Le volet familial du blogue de la National Rifle Association a revisité quelques contes de fées de notre enfance pour y inclure des armes à feu. C’est ainsi que le Petit chaperon rouge et Hansel et Gretel ne sont plus les tristes victimes du Grand méchant loup ou de la sorcière cannibale, mais deviennent des héros armés.

La National Rifle Association, qui comptait 5 millions de membres en 2013, est une association américaine sans but lucratif dont le but premier est de protéger le droit des Américains de posséder et de porter une arme à feu.

Pour ne pas traumatiser les enfants

Pour éviter que nos enfants ne grandissent traumatisés en entendant les horribles histoires de loups qui éventrent des grands-mères ou de sorcières qui veulent manger des enfants en ragoût, l’association a commandé à une auteure de réécrire les contes de notre enfance.

« La plupart d’entre nous ont grandi en se faisant lire des contes de fées avant de s’endormir, écrit l’un des éditeurs au début du blogue. Mais avez-vous déjà songé à quel point certaines de ces histoires sont sinistres? Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressembleraient ces histoires si les malheureuses victimes, comme le Petit chaperon rouge ou Hansel et Gretel, avaient su comment se servir d’une arme? »

Deux histoires, écrites par la blogueuse ultra-patriotique Amelia Hamilton, ont été publiées jusqu’à maintenant : Le petit chaperon rouge (a un fusil)  et Hansel et Gretel (ont des fusils).

Le Petit Chaperon rouge qui se prend pour Lara Croft

Dans la version remaniée à la sauce proarme, le Petit chaperon rouge s’en va visiter sa grand-mère malade en passant par la forêt, comme dans le conte original. Sauf que cette fois, la fillette, qui ressemble plutôt à une ado, sa carabine à l’épaule et un panier à la main, n’a pas du tout peur du Grand méchant loup, parce qu’elle « se sent rassurée en sentant le poids de son arme sur son épaule ». 

Quand le Grand méchant loup s’approche du Petit Chaperon rouge, « elle saisit son arme pour l’avoir en mains et être prête ». La vue de l’arme effraie le loup, qui s’enfuit.

La grand-mère aussi est sauvée par une arme. Tout en distrayant le loup avec des compliments d’usage sur la grosseur de ses différents appendices, elle recule lentement pour attraper sa carabine. Voici un extrait (ma traduction): 

Grand-mère se retourna pour affronter le loup.

    —    Comme vous avez de grands yeux, dit-elle en reculant.

    —    C’est pour mieux vous voir, répondit le loup.

    —    Comme vous avez de grandes oreilles, dit-elle en s’appuyant sur la porte.

    —    C’est pour mieux vous entendre, dit le loup, en avançant vers elle.

    —    Comme vous avez de grandes dents, dit grand-mère, alors qu’il ouvre ses féroces mâchoires 

    —    C’est pour mieux vous manger, menaça le loup. 

Le loup se pencha vers elle, la gueule grande ouverte, puis s’arrêta. Ces grandes oreilles entendaient le son si particulier d’un fusil de chasse que l’on arme. Il baissa ces grands yeux et vit que la grand-mère pointait une mitraillette vers lui. Il se rendit compte que la Grand-mère ne reculait pas parce qu’elle avait peur ; elle reculait vers son arme pour se protéger, elle et sa maison.

“Je ne crois pas que je serai mangée aujourd’hui, dit la Grand-mère, et tu ne mangeras plus jamais personne.”

Grand-mère pointait son arme vers le loup, trop effrayé pour bouger. Puis une voix familière lança “Grand-mère, je suis là !” Le Petit Chaperon rouge apparut à la porte. Le loup ne pouvait croire sa malchance — il avait croisé la route de deux femmes capables de se défendre dans une même journée et elles étaient de la même famille ! Oh, comme il détestait quand les familles apprenaient à se défendre elles-mêmes. 

