Il ne vous viendrait probablement jamais à l’idée de cultiver des mouches. Habituellement, lorsque les mouches surgissent, on tente de les écraser. Pourtant, dans mon village natal, on en cultive des millions annuellement, teintées de rose, en plus. Mais, pourquoi?

Une fille de la campagne

Je viens de la campagne. D’une campagne située toutefois à seulement 45 minutes de Montréal. Elle n’est pas si lointaine, mais cependant quasi inexistante dans la tête de ceux qui vivent en milieu urbain. Adolescente, j’ai passé mes étés à quatre pattes dans le champ, ou plutôt à genoux, à attacher des radis et à marcher dans les allées de carottes et d’oignons pour enlever les mauvaises herbes. Ce n’est peut-être pas l’emploi auquel on rêve quand on est tout petit, malgré tout, j’en conserve des souvenirs merveilleux, de grands moments de bonheur et des fous rires interminables.

J’ai eu de nombreuses heures pour admirer la beauté de ces champs qui s’allongent à perte de vue, j’ai aussi eu le bonheur de manger des légumes qui venaient tout juste d’être cueillis. Évidemment, mon rapport à la terre s’en est vu modifié. Malgré tout, lorsque j’achète des oignons à l’épicerie du coin, je suis déçue lorsque je leur enlève une pelure et que je constate qu’ils sont pourris de l’intérieur! Pourtant, je sais que l’agriculture s’avère complexe, la météo joue un rôle prédominant, tout comme les nombreux insectes qui nous entourent. Au-delà de ces connaissances, je demeure exigeante. Lorsqu’on sort nos précieux dollars pour acheter des légumes, on souhaite pouvoir les manger et non pas les mettre directement à la poubelle!

Je suis comme tout le monde. Je me préoccupe de l’utilisation des pesticides, mais je veux un légume digne de ce nom.

J’étais donc heureuse d’entendre parler des oignons lors d’un souper de famille. C’est vrai, c’est un peu étrange, et ça peut sembler pas tout à fait tendance, mais c’est tout de même une préoccupation qu’on devrait tous avoir. Après tout, vous en mangez, vous aussi, des oignons, n’est-ce pas? Alors, que se passe-t-il avec ce légume? Quelles sont les dernières innovations qui y sont associées?

Une mouche qui détruit des champs d’oignons

De minuscules mouches que l’on peut écraser du revers de la main provoquent des pertes considérables dans de gigantesques champs d’oignons. La mouche de l’oignon s’avère la grande coupable. Elle ne s’appelle pas comme ça sans raison; vous l’avez deviné, elle vit dans les champs d’oignons. Elle pond ses œufs à la base du plant, la larve s’en nourrit et le détruit. Les plants environnants s’ils sont jeunes peuvent également être détruits par cette seule et unique larve. Imaginez-en des centaines, des milliers…

Bien sûr, des produits chimiques existent pour provoquer la mort de ces insectes nuisibles. Mais, depuis ces dernières années, les mouches ont développé une certaine résistance. Les agriculteurs se trouvent face à diverses options : utiliser toujours plus de pesticides en connaissant les impacts sur l’environnement et nos cours d’eau ou se tourner vers de nouvelles méthodes.

Ces gens qui travaillent sur les terres, qui nous permettent d’avoir des fruits et des légumes, ce sont de vrais passionnés. Même s’ils ne peuvent obtenir l’étiquette « biologique », ils font tout en leur pouvoir pour diminuer l’utilisation de pesticides. C’est ici que la culture de la mouche entre en jeu.

Une mouche stérile pour diminuer l’utilisation des pesticides

À son usine de Sherrington, le consortium Prisme fait l’élevage de millions de mouches mâles stérilisées. On les colore de rose pour qu’elles soient facilement identifiables. À la demande des agriculteurs, elles sont relâchées dans les champs d’oignons. Les mâles stériles s’accouplent avec les femelles qui pondent alors des œufs vides. Il n’y a donc aucune larve qui détruise les plants. Les pertes sont pratiquement nulles, soit de l’ordre d’environ 1 %.

Évidemment, plus d’agriculteurs utilisent cette méthode, plus elle est efficace. Également, plus la population de mouches de l’oignon se verra diminuée, moins on aura besoin de recourir à des dizaines et des dizaines de milliers de mouches stériles.

La culture des mouches joue donc actuellement un double rôle. Elle préserve les plants d’oignon et contrôle la population de mouches. Et ce, sans avoir recours aux insecticides. Tout le monde en sort gagnant. Les agriculteurs sont confrontés à moins de perte et l’environnement ne subit pas les répercussions des pesticides.

Bref, les mouches ne sont pas que nuisibles. Celles cultivées chez Prisme jouent un rôle crucial. On préconise une agriculture exempte de pesticides, mais on souhaite tous avoir de beaux légumes dans son assiette. On peut remercier les agriculteurs du Québec qui travaillent avec passion et acharnement pour trouver des solutions pour nous offrir ce qu’il y a de mieux.


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