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Ces artistes qui nous libèrent par leur vulnérabilité

Hubert Lenoir et Safia Nolin

Dans les dernières semaines, lors de leur passage respectif  à Tout le monde en parle, Hubert Lenoir et Safia Nolin ont fait réagir en ne mettant pas le masque habituel qu’on est accoutumés de voir à la télévision. Et là, je ne parle pas du maquillage fantaisiste en forme de coeur de l'interprète de Darlène.

On dit parfois que notre télé québécoise manque de diversité. Que ce soit dans les téléromans, les publicités ou les talk-shows, on voit encore souvent les mêmes visages familiers nous projeter une image collective assez uniformisé. Que ce soit par la couleur de la peau, l’orientation sexuelle, l’apparence, on se ressemble souvent. Mais au-delà de cette problématique, il y a aussi celui du consensus.

On a tendance à favoriser les personnalités qui ne brassent pas trop la cage et qui ont une image bien lisse et prévisible. Et si on se trompait? Et si l’une de nos plus grandes ressources était la différence, et que c’était cette même différence qui nous unissait? Et si nous étions tous un peu anormaux? Parce ce que la normalité… c’est quoi au juste?

On a la chance ces dernières années d’avoir quelques artistes émergents talentueux qui expriment leur authenticité et leur différence, et à en croire ce que les trolls racontent sur internet, ces artistes dérangent.

Des jeunes talents comme Hubert Lenoir et Safia Nolin sont un trésor national, et il faudrait leur rendre hommage pour le service qu’ils nous rendent : nous encourager à être nous-mêmes. Plus que jamais, dans notre société influencée par la culture « parfaite » des auto-promos (avec filtres!) sur Instagram, on a besoin de nos extra-terrestres... qui ne sont pas si E.T. que ça, après tout.

Depuis qu’on est petits, on a entendu des phrases sortir de la bouches des adultes qui se résument souvent à « mais qu’est-ce que les autres vont penser? ».

On s’habille presque tous dans les mêmes magasins, avec les couleurs tendances du moment. Bon, la mode des friperies fait une petite différence, mais ça demeure une minorité qui se distingue du lot, et si c’est une mode, c’est en soi un peu conformiste. Quand, en plus, les gens dans notre petit écran nous reflètent cette uniformité jour et nuit, comment fait-on pour être fidèles à nous-mêmes dans notre vie quotidienne de citoyens ordinaires? Comment on fait pour accepter harmonieusement de ne pas plaire à tous et que tous ne nous plaisent pas? Pour apprécier les autres comme ils sont vraiment plutôt que pour l’illusion qu’ils projettent?

L'art d'être fort à travers sa vulnérabilité

Lorsqu’un artiste expose sa vulnérabilité sur la place publique ou dans son œuvre – non pas pour nous vendre du mascara, mais plutôt sa vision de la vie – c’est une richesse. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de spectacle dans leur apparition télé, car il s’agit bien sûr de divertissement. Mais il y a plus que ça. Les artistes sont là pour nous refléter qui ils sont, pour nous aider à mieux comprendre qui nous sommes; pour nous bouger les plaques tectoniques intérieures. Ils déclenchent des émotions qui mûrissaient en nous dans l'attente d'être cueillies.

On devrait accueillir à bras ouverts leurs démarches artistiques audacieuses qui amènent de nouvelles idées et qui nous font évoluer. Bien sûr, certaines choses sont à prendre, d’autres à laisser, tout dépendant de chacun. Mais peu importe qu’on soit d’accord ou non avec ce qu’ils créent, qu'on aime ou non leur oeuvre, il faudrait au moins les remercier d’avoir l’audace de faire cet exercice de vulnérabilité. Parce que chacun d’entre nous aurait avantage à se voir et s'accepter comme on est vraiment: sans culpabilité, ni honte, ni peur de ce que les autres vont penser de notre différence.

Parce que notre richesse, c’est ce je-ne-sais-quoi qui nous démarque des autres: c'est ça qui crée une réelle et profonde diversité, bien au-delà des apparences.

Plus que jamais, les trolls haineux ont besoin des artistes. Non pas pour se défouler comme des gamins lâches, mais pour les prendre comme source d’inspiration au lieu de tenter de les intimider par méchanceté et faiblesse. 

Certaines mauvaises langues diront que nos artistes les plus authentiques aiment faire de la provocation en s’affichant d’une manière non-conformiste, simplement parce qu’ils sont comme ils sont. Les gens frustrés qui les insultent gratuitement sur internet ou à voix haute en regardant la télé dans leur salon ont plus que jamais besoin d’apprendre du courage de ces créateurs uniques.

Il faudrait faire plus attention à nos originaux. Car on l’est tous, mais certains d’entre nous prendront toute une vie, peut-être même une éternité, pour le comprendre. Et souvent, ce sont les gens les plus conformistes et prévisibles de notre société qui cachent sous leur ombre une richesse inconnue, même (et surtout) d’eux-mêmes.

Merci les weirdos (vous êtes beaux et parfaitement parfaits à mes yeux)

À tous ces artistes qui nous parlent sans filtre de leurs difficultés, de leurs joies, de leurs inspirations, de leur santé mentale ou de leurs fragilités : merci. Continuez de nous surprendre, de nous brasser, de vous montrer.

Osez même (et surtout) attirer l’attention, malgré ceux qui vous le reprocheront. C’est votre vocation. Soyez vous. Nous pourrons ensuite tous être une version plus assumée de notre nous.

Peut-être enfin, nous seront vrais. 


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