Vous vous souvenez de cette nouvelle en 2017 qui annonçait qu’un employeur avait décidé d’accorder 6 jours de congés payés à ses employés non-fumeurs? Toute cette histoire avait fait le tour du monde après qu’un employé ait dénoncé cette injustice dans la boîte à commentaires de cette firme de marketing japonaise. Le président a jugé que cette suggestion était pleine de bon sens, et il a estimé à 6 journées annuelles le temps accordé aux fumeurs pour prendre leur pause

Le lobby de non-fumeurs et tous les ex-fumeurs (officiellement les pires ennemis des fumeurs)  se sont réjouis grandement de cette nouvelle, jaloux de ne jamais oser prendre de pauses sans avoir de dépendance à la cigarette pour se justifier. 

Mais la question que je me pose depuis est la suivante: pourquoi les non-fumeurs ne prennent-ils jamais de pauses, même s’ils en ressentent le besoin? Pourquoi ne pas prendre une pause oxygène au lieu d’une pause de monoxyde de carbone? Une tasse d’eau chaude? Une marche autour de la photocopieuse?

La clique des fumeurs

Ça me rappelle un épisode mémorable de l'émission Friends, lorsque Rachel a déniché un nouveau travail et qu'elle s'est rendu compte qu'elle manquait toutes les occasions de réseautage au bureau, car elle ne fumait pas. Elle a donc commencé à faire semblant d'en griller une pour être dans le « club »! Tellement de gens se sont reconnus dans cette scène quasi mythique. Pourquoi? Les non-fumeurs seraient-ils des suiveux? Ha, peut-être! Après tout, les fumeurs ne sont-ils pas des ex-non-fumeurs qui ont voulu faire comme les autres? Bref, on est tous le suiveux d'un autre. 

Prendre une pause pour éviter le présentéisme

Passer plusieurs heures à rester assis quand on n’a plus aucune concentration n’est peut-être pas la solution la plus productive pour l’entreprise. C’est ce qu’on appelle faire du présentéisme, qui consiste à être physiquement présent, mais mentalement absent. 

La pause n'est pas un signe de faiblesse

Les étudiants ont habituellement droit à une pause durant leurs cours, puisqu'il est prouvé que notre attention n'est plus la même après une certaine période de temps. Il est normal de cesser de retenir de nouvelles informations après une certaine période.

Selon une étude récente menée par Desk Time, les gens les plus productifs travailleraient pendant 52 minutes consécutives avant de s'accorder 17 minutes de repos. Le secret ne serait donc pas de travailler plus longtemps, mais plus efficacement avec des pauses fréquentes! 

Comment calculer équitablement le rendement d'un employé?

Si on commence à comptabiliser la productivité des gens dans le but d’être plus égalitaires et justes envers ceux qui sont plus productifs, il faudra regarder plusieurs autres facteurs que simplement les pauses nicotines, surtout si on considère que le nombre de fumeurs ne cesse de diminuer dans notre société. Je veux dire, qui commence à fumer en 2018? Hum... il faut dire que la vapoteuse gagne beaucoup de terrain ces dernières années!

Pourrait-on ajouter des journées de vacances aux employés qui ne placotent pas longuement de leur prochain voyage dans le Sud autour de la machine à café?

Et que faire avec nos collègues qui travaillent à un rythme plus lent, ou carrément trop vite et font des erreurs qu’il faut ensuite retourner corriger? Et ceux ou celles qui sont constamment en train de regarder leur cellulaire et leur fil d’actualité sur les réseaux sociaux? 

J’ai l’impression que ce genre de revendications risque d’être de plus en plus populaire dans les prochaines années. Et à l'avenir, ces mesures ne concerneront plus tant les fumeurs qui seront moins nombreux. Après tout, on le sait : fumer, ce n’est plus cool du tout, et en plus, ça tue. (Alerte au divulgâcheur.)

Qui mérite quoi?

Alors, est-ce que les employés les plus souriants mériteront une récompense en comparaison avec les bougons du bureau? Est-ce que ceux qui portent les plus beaux vêtements, qui sont les mieux coiffés ou qui ont meilleure haleine recevront une prime de félicitations? 

Et tant qu’à y être, est-ce que ceux qui produisent moins de déchets ou qui mettent leur pot de yogourt vide au recyclage plutôt que dans la poubelle seront récompensés? C’est une idée comme une autre!

Dans un monde idéal, les fumeurs ou même les accros au tricot pourraient prendre les pauses qu’ils veulent si leurs objectifs sont atteints, surtout si les employés restent plus tard en fin de journée ou qu'ils prennent une plus courte pause au dîner. 

Car le fait que les employés non-fumeurs d’un bureau s’empêchent de se lever de leur chaise pour boire un jus de tomate en milieu de l’après-midi est complètement loufoque.

Bien sûr, certains emplois ont des règles à suivre. Je ne peux pas imaginer qu’un policier décide de faire une pause tisane en plein milieu d’une d’un hold-up, ou que l’ouvrier d’une usine mette sur pause la chaîne de production pour aller se faire un café latte. Il ne faudrait pas non plus qu'un chirurgien cardiaque ressente le besoin d'aller prendre une marche santé durant une opération à coeur ouvert! 

Les règles mur à mur, c’est parfois extrêmement infantilisant.Quoi de mieux que d’utiliser son jugement pour déterminer la ligne à suivre. 

Alors, les non-fumeurs, allez-vous enfin oser vous lever de votre chaise même si ce n'est pas en direction d'un cendrier, ou faut-il que les ressources humaines créent un règlement pour vous oblige à prendre la pause que vous méritez?

Je nous le souhaite tous! 


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