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100 millions de plus pour désengorger les hôpitaux du Québec

Mieux gérer l'occupation des lits dans les hôpitaux, désengorger les urgences et maintenir si possible les patients à domicile : tels sont les objectifs du ministre Gaétan Barrette qui injecte 100 millions de dollars dans le réseau de la santé. Une réponse qui arrive trop tard, de l'avis de l'opposition péquiste et caquiste.

En conférence de presse, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec a affirmé que c'est l'atteinte de l'équilibre budgétaire, par le gouvernement de Philippe Couillard, qui permet cet investissement.

« On n'a coupé aucun service », a-t-il dit de son bilan passé, reconnaissant toutefois avoir supprimé des postes de cadres, abolissant ainsi ce qu'il considérait comme superflu au plan bureaucratique.

Cet investissement de 100 millions de dollars s'inscrit dans la continuité de la réforme du réseau de la santé, d'expliquer Gaétan Barrette, en ce sens que les lois 10 et 20 ont entraîné, selon lui, des améliorations systémiques.

Restait le problème des lits de courte durée, qui sont occupés dans une proportion de 10 à 15 %, en tout temps, par des patients qui requièrent des soins chroniques ou continus et pas forcément en milieu hospitalier.

Le modèle existe, mais il n'est pas répandu

Une région comme le Bas-Saint-Laurent est parvenue à corriger le tir en réduisant à 1,9 % la proportion de lits de courte durée occupés par des patients qui devraient être soignés autrement. Dans cette même région, les délais d'attente pour être pris en charge aux urgences ont été réduits à deux heures. Un modèle à suivre, dit Gaétan Barrette.

Mais un modèle encore inatteignable dans quantité d'autres régions, reconnaît le ministre, qui évalue à 20 % le taux de lits de courte durée occupés à mauvais escient dans certains hôpitaux universitaires.

Afin de remédier à cette situation, Québec répartira de la manière suivante les 100 millions annoncés

 - 55 M$ pour 1472 nouvelles places en hébergement pour des personnes âgées en perte d'autonomie; - 30,5 M$ pour 446 nouvelles places en santé mentale; - 14,5 M$ pour 207 places en réadaptation et en convalescence.

« Ces mesures vont obligatoirement libérer des places à l'hôpital », assure le ministre de la Santé.

Une succession d'investissements

Ce financement supplémentaire est rendu possible par les 300 millions de dollars de réinvestissement en santé annoncés au mois d'octobre dans la mise à jour économique du ministre des Finances, Carlos Leitao.

Depuis, ces fonds ont notamment permis au ministre Barrette d'injecter 65 millions de plus dans les CHSLD – somme qui servira à l'embauche de 1300 personnes –, 20 millions dans la diminution des temps d'attente pour les chirurgies et 20 millions dans les services diagnostiques, pour un total de 205 millions de dollars.

De plus Québec a investi 60 millions de dollars dans les soins à domicile. Un pan important dans le continuum de soins envisagé par Gaétan Barrette, qui affirme que le placement en Centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) n'est pas la solution requise dans bien des cas. La solution réside dans le maintien à domicile, selon lui.

Quelle est la politique de soutien à domicile, demande le PQ

En guise de réplique, la critique péquiste en matière de santé, Diane Lamarre, a déclaré que l'annonce des 100 millions de dollars visait à « réparer » les décisions passées du ministre Barrette. Des agissements qui ont, selon elle, désorganisé complètement le système de santé, épuisé le personnel et donné aux patients le sentiment d'avoir été abandonnés dans les urgences.

Chaque dollar qui a été annoncé aujourd'hui, c'est le sacrifice [que Gaétan Barrette] a imposé aux Québécois depuis deux ans et demi. Ce sont les services essentiels qu'il a coupés à de mauvais endroits. Il a trop coupé.

Diane Lamarre, députée de Taillon du Parti québécois et critique en matière de santé

Au sujet des soins à domicile, Mme Lamarre reproche à Gaétan Barrette de ne pas avoir de politique. Elle se demande de surcroît comment ont été « saupoudrés » les 60 millions d'investissements annoncés en août. « On n'en a pas vu la couleur », critique-t-elle.

« Cette annonce-là, elle est due » - François Paradis, de la CAQ

De l'avis du député de Lévis, François Paradis, cet investissement constitue une « réponse tardive » de la part de Gaétan Barrette. Le ministre, dit M Paradis, réagit ainsi aux pressions répétées de l'opposition et de la population.

Une réponse tardive aussi dans la mesure où on l'attendait depuis 2003 : « Ça fait quinze ans qu'on rappelle le temps d'attente aux urgences, sur les civières », dit-il.

Et les délais aux urgences demeurent considérables, cite M. Paradis qui rapporte qu'à Trois-Rivières, on y attend 17 heures, à Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, 24 heures, ou encore à Saint-Jérôme, 26 heures. Dans l'ensemble de la province, le délai moyen d'attente aux urgences est de plus de 15  heures, d'après la CAQ.

Ottawa serait prêt à ouvrir ses goussets

En conférence de presse, mercredi, le ministre Barrette a martelé qu'il importe d'avoir l'appui financier du gouvernement canadien pour les soins de maintien à domicile et pour ceux touchant à la santé mentale. « À Ottawa, j'espère qu'ils m'entendent, a ironisé Gaétan Barrette. Allô, Ottawa? »

Plus tôt dans la journée, une source avait affirmé à CBC que le gouvernement de Justin Trudeau serait prêt à ratifier, avec les provinces, un accord à long terme dans le domaine de la santé. Cette source - un haut fonctionnaire fédéral - a spécifié qu'Ottawa assortirait à cet éventuel accord l'obligation, pour les provinces, d'investir cet argent dans les soins à domicile et en santé mentale.

Le premier ministre Justin Trudeau rencontrera vendredi ses homologues des provinces pour discuter de changements climatiques. Le dossier de la santé a été ajouté aux discussions sur l'insistance des provinces.

Les provinces demandent notamment au fédéral de ne pas réduire de 6 à 3 % la croissance des transferts fédéraux en santé. Gaétan Barrette, pour sa part, reproche au fédéral de vouloir dicter aux provinces comment dépenser l'argent qu'il leur octroie.

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