L’histoire se poursuit avec un chasseur qui passait par là pour sauver les deux femmes (trop tard) et repart avec la carcasse du loup. 

Quand elles eurent retrouvé leur calme, le Petit Chaperon rouge servit de la soupe au poulet et une tasse de thé à sa grand-être. Elles restèrent ensuite dans un silence agréable, heureuses grâce au sentiment de sécurité que leur procurait le fait de savoir qu’elles pouvaient se défendre elles-mêmes. Ce jour de l’an-là, Rouge et sa Grand-mère vécurent assez d’excitation pour leur durer pendant toute l’année. 

Hansel et Gretel s’en vont chasser

Hansel et Gretel aussi se transforment, passant de victimes à héros armés. 

Hansel et Gretel, selon la version de la NRA.

Crédit photo: Amy Hulse, Studio Coronado

Dans l’histoire originale, un frère et une soeur affamés et abandonnés dans les bois découvrent une maison faite de pain d’épice où vit une sorcière qui les capture avec l’idée de les manger plus tard.

Dans la nouvelle mouture, Hansel et Gretel, à qui on a enseigné comment utiliser une arme en toute sécurité et qui ont chassé avec leurs parents une bonne partie de leurs vies. Ils chassent dans la forêt pour trouver quelque chose qui nourrira la famille. Ils tuent un chevreuil, puis découvrent une maison en pain d’épice où une sorcière garde deux petits garçons prisonniers.

Le frère et la soeur entrent dans la maison par la fenêtre et sauvent les garçons pendant que la sorcière dort dans la pièce voisine. Pendant que Hansel déverrouille la cage, sa soeur « se tenait prête avec son arme à feu, au cas où, parce qu’elle visait mieux que son frère ».

Quand ils retournent à la maison le lendemain matin, les enfants parlent de la sorcière à leurs parents et bientôt tout le village s’en va arrêter la sorcière, Hansel et Gretel en tête de file. La sorcière est mise en prison par les autorités locales, puis tout le monde s’en va manger sa maison.

Comment créer de futurs consommateurs d’armes à feu

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Plusieurs craignent de voir des enfants armés se promenant dans la forêt avec l’idée de tuer des méchants, soutenant que les enfants qui lisent ces histoires n’ont pas la maturité émotionnelle pour comprendre que la possession d’armes a ses risques.

D’autres affirment que le but de ces contes revisités est tout simplement de créer de futurs clients pour l’industrie des armes à feu et que c’est tout simplement une histoire de marché, que c’est comme ça que le lobby des armes fait la promotion de la culture des armes à feu.

Les partisans du droit de porter une arme disent de leur côté que les histoires sont une solution plus paisible des contes de fées parfois perturbants de notre enfance.

Selon l’auteure, ses versions sont beaucoup plus gentille que les histoires originales parce qu’aucune grand-mère ou enfant n’y sont mangés ou éventrés et que, malgré la présence de fusils, les méchants ne sont pas tués. 

Peut-être que la NRA n’est pas au courant qu’il y a un problème de fusillade dans les écoles américaines…?

Depuis le début de l’année 2016 seulement, au moins 52 petits Américains de moins de 18 ans ont pris une arme et ont accidentellement tiré sur eux-mêmes ou sur quelqu’un d’autre... 

L’auteure prépare maintenant l’histoire des Trois petits cochons, qui sortira en mai.

Voici quelques suggestions d’internautes pour d'autres contes à venir :

Le vilain petit canard : « Les autres canards se sont moqués de lui et ont dit qu’il était laid. Alors il a apporté un fusil à l’étang et plus jamais personne ne l’a traité de laid ».

Jacques et le haricot : « Jack a échangé sa vache pour une arme. Malheureusement, il tue sa mère alors qu’il veut la nettoyer ».

Boucle d’or : « Papa Ours, quelqu’un a dormi dans mon lit… et elle est toujours là. Pow! Plus de Boucle d’or ».

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