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10 ans et 100 millions en dons pour influencer les partis ontariens

Après des mois de controverses entourant de lucratifs soupers-bénéfice privés tenus par le Parti libéral, le gouvernement a déposé mardi un projet de loi pour bannir les dons de compagnies et de syndicats. À quel point ces dons sont-ils importants pour les partis politiques?

Une enquête d'Alex Boissonneault et de Valérie Ouellet

Depuis 2005, les syndicats, les groupes d'intérêt et les grandes entreprises ont remis près de 100 millions de dollars en dons aux 3 principaux partis politiques, ce qui représente plus de la moitié de l'ensemble des contributions rapportées à Élections Ontario

Nous avons analysé 10 ans de dons politiques pour mieux comprendre comment et pourquoi l'argent passe des principaux groupes d'intérêt aux coffres des partis.

EXEMPLE  no 1 : La vente de bière dans les épiceries, ou donner pour des parts de marché?

Trois ans avant que le gouvernement libéral n'annonce dans son budget 2015 qu'il permettrait la vente de bière dans 450 épiceries de la province, les dons provenant de grandes compagnies, de micro-brasseries et de groupes de pression aux 3 grands partis politiques provinciaux ont monté en flèche.

Entre 2012 et 2013, les dons au Parti libéral liés à l'industrie de la bière ont doublé, passant de 82 250 $ à 181 627,46 $. Du côté du NPD, on a reçu cinq fois plus d'argent de ces donateurs pour la même période. En 2015, les dons sont retombés subitement pour tous les partis. 

Parmi les plus généreux donateurs se trouve Canada's National Brewers. Le groupe de pression représente la chaîne The Beer Store, qui a détenu pendant des années un quasi-monopole sur la vente de bière en Ontario. Quant aux Brasseries Labatt du Canada, au sommet du palmarès, elles sont en partie propriétaires de la chaîne.

Ces dons ne fluctuent pas au hasard, selon le politologue Robert MacDermid, de l'Université York, qui a passé les 15 dernières années à analyser les dons faits aux partis politiques, y compris en Ontario.

EXEMPLE no 2 : La fin des courses de chevaux, ou donner pour sauver un secteur en difficulté

Cette tendance ne s'observe pas juste dans les grandes industries comme celle de la bière, c'est la même chose pour de plus petits secteurs économiques, par exemple l'industrie des courses de chevaux.

En 2012, le gouvernement libéral de Dalton McGuinty annonçait qu'il ne soutiendrait plus l'industrie des courses de chevaux en Ontario. Puis, c'était au tour de la Société des loteries d'annoncer le retrait des machines à sous de plusieurs hippodromes. Pour un secteur en difficulté, c'était le début de la fin.

L'industrie avait besoin d'argent, et surtout d'un appui à Queen's Park. Pour la première fois, le NPD, qui dénonçait les compressions, a reçu des dons d'entreprises comme Woodbine Entertainment Group, propriétaire de l'hippodrome de Toronto.

C'est le Parti conservateur qui a encaissé les plus gros montants, recevant en 2014 37 600 $ de l'industrie. Parmi les donateurs, le groupe Ontario Horse Racing Industry Association, qui représente les éleveurs de chevaux et les propriétaires d'hippodromes. Durant la campagne électorale, le chef du Parti, Tim Hudak, avait promis de ramener les machines à sous s'il devenait premier ministre. 

Selon le politologue Robert MacDermid, c'est un autre exemple classique d'une industrie qui tente d'influencer les politiques publiques.

EXEMPLE no 3 : Les syndicats d'enseignants... ou partir ailleurs avec sa tirelire

Parfois, une décision politique peut avoir un impact négatif... jusque dans les coffres d'un parti. C'est ce qui est arrivé après le conflit de travail qui a opposé le gouvernement libéral aux enseignants en 2012 et qui s'est terminé par un retour au travail forcé pour des milliers de syndiqués.

Résultat : dans les années suivant le conflit, les syndicats comme la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l'Ontario (OSSTF) et ses unités locales ont presque complètement arrêté de donner de l'argent au parti de Kathleen Wynne. En un an, les dons sont passés de presque 200 000 $ à 26 000 $, soit 10 fois moins.

Cette volte-face n'est pas une première dans le milieu de l'enseignement, remarque le politologue Peter Graefe, de l'Université McMaster.

Une pratique encore légale en Ontario 

Ces liens étroits entre partis politiques, syndicats et entreprises sont une forme de corruption, croit le politologue Peter Graefe.

Il souligne que ce type de dons est illégal au fédéral, ainsi qu'au Québec et dans les provinces de l'Atlantique. D'après lui, il est grand temps pour l'Ontario d'emboîter le pas.

Il applaudit au nouveau projet de loi déposé mardi par le gouvernement libéral, mais croit que les partis auront beaucoup de travail à faire pour maintenir leur financement sans les syndicats et les compagnies. Il croit aussi que ces derniers n'ont pas dit leur dernier mot.

Il croit aussi que le besoin de dons de particuliers pourrait pousser les partis à revoir leurs approches, comme c'est arrivé lorsque la loi fédérale sur le financement a été changée. 

Avec l'aide précieuse de Marie-Eve Potvin et de Pascale Breniel

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