à cette action directe afin de mettre en valeur la portée politique de cet événement.Si les membres de l’AGES voient un problème avec l’application des mandats d’assemblée générale, ils/elles sont invité-es à se présenter en assemblée générale et à déposer un avis de motion pour faire marche arrière sur ces mêmes mandats.Solidairement vôtre,Les exécutant-es de l’AGES.1.http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/national/2015/04/30/001-plan-action-agressions-sexuelles-armee-canadienne.shtml2.http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/310686/jour-du-souvenir-se-souvenir-de-qui-de-quoi

Posted by AGES on Thursday, March 17, 2016

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