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La fois où j'ai croisé Véro Cloutier au même moment que j'écrivais cette chronique sur MusiquePlus

Véronique Cloutier - nostalgie 90s

Il était une fois une chroniqueuse qui écrivait un texte sur MusiquePlus et la nostalgie des années 90 qui, par le plus grand des hasard, est tombée sur Véronique Cloutier en pleine rue durant sa pause, le jour même. On se reparle de cette rencontre, infusée de synchronicité, dans quelques paragraphes... 

En 1990 

Dans les années 90 au Québec, le fil d’actualité des ados passait par MusiquePlus, plutôt que par les réseaux sociaux. Un nouveau clip d'Aerosmith? C’était le buzz. On allait passer notre vendredi soir à regarder le Combat des clips dans le sous-sol de nos amis, et la facture téléphonique de leurs parents allait mystérieusement augmenter sans qu’ils le sachent. 

C’était toute une époque. L'âge d'or du vidéoclip. On arrivait de l'école, et on allumait la télé pour essayer de capter le plus récent de notre groupe préféré, prêts à partir l'enregistreuse VHS à tout moment.

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Parfois, on enviait les fans qui étaient sur place lors de performances en direct du studio. Et quand on avait vraiment, vraiment de la chance, c'était nous qui y étions, entassés et alertes, rêvassant à l'espoir d'avoir un contact direct avec une vedette populaire. C'était bien avant l'invention du terme selfie, et pourtant, une photo en compagnie d'une idole était encore plus précieuse, quoique quasi improbable.

Munis de nos photos de magazines et de nos marqueurs dans l'espoir de collectionner un autographe, on faisait le pied de grue devant les locaux de la chaîne télé pour voir nos groupes préférés pendant leur tournée à Montréal. Les fans de musique avaient de quoi rêver. La vie ne pouvait pas être plus merveilleuse qu'à ce moment-là où nous avions l'impression de traverser l'écran. Nous étions jeunes, et tout était soudainement possible, parce qu'une rock star était à quelques mètres de nous.

Tout fan qui se respectait se devait d'y être, même si certains n'avaient pas l'autorisation de leurs parents, ou qu'ils habitaient trop loin, en région.

On portait fièrement nos t-shirts à l'effigie de nos idoles comme toutes groupies dignes de ce nom. On serrait fermement entre nos mains notre appareil photo, afin de pouvoir capter une fraction de ce moment. On finissait par prendre une pellicule de 24 poses, avec une foule de mauvaises photos floues en guise de souvenir. Quand on apercevait le bout d'un bras de quelqu'un qui semblait être un musicien (mais qui était peut-être juste un régisseur de plateau) on lâchait un cri hystérique sur la rue Sainte-Catherine. C'était notre Beatlemania à nous, la génération Y et X. 

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Dans les années 80 et 90, MusiquePlus était un poste de télé au sommet de sa forme. Cette époque fait encore partie de nous, même si elle n'est plus. Cette chaîne a contribué à devenir qui nous sommes devenus, et je me dois de la remercier pour avoir fait mon éducation musicale. Sans des VJ comme Claude Rajotte, je n’aurais pas plongé dans l’univers de Radiohead, qui enrichit toujours ma vie en 2019.

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Quelques années avant de tomber amoureuse du chanteur Thom Yorke, je placardais ma chambre d'ado d’affiches des Backstreet Boys grâce à cette chaîne spécialisée. C'est aussi sur ses ondes que j'ai découvert le pouvoir de la musique alternative, à l'époque où je faisais semblant d’être une grunge estivale de banlieue. Jusqu'au début des années 2000, MusiquePlus était synonyme de passion pour de nombreux membres de ma génération.

Mon plus beau souvenir? Quand j'ai eu la chance de rencontrer les membres du groupe écossais Travis au tournant du siècle. Cette rencontre a changé ma vie. Non seulement j'ai développé une passion envers la culture British, mais en plus, Fran Healy, le chanteur, avait pris le temps de lire un recueil de poésie et de paroles de chansons que j'avais écrit dans la langue de Shakespeare. Il m'a dit de ne jamais lâcher, de toujours continuer à écrire. Savez-vous ce que ça fait, avoir 19 ans et se faire donner une tape dans le dos par un charmant musicien sur qui vous avez le béguin? Ça donne une raison de plus de vivre et de s'accomplir pleinement. Quelques années après, j'ai arrêté d'écrire. Heureusement, son conseil a continué de me hanter jusqu'au jour où je me suis réveillée de mon coma artistique. Wake up

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Les années 2000 ont tout changé

Puis, un jour, MusiquePlus a changé.

