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25 000 fonctionnaires formés par l’UPAC pour prévenir la corruption

L'Unité permanente anticorruption (UPAC) ne réalise pas que des enquêtes sur l'attribution des contrats publics. Quatre de ses policiers travaillent en prévention de la corruption auprès des fonctionnaires de la province, un volet beaucoup moins connu du mandat de l'UPAC depuis sa création en 2011. Nous avons eu accès à l'une de ces formations données aux employés de l'État.

Un texte de Marie-France Bélanger

Lors de notre passage, le directeur de la prévention et de la détection à l’UPAC, Benoit Pinet, sensibilisait un petit groupe de fonctionnaires à l’aide de cas concrets et véridiques.

Passionné d'investigations criminelles et de politique, le formateur, qui a été l’enquêteur principal de la Sûreté du Québec dans le cadre du scandale des commandites, est résolument dans son élément. « Je me plais à dire, des fois, que j'étais probablement le seul aspirant policier à l'Institut de police qui repassait ses chemises en regardant la période de questions à l'Assemblée nationale en reprise. On m'a dit que j'étais probablement le seul à regarder, de toute façon, la période de questions en reprise » dit-il, en faisant éclater de rire les fonctionnaires réunis ce jour-là.

Pendant une heure trente, il explique les rouages de la corruption. Il expose, par exemple, la situation d’un fonctionnaire de la Ville de Montréal qui constate, à son retour du travail, que des fleurs ont été plantées sur son terrain et que son paysagement a été fait. Puis, subtilement, l’entrepreneur à l’origine de ces travaux multiplie les cadeaux. Une relation d’amitié se développe entre les deux hommes. Le fonctionnaire tombe des nues lors de son arrestation. Il ne distingue pas le processus de corruption qui s’est installé. « Sa femme est amie avec ma femme », prétexte l’employé municipal.

« Non, non. Ça fait trois ans que tu as été ciblé [par l'entrepreneur] comme une personne influente. La notion d’amis : c’est des amis très intéressés. Et on met en garde l’ensemble des fonctionnaires à ce genre de stratégie là », souligne Benoit Pinet.

Cette formation est un peu comme une sorte de formation corruption 101. « La corruption, c'est criminel. Et il faut expliquer c'est quoi la corruption parce qu’il y a des infractions au Code criminel qui sont méconnues », poursuit Benoit Pinet.

Parmi les plus méconnues à son avis : le fait qu'il est illégal pour un fonctionnaire, même s'il n'a aucune influence sur l'attribution d'un contrat, d'accepter un cadeau d'une entreprise qui a des relations d'affaires avec l'État en vertu de l’article 121 du Code criminel intitulé « Fraudes envers le gouvernement ».

La sensibilisation au coeur de la mission de l’UPAC

Les conseillers en prévention de l’UPAC ont donné au total 900 séances de prévention depuis 2011, réunissant quelque 25 000 titulaires de charges publiques tant dans les ministères ou le réseau scolaire qu’au sein des municipalités. Les efforts sont concentrés sur les employés concernés par l’octroi de contrats.

Pour Benoit Pinet, ces formations, bien que beaucoup moins spectaculaires que les arrestations et les descentes policières, sont importantes parce qu’elles permettent d’agir à la source.

Changement de mentalité

Le directeur de la prévention et de la détection à l’UPAC constate maintenant un réel changement de mentalités. « Au départ, quand on expliquait c'était quoi la corruption, il y avait des grimaces, explique-t-il. Les gens étaient mal à l'aise. »

« Probablement que beaucoup de gens retournaient chez eux en se posant des questions. Mais les gens n’en parlaient pas. Alors que présentement, pendant les séances, les gens sont beaucoup plus à l'aise de dire : "oups, moi, ça m'est arrivé". On voit que la culture du secret, par rapport à ça, a beaucoup changé », se réjouit Benoit Pinet.

Prochaine étape

Après les fonctionnaires, l’UPAC entreprend maintenant des séances de formation auprès des entreprises qui ont des relations d’affaires avec le gouvernement, notamment dans le domaine de la construction. L’UPAC accompagne aussi les ministères pour la mise en oeuvre de plan de gestion de risques de corruption et de collusion dans l'octroi des contrats publics.

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