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Elles ont le droit de piloter un Boeing, mais pas de conduire une auto 

Premier équipage entièrement féminin de la compagnie aérienne Royal Brunei. De gauche à droit, la capitaine Sharifah Czarena et les copilotes Dk Nadia et Sariana, avant le départ du vol B1081, de Brunei jusqu’à Jeddah, en Arabie saoudite, lors du 32e jour national du Burein.

En février dernier, un équipage entièrement féminin a piloté un Boeing 787 en partance de Brunei, sur l’île de Bornéo, pour atterrir  quelques 10 000 kilomètres plus loin, en Arabie saoudite.

Rien là que d’un peu banal, direz-vous (quoique…), sauf que le lieu d’atterrissage de cet équipage féminin, l’Arabie saoudite, interdit aux femmes de conduire. 

La conduite des femmes est, selon l’interprétation du chef religieux du pays, un acte interdit par la charia.

C’est pourquoi ce vol aux mains d’un équipage qui, du commandant de bord jusqu’aux copilotes, ne comportait que des femmes, n'est pas passé inaperçu lorsqu’il a atterri sur le sol saoudien, où une femme ne peut conduire et reçoit des amendes et des arrestations si elle le fait.

C’était aussi la première fois que la compagnie aérienne Royal Brunei permettait à un équipage entièrement féminin de prendre place dans le cockpit de l’un de ses avions.

La distance entre Brunei et l'Arabie saoudite.

Entre Brunei et l'Arabie saoudite. Crédit photo: Google Maps

Le sultan, la charia et les femmes

Le Brunei, un petit sultanat situé au nord de l’île de Bornéo, en Malaisie, doit sa richesse au pétrole. Il est considéré par plusieurs comme étant un paradis fiscal et n’est vraiment pas reconnu pour sa position égalitaire envers les femmes. Les trois quarts de sa population sont musulmans et régis depuis 2014 par la charia, qui permet entre autres horreurs, la lapidation en cas d’infidélité.

Sharifah Czarena, en 2012, alors qu'elle devient la première femme capitaine de la ligne aérienne royale du sultanat du Brunei.

La capitaine Sharifah Czarena, en 2012, première capitaine de la compagnie aérienne Royal Brunei. Crédit photo: Royal Brunei Air/Instagram

Une femme inspirante 

Sharifah Czarena, la femme qui était aux commandes de ce vol bien particulier, a déjà fait parler d’elle en 2012, quand elle est devenue non seulement la première femme capitaine de la compagnie Royal Brunei, mais de n’importe quelle compagnie aérienne en Asie du Sud-est.

Être un pilote, les gens voient ça comme un métier de mâle dominant. Pour une femme, une Brunéienne, c’est tout un exploit, avait-elle dit à l’époque en recevant ses épaulettes de capitaine. Ça montre vraiment à la génération plus jeune ou aux filles surtout, que peu importe leur rêve, elles peuvent l’atteindre.

Le rôle de la femme est complexe au Brunei. Le pays se range au 23e rang du point de vue de la participation économique et des opportunités offertes aux femmes (la participation active des femmes est passée de 20 % en 1971 à 57 % en 2012), et pourtant il est au dernier rang en matière de pouvoir politique accordé aux femmes.

Même l’Arabie saoudite fait mieux.

Parce qu'on est en 2016

Selon la Société internationale des femmes pilotes de ligne, sur un total de 130 000 pilotes dans le monde, 4 000 sont des femmes, dont seulement 450 sont des capitaines.

(Source)

* Sur la photo du haut :  le premier équipage entièrement féminin de la compagnie aérienne Royal Brunei Air. De gauche à droit, la capitaine Sharifah Czarena, les copilotes Dk Nadia et Sariana, avant le départ du vol B1081, de Brunei jusqu’à Jeddah, en Arabie saoudite, lors de la 32e fête nationale du Brunei. 

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