S Club 7 a pris de plus en plus de place. Moins de musique, plus d'émissions de télé-réalité américaines qui ne répondaient plus à ce que je recherchais. J'aurais préféré voir un clip de Ozzy que de regarder les Osbournes se chicaner autour du four micro-ondes. 

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Pendant ce temps, on a grandi. Internet haute vitesse a pris le relais. Britney s'est rasé le crâne. Ses cheveux ont repoussé. L'eau a beaucoup coulé depuis, sous les ponts de la culture. 

Le rendez-vous musical n’est plus collectif, il est désormais individuel, mais aussi mondial. Les vidéoclips que j'ai regardés dans les dernières années se comptent sur le bout des doigts. Les pochettes de CD aussi d'ailleurs. La culture est plus intangible que jamais en 2019 avec le numérique, mais elle est aussi puissante quand on sait s'abreuver à la bonne source.

Grandir avec Véronique Cloutier 

Retournons faire un tour au début des années 90. Véronique Cloutier était la fille la plus cool à mes yeux quand elle a commencé à apprendre son métier de VJ. J'étais encore une gamine, et je la trouvais si belle, si drôle, si spontanée. Je regardais ses entrevues avec les Backstreet Boys et je pensais qu'elle était la personne la plus chanceuse du monde entier. Je voulais devenir Véronique Cloutier, sans trop y croire. À défaut de savoir que je pouvais devenir moi-même, je rêvais de la vie d'une autre.

C'était, en quelque sorte, une « appropriation Véronique Cloutière ». 

Ensuite, l'animatrice a évolué, et elle est allée jouer dans le terrain des grands en devenant « grand public ».

Au fil des années, elle est devenue une femme, puis une femme d'affaires. Si vous me permettez d'être complètement franche, il m’aura fallu des années après son départ de M+ pour lui pardonner d’être devenue une adulte accomplie, plutôt que de passer sa vie dans une éternelle bulle d'adolescence. 

Peut-être que c’est en devenant moi aussi une adulte digne de ce nom, des années plus tard, que le pardon a vraiment mieux passé, alors qu’il m’était resté pris dans la gorge. J'étais fâchée. Inconsciemment, je me disais que si elle devenait une madame, qu'allais-je devenir, moi, l'adulescente?

Je ne sais pas s'il y a une petite Cloutier en chacun de nous, mais je sais qu'il y en a une miniature en moi. 

Comme plusieurs enfants, quand j'étais petite, je faisais des spectacles et des émissions sur mon enregistreuse à cassettes devant le public imaginaire de mon salon. 

La petite Annie a fait place à une jeune adulte joviale, mais parfois aussi un peu frustrée pour toutes sortes de raisons. Le cynisme m'a accompagnée quelques années; je trouvais que tout était trop phoney. Je me sentais snobée par la culture télévisuelle québécoise, que je snobais moi-même depuis les années 2000.

Puis, j'ai vécu des épreuves et j'ai fait de l'introspection sur qui je suis. C'est là que j'ai compris que j'avais ignoré ma VJ intérieure. C'est pour ça que je prenais si personnelle l'évolution de l'animatrice chouchou. Tout ça n'avait rien à voir avec elle. Elle ne m'avait pas trahie, elle s'était écoutée, et moi je m'étais oubliée. Il y a de quoi devenir fru quand on n'est pas qui nous sommes.

Demandez à ceux qui vomissent leur haine sur les réseaux sociaux s'ils sont devenus ceux qu'ils rêvaient d'être. 

Transcender la nostalgie

À force de prises de conscience, le cynisme a lentement fait place à l'admiration. Véro a une force de vie incroyable en elle, et rien ne peut l'empêcher d'étendre ses ailes. Les années me prouvent qu'on a ceci en commun. 

