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11 Septembre, le drame qui a remodelé notre relation avec les douanes

Les attentats du 11 septembre 2001 n'ont pas sonné le glas du tourisme, pas plus qu'ils n'ont freiné le commerce intercontinental. Mais les impératifs de sécurité ont changé les règles du jeu pour les voyageurs et les camionneurs canadiens. Voici comment.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

À l'époque, le fait que des kamikazes aient transformé en missiles des avions remplis de passagers a refroidi les ardeurs des voyageurs.

« Sur le coup, c'était la panique. Ça a été des années catastrophiques pour le voyage », se rappelle Patricia Corcos, propriétaire franchisée du réseau Club Voyages Selectour, dont l'agence est à Montréal. Certains voyagistes ont même dû fermer leurs portes ou fusionner, dit-elle.

Peu à peu, les touristes ont été de moins en moins nombreux à bouder l'avion et les États-Unis.

Si le souvenir du 11 Septembre s'est estompé, l'impact des attentats se fait cependant encore sentir avec des mesures implantées au fil des ans. « La façon de voyager a changé, la sécurité aux douanes a changé », souligne Mme Corcos.

Contrôles de sécurité obligent, il faut maintenant s'armer de patience et se présenter plus tôt à l'aéroport. Aux douanes, on doit enlever souliers et ceinture, sortir son ordinateur, ses clés, sa monnaie, ou même se soumettre aux scanneurs corporels. « Et c'est pire aux États-Unis! », ajoute la voyagiste.

Le format des liquides, gels et aérosols apportés dans les bagages à main a ensuite été restreint après la mise en échec, en 2006, d'un complot terroriste visant à faire exploser des avions reliant Londres à des villes américaines avec des explosifs liquides.

Les formalités administratives se sont en outre complexifiées.

Depuis 2007, les Canadiens doivent par exemple présenter leur passeport quand ils entrent aux États-Unis par avion, une exigence étendue deux ans plus tard aux visiteurs arrivant par voies terrestres ou maritimes. Même chose pour des pays comme la République dominicaine et le Mexique, qui se contentaient auparavant de certificats de naissance. Certains États requièrent même que le passeport soit valide pour une période déterminée après le retour prévu.

« Tout ça a changé énormément notre pattern de voyage, mais on s'y est habitué. C'est devenu une réalité », observe Mme Corcos.

Le 11 septembre 2001, 15 ans plus tard

Un drame qui ne traumatise plus les voyageurs

Et pourtant, le 11 Septembre ne fait plus partie des préoccupations de sa clientèle. « Si c'était le seul événement tragique de cette ampleur-là qui était survenu, peut-être qu'on en parlerait encore, mais il y a eu tellement d'autres choses depuis », souligne Mme Corcos.

Londres, Charm el-Cheikh, Madrid, Bruxelles, Paris, Nice et combien de villes en Turquie, pour ne nommer que celles-là : les attentats dans des destinations prisées par les touristes se sont multipliés.

Contrairement aux attentats de 2001, ou encore à des événements comme la pandémie de grippe H1N1, en 2009-10 ou le printemps arabe, amorcé en 2010, l'effet des attentats plus récents est cependant « très ponctuel », remarque Mme Corcos. Souvent, les voyageurs optent tout simplement pour une autre destination.

Ce qui a changé depuis le 11 Septembre, avance la femme d'affaires, c'est que les voyageurs tardent davantage à faire leurs réservations. « Les gens ne veulent pas nécessairement engager de l'argent pour une destination en ne sachant pas ce qui va arriver dans un an ».

Des camionneurs qui gagnent du temps... après en avoir beaucoup perdu

Pour l'industrie du camionnage, le resserrement des contrôles de sécurité aux frontières ne s'est pas fait sans heurts.

« Ça a été une année et demie qu'on veut oublier », résume Sylvain Lehoux, vice-président au transport général pour Groupe Robert, une entreprise qui traverse la frontière 125 fois par jour. Quelque 250 de ses camionneurs empruntent le corridor canado-américain.

« Avant les attentats, ça pouvait prendre à nos chauffeurs de 30 minutes à 1 h 30 à traverser la frontière, en fonction du trafic et du nombre de douaniers. Après, c'était 3 ou 4 heures au minimum. Ils pouvaient même passer 7 heures à attendre. »

Une situation difficile à gérer quand un camionneur qui va aux États-Unis ne peut travailler consécutivement que 14 h, dont 11 h à conduire.

« Les clients ne comprenaient pas que ça prenne tant de temps pour aller livrer leurs marchandises. Qu'il y ait une bonne raison ou non, douanes ou pas, il n'y a pas d'excuses quand une usine de production attend sa matière première », explique M. Lehoux. La conjecture a aussi fait perdre à l'entreprise des chauffeurs, découragés par les retards.

L'informatique à la rescousse

Mais les douanes américaines ont mis en place un système informatique qui a réduit, voire éliminé, le temps d'attente, et le travail de l'industrie se fait maintenant en amont.

Aujourd'hui, le système a accès aux données sur le camionneur, les marchandises, la compagnie de transport, l'importateur, etc. Certaines des exigences administratives se sont ajoutées en cours de route, mais elles ont en fait augmenté la rapidité aux douanes.

« Quand on a commencé l'implantation, c'était pénible », se souvient cependant M. Lehoux. L'entreprise a dû travailler d'arrache-pied pour harmoniser son propre système informatique afin de pouvoir transférer l'information aux autorités américaines. Un processus qui a coûté environ 25 000 $, mais qui avec le recul a valu la peine.

« Quand le chauffeur arrive au poste frontalier, il ne se fait pas poser 3000 questions. Les douaniers ont déjà toute l'information. » Tout ce qu'ils ont à faire, c'est de scanner un code-barres pour la vérifier, explique le dirigeant.

« Aujourd'hui, ça ne prend que quelques minutes, voire quelques secondes », à moins que le système ne soulève un drapeau rouge qui nécessitera une inspection.

M. Lehoux vante l'étroite collaboration entre les transporteurs, les douanes américaines et l'Association de camionnage du Québec. « On rencontrait régulièrement les directeurs de ports de douane pour trouver des solutions sécuritaires qui réduiraient aussi le temps d'attente. »

« Aujourd'hui, c'est l'idéal pour les deux côtés », estime-t-il. « On m'aurait posé la question en 2003, je n'aurais pas eu les mêmes commentaires! » admet-il en riant.

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