Une styliste a créé une robe écologique à partir de racines de champignons en une semaine et demie, une robe résistante à l’eau et au feu et entièrement biodégradable.

Est-ce là le futur de l'industrie de la mode?

Aniela Hoitink l’espère. La styliste hollandaise de 41 ans aime percevoir les tissus comme une extension de la peau. Sa quête? Améliorer ou transformer les propriétés des matériaux textiles traditionnels grâce à l'apport de la technologie et de la microbiologie. Elle est bien partie pour y réussir avec cette robe qui a de l’allure, qui est antimicrobienne, donc bonne pour la peau et pour l’environnement, et entièrement biodégradable.

Aniela Haitink lors d'une entrevue avec la télé hollandaise RTV Utrecht.

La styliste et sa robe en champignons. (Crédit photo: RTV Utrecht)

Avec l’aide de l’université d’Utrecht, en Hollande, qui lui a procuré les champignons nécessaires, une espèce appelée schizophyllum commune, un petit champignon blanc au chapeau caractéristique que l'on trouve sur le bois mort, la styliste écologique a pu réaliser ses expériences et créer une robe unique, sans couture et sans déchets.


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La créatrice a utilisé 350 disques de champignons, dont la croissance s’est faite dans autant de boîtes de Petri. Collées les uns aux autres, ces disques forment un tissu (breveté), qui permet à Aniela de fabriquer une robe sur un mannequin directement, en 3 dimensions.

Les disques de champignon, dans leurs boîtes de Petri.

Les champignons dans leurs boîtes de Petri. (Crédit photo: Neffa)

Aniela utilise la racine du champignon, en ne laissant aucune spore, ce qui signifie que la robe ne se transformera pas en champignon (une bonne nouvelle !). Le mycélium, soit les filaments des champignons qui absorbent  les nutriments, croît rapidement et, lorsque séché, devient non toxique, résistant à l’eau et au feu.

« Chaque feuille est un peu comme une crêpe moelleuse quand on la sort (de la boîte de Petri). Il faut sécher le mycélium pour l’empêcher de croître, mais ça le rend fragile et rigide, ce qui n’est pas approprié pour du tissu », explique la créatrice qui a trouvé une solution pour que le champignon reste souple, même une fois sec.

Cinq disques de champignons superposés.

5 disques de champignons superposés. (Crédit photo: Neffa)

Le mycélium a été utilisé dans l’industrie de l’emballage auparavant, mais jamais dans l’industrie de la mode, explique-t-elle. J’avais besoin d’épaisseurs plus minces que celles utilisées dans l’emballage. Je les ai fait croître dans une boîte de Petri dans un environnement propre, sans bactéries, puis j’ai superposé les minces couches pour créer le matériau. 

Comme il n’y a aucune couture, il n’y a aucune perte. On ajoute des disques pour allonger la robe ou pour la doter de manches. On peut aussi couper le tissu sans qu’il s’effiloche et sans avoir à faire de bord.

Crédit photo: Neffa

Aniela a travaillé sur son matériau pendant un an et demi et continue à faire des expériences pour rendre son tissu encore plus résistant, mais elle espère le voir dans les rues dans quelques années.

Le futur de l'industrie de la mode?

Dans un monde de plus en plus préoccupé par l’empreinte de l’homme sur son environnement, le procédé de la styliste pourrait être une réponse bienvenue et inattendue, puisqu’il n’utilise aucun produit chimique, engrais ou autres ajouts comme le font les autres méthodes de fabrication de tissu.

Le procédé utilise aussi beaucoup moins d’eau. Alors qu’un t-shirt en coton nécessite 2 500 litres d’eau pour sa fabrication, Aniela en utilise 12 pour créer sa robe. Et puis la production peut se faire partout.

On n’a pas besoin d’avoir une ferme, ça peut croître dans des édifices vides, sans tout l’impact environnemental de le faire pousser en Chine, de l’envoyer en Inde pour le fabriquer, puis de le transporter en Europe pour le vendre. C’est tellement plus écologique. On n’a pas besoin de coudre et on peut voir la robe se faire en trois dimensions. S’il y a un trou, on n’a qu’à mettre un nouveau disque pour le couvrir, sans affecter le reste du tissu. 

C’est aussi biodégradable alors quand vous ne voulez plus la porter, vous pouvez la mettre dans la terre et ça ne crée aucun déchet. 

Aniela Hoitkin a une formation de styliste et a passé 12 ans à travailler pour différentes marques avant de créer sa propre compagnie, NEFFA, en 2008. 

Je veux inspirer les gens pour qu’ils pensent différemment au sujet de la mode. Les gens peuvent être un peu effrayés à l’idée de porter quelque chose qui est fait à partir de champignons, mais on n’a pas la sensation que c’est un champignon. La plupart des gens disent que ça ressemble à du papier. C’est confortable et c’est agréable à porter. 

(Source)

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