Il y a 10 ans, un drôle de moineau voyait le jour, avec ses gazouillis en 140 caractères. Au fil du temps, il a développé sa niche... politiciens, journalistes, relationnistes, vedettes, et autres influenceurs l'ont adopté. Le hic, c'est que Twitter n'a jamais vraiment pris son envol auprès de M. et Mme Tout-le-Monde.

Un texte de Marie-Ève MaheuTwitterCourriel

Mathieu Gaudreault, qui est spécialiste des communications numériques et président de Letube.tv, n'est pas le seul à croire que Twitter, avec ses 320 millions d'utilisateurs, est en déclin.

« Je ne vois pas un grand avenir pour Twitter. Le réseau social ne fermera pas demain matin, mais le problème de cette compagnie-là est qu'elle n'arrive pas à générer des revenus », dit-il.

Le prix de l'action, qui a déjà atteint 69 $, s'échange aujourd'hui à 16 $ à la Bourse de New York. Une baisse de 77 % en deux ans. Twitter a aussi perdu des utilisateurs au dernier trimestre de 2015, une première dans son histoire.

« Le prix de l'action est en chute, et quand on sait que le nombre d'abonnés plafonne, ce n'est rien pour rassurer les actionnaires », dit Mathieu Gaudreault. S'ajoutent le départ de cinq hauts dirigeants en janvier et les mises à pied de 8 % des employés il y a quelques mois.

« Dans notre industrie, pas de croissance et un déclin, c'est la même chose. Je ne suis plus les statistiques de la croissance de Twitter depuis quelques années. Ça donne une idée », renchérit Jean-François Renaud, expert en visibilité numérique.

Associé chez Adviso, il déconseille à ses clients d'acheter de la publicité sur Twitter. « Ils essaient de nous vendre que M. et Mme Tout-le-Monde sont là et qu'on est capable de leur vendre des choses, mais ce n'est pas vrai. Chaque fois qu'on leur a donné une chance, ça n'a pas marché. »

Les enquêtes de CEFRIO chiffrent les utilisateurs actifs de Twitter (connectés au moins une fois par mois) à 10 % des adultes québécois. eMarketer estime le taux de pénétration chez les Canadiens à 18 %. Mais Jean-François Renaud est convaincu que les réels utilisateurs ne dépassent pas 5 % de la population.

Malgré tout, il reconnaît que Twitter a secoué l'univers médiatique. « On ne peut pas dire qu'ils n'ont pas brassé les affaires. Avant, il n'y avait pas d'endroit où tu pouvais interpeller Véronique Cloutier ou Denis Coderre de façon publique et où tu avais une chance qu'ils te répondent. C'est encore quelque chose d'assez unique. Twitter a aussi été un acteur de premier plan dans des révolutions, comme en Tunisie, en permettant aux gens de se parler. »

« Si tu ne génères pas de sous, les gens qui mettaient de l'argent et qui faisaient que ton réseau est bon vont arrêter d'en mettre », dit Jean-François Renaud.

« Le CNN d'Internet »

Connu pour avoir créé la Toile du Québec, Christian Guy n'est pas prêt à prédire la mort de Twitter, qu'il décrit comme « le CNN d'Internet ». Pour lui, le réseau social sert moins aux interactions qu'à la diffusion d'informations. « Il y a beaucoup d'activités qui sont bonnes sur Twitter. Je trouve que c'est alarmiste de parler de sa disparition. On a tendance à exagérer les baisses d'actions. Les compagnies sont très capables de s'adapter. Ça va prendre un grand ménage, mais Twitter pourrait se réinventer », dit celui qui est aujourd'hui vice-président marketing de CakeMail.

Pour lui, le plus gros problème de Twitter, par rapport à ses concurrents que sont Facebook, Instagram et Snapchat, est que tout le monde peut voir ce qui est publié. « Il semble que les humains préfèrent se tenir en gang. L'homme est un animal grégaire. Facebook le montre; Twitter aussi par l'exemple contraire. »

Le pire, ajoute-t-il, est que Twitter n'a pas réussi à faire de l'argent, mais il en a enrichi d'autres, comme les développeurs de Tweetdeck et Hootsuite, des plateformes pour gérer ses comptes Twitter et servir d'outils de veille.

« La vérité, c'est que quand tu vas sur Twitter, c'est un fouillis d'informations. C'est beaucoup pour un oeil humain, et on ne voit que ce qui a été publié dans les dernières minutes », dit Christian Guy.

Pas sans Twitter

Malgré tout, l'ancien journaliste Jean-Hugues Roy, aujourd'hui professeur à l'École des médias de l'UQAM, ne peut s'imaginer se passer de Twitter. « C'est une bonne façon d'avoir de la nouvelle de dernière heure. J'aime que l'information y prime avec le métier qu'on fait. Un professeur de UBC, Alfred Hermida, appelait ça du journalisme ambiant : l'information est toujours là, autour de nous. En même temps, c'est un océan en furie. C'est le déficit de l'attention incarné. Ça n'arrête jamais. »

Il enseigne à ses étudiants en journalisme à utiliser Twitter comme outil pour s'informer, mais aussi pour entrer en contact avec des intervenants.

Après s'être longtemps questionné par rapport à l'intérêt de Twitter, Jean-Hugues Roy a eu un déclic lors des manifestations étudiantes de 2012 avec la création du mot-clic #manifencours. « C'est devenu la première source d'information pour savoir où étaient les manifestants, les policiers, ce qui se passait, avec des photos. »

Mathieu Gaudreault a beau prédire la fin de Twitter, il conseille en attendant à ses clients de continuer d'être présent sur Twitter.

« C'est une présence à partir de laquelle tu peux avoir une certaine notoriété, un certain éclat. Les chroniqueurs, les commentateurs et même les journalistes vont chercher de l'information directement sur Twitter, dans le feu de l'action, et ils en parlent dans les médias plus traditionnels. Si quelqu'un a un message à envoyer et qu'il n'est pas sur Twitter, la pêche à l'information ne le récoltera pas », dit-il.

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