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40 % des médecins résidents au Québec disent avoir été intimidés

Selon un sondage réalisé auprès des membres de la Fédération des médecins résidents du Québec, 40 % des médecins résidents disent avoir été intimidés par un médecin ou par un membre du personnel infirmier lors de leurs années de résidence.

« Une grosse partie de cette intimidation est liée à l'énorme pression de la part des médecins en pratique pour que l'on ne compte pas les heures. Il y a aussi, dans certains milieux, beaucoup de stress vécu par les résidents. Certains vont se faire ignorer. On va constamment rejeter ce qu'ils disent et être en tout temps impatient avec eux », explique le président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), Christopher Lemieux.

Ce dernier soutient que l'intimidation ne provient pas uniquement des patrons. « Ça vient aussi des infirmières, mais, parfois, ce sont les résidents entre eux parce que les étudiants vivent beaucoup de stress », soutient-il.

C'est énorme. Il y a de plus en plus de pression dans notre système de santé avec tous les changements qu'il y a eus. Je ne crois pas que ce chiffre de 40 % ira en s'améliorant.

Christopher Lemieux, président de la FMRQ

L'équilibre dans le chaos

Être médecin résident, c'est marcher sur une mince ligne, illustre Gabrielle Figueiredo, présidente de l’Association des médecins résidents de Sherbrooke.

En médecine, on vit avec la prémisse que si quelqu’un l’a fait avant nous, on est capable de le faire. Si on n'est pas capable, c’est qu’on n'est pas assez bon, assez fort mentalement et psychologiquement.

Gabrielle Figueiredo, présidente de l’Association des médecins résidents de Sherbrooke

Si elle reconnaît que les étudiants s'imposent souvent eux-mêmes beaucoup de pression, Mme Figueiredo ne va pas jusqu'à décrire la résidence en médecine comme un milieu malsain.

« Mais c'est un milieu périlleux qui peut être dangereux pour plusieurs, soutient-elle. C’est pour ça que les association de médecins résidents essaient de parler de l’intimidation et de sensibiliser les médecins et les infirmières. »

« C’est une culture où on n’a pas droit à l’erreur. Du moins, on le croit », indique pour sa part Maxime Belzile, résident en médecine interne.

« Souvent, on a tendance à juste laisser les choses aller. Il faut encourager les gens à dénoncer l'intimidation et à en parler », ajoute sa consoeur, Émilie Blais.

Oui, la période de résidence peut être difficile et stressante, concède Pierre Cossette, doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke. C'est que le métier est difficile, précise-t-il.

« On sait que ça fait partie de la nature du travail de vivre sous pression », explique le Dr Cossette.

« C’est une culture de performance, mais elle fait partie du travail, qu’on soit médecin ou physiothérapeute. Les patients s’attendent à des soins de très grande qualité et il faut apprendre à gérer ce besoin de performance là et le faire correctement. »

Le stress montré du doigt

Les données sont variables, mais l'intimidation se retrouve dans tous les milieux, d'après Christopher Lemieux.

« Le facteur stress y joue pour beaucoup. Il y a des milieux qui sont tout de même sains. On en connaît qui sont excellents, qui encouragent et qui sont là pour soutenir les résidents, mais en 2016, il y en a encore qui voient le résident comme un travailleur qui travaille pour pas cher. » À ce sujet, le président de la FMRQ donne en exemple le département de dermatologie de l'Université Laval.

Les temps changent également et l'adaptation ne se fait pas toujours.

« Il y a des milieux qui pensent encore comme il y a 30, 40 ou 50 ans, au moment où les connaissances en médecine étaient nettement inférieures à ce qu'on connaît aujourd'hui. Si on regarde les connaissances médicales des dernières années, c'est une courbe exponentielle. Être résident en 2016, ça demande plus de temps d'étude qu'il y a 30 ou 40 ans. Les universités sont sensibilisées à ça, mais c'est difficile de changer les choses en milieu hospitalier et les résidents ont peur de dénoncer ces choses-là », soutient Christopher Lemieux.

Malheureusement, le cycle d'intimidation se répète de génération en génération. « On a vu de jeunes patrons dire qu'ils l'ont vécu à la dure, donc je vais le faire vivre aux autres aussi, mais ce n'est pas comme ça que ça devrait se faire », déplore-t-il.

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