La seule raison pour laquelle j'en voulais à Véro, à la suite de sa métamorphose, c'était parce que je n'avais pas assez cru en mes propres talents créatifs et en leur chemin. Tout ce temps-là, je projetais sur elle mes propres déceptions. Quand j'ai réalisé ça, ma vie a changé. Je suis devenue la fille de médias que j'ai toujours été lorsque j'ai compris que c'est une des choses qui m'habitent. Si j'écris présentement ces mots dans cette chronique, c'est un peu grâce à elle. Mais surtout grâce à ma vraie moi qui s'est un peu réveillée avant qu'il ne soit trop tard. 

L'étrangitude du « destin »

L'algorithme de la vie est parfois bien mystérieux. En prenant une pause pendant que j'écrivais ces lignes, j'ai croisé Véro sur la rue pour la première fois de ma vie. Je l'ai saluée en lui expliquant ma surprise devant cette coïncidence hasardeuse. Belle comme un coeur et pleine d'élégance, elle a souri quand je lui ai raconté en quelques secondes comment en 20 ans, je suis passée de l'admiration, à la colère, pour aboutir à la découverte de soi. J'ai décidé de tout réécrire ce texte sans voile, des fois que ça servirait à d'autres personnes, en quête de leur voie à eux sur l'autoroute de la vie. 

Le hasard fait drôlement les choses. La vie est un spectacle dont nous sommes parfois le héros, parfois le figurant, et d'autres fois le public.

Les années 90 sont mortes, vive les années 90

Le temps est une roue qui tourne sur elle-même. On pensait que les nineties étaient derrière nous, et pourtant, elles nous suivent comme notre ombre. Les années 90 sont parmi nous, bienvenue en 2019.

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Est-ce que ça se pourrait qu'on soit en pleine crise identitaire spatio-temporelle? Presque 20 ans après le pétard mouillé que fut le bug de l’an 2000, les vêtements que porte la nouvelle génération (qui naissait à la fin du dernier siècle) semblent tout droit sortis d’un vidéoclip de 1994. Pourquoi est-ce que notre mode et la culture en général sont si inspirées par la nostalgie de cette fin du siècle?

J’ai ma petite théorie.

J'ai l'impression que les années 90 étaient un peu comme la fin de l’adolescence de la modernité. On se divertissait en regardant des téléséries comme Beverly Hills 90210, Place Melrose et Chambre en ville. C’était une époque d’inconscience globale. Pratiquement tout ce qui se vendait était en plastique fluo. C'était avant le 11 septembre. Avant l'urgence climatique. Avant notre prise de conscience du plastique qui habite dans nos océans. On ne vivait pas dans l'innocence, mais on ne vivait pas non plus en imaginant que le futur serait un possible déclin mondial. 

Les temps ont changé, à la fois pour le meilleur et pour le pire. Il y a 25 ans, les gens fumaient comme des cheminées en se faisant griller une toast à l'ail au bar à pain de chez Pacini. Maintenant, les fumeurs se font juger sur le trottoir par les vapoteurs, qui à leur tour se font juger par les vegans, qui se font juger par les adeptes de la diète KETO. Ainsi va le jugement qui fait son petit bout de chemin comme une boule de neige. Notre époque est ni pire, ni meilleure. Elle est. 

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Les blagues qui nous faisaient rire sont désormais aux oubliettes. En plus des changements des règles du politiquement correct, on réalise avec le temps à quel point elles étaient trop souvent carrément mauvaises. Pourtant, les sacs bananes sont toujours parmi nous même s'ils sont eux aussi de mauvais goût.

C'est à n'y rien comprendre, mais c'est correct. Une chose à la fois, mais aussi, comme disent les paroles d'une chanson de Radiohead «Everything, all of the time».

Le temps passe, les modes reviennent, la nostalgie grandit. MusiquePlus repose au cimetière des CD depuis longtemps déjà. Si cela nous laisse un vide, il n'y a que nous qui pouvons combler le néant en alimentant notre présent de ce qui nous plaît dans la nostalgie. 

Soyons les meilleurs VJ de nos propres vies, et la lumière qui brûle en nous jaillira d'elle-même.


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