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5 idées reçues sur l'immigration mexicaine aux États-Unis

La question de l'immigration est très présente dans la course présidentielle américaine. Pour le candidat républicain Donald Trump, qui propose de construire un mur à la frontière sud, les immigrants mexicains sont un problème majeur. Retour sur cinq idées reçues sur la question.

1. La frontière n'est pas assez protégée

« La surveillance n'est pas égale à chaque point de la frontière », remarque Andréanne Bissonnette, coordonnatrice de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire de recherche Raoul-Dandurand de l'UQAM. « Parfois, il y a un mur triple, d'autres fois simplement des poteaux qui empêchent les véhicules de passer. »

Mais, sur une grande partie du tracé, les seuls obstacles physiques sont naturels : le Rio Grande, qui longe la frontière sur quelque 2000 km, les déserts de Sonora et de Chihuahua.

La plus grande partie des barrières a été construite depuis 2006, après l'adoption par le Congrès du Secure Fence Act, qui a également permis d'acheter des caméras et des senseurs et d'engager des milliers d'agents frontaliers.

En 1924, lors de la création du US Border Patrol, il y avait 450 agents. Il y en a maintenant 20 273, dont 17 500 sont affectés à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

« Il y aura toujours des préoccupations concernant la frontière, mais il y a eu des investissements majeurs dans la sécurité, de telle sorte qu'on a maintenant beaucoup plus de contrôle sur la région que par le passé », remarque Maureen Meyers, analyste au Washington Office on Latin America (WOLA), une ONG américaine.

2. L'immigration illégale augmente constamment

On ne peut évidemment connaître le nombre de migrants qui traversent la frontière de façon clandestine. On l'estime cependant à partir du nombre de personnes interceptées.

Après avoir atteint un sommet de 1,6 million en 2000, celui-ci a connu une chute marquée et n'était plus que de 331 000 personnes en 2015.

De plus, alors qu'en 2000, les Mexicains représentaient 98 % des immigrants illégaux interceptés à la frontière sud-ouest, ils n'étaient plus que la moitié des personnes arrêtées en 2015.

Cela s'expliquerait en partie par les mesures dissuasives mises en place à la frontière, précise Maureen Meyers. « Toutefois, c'est lié aussi à des changements au Mexique, soit une amélioration de la situation économique, mais également des changements dans la taille des familles et le fait qu'un grand nombre de Mexicains migrent à l'intérieur de leur pays. »

La crise économique aux États-Unis a également joué un rôle, ajoute Mme Meyers. « Après 2008, il n'y avait plus de création d'emplois aux États-Unis dans les secteurs de la construction et des services [qui emploient beaucoup de travailleurs peu qualifiés]. Le facteur incitatif n'était donc plus là. »

3. Les immigrants en situation irrégulière sont surtout mexicains

C'était vrai jusqu'à tout récemment. Mais depuis quelques années, le nombre de migrants en provenance d'Amérique centrale est en augmentation. « C'est une migration qui n'est pas motivée par l'économie, de prime abord, mais plutôt par la question sécuritaire », souligne Andréanne Bissonnette.

L'Amérique centrale est une des régions les plus violentes au monde.

Les statistiques sont frappantes en ce qui concerne le nombre de mineurs non accompagnés arrêtés à la frontière américaine. Alors que le nombre de Mexicains est en baisse, le nombre de jeunes originaires d'Amérique centrale est en très forte augmentation depuis quelques années, tout comme le nombre de familles.

4. Les sans-papiers sont toujours plus nombreux aux États-Unis

En réalité, le nombre d'immigrants illégaux installés aux États-Unis demeure stable depuis plusieurs années.

Pendant les années 90 et au début de la décennie 2000, il y a eu une augmentation très rapide du nombre de migrants en situation irrégulière, jusqu'à un pic de 12,2 millions en 2012.

Mais depuis 2009, ils sont autour de 11,3 millions, ce qui représente environ 3,5 % de la population américaine.

On estime qu'environ 5,6 millions de ces immigrants illégaux sont des Mexicains, un chiffre en baisse par rapport à 2007, lorsqu'ils étaient 6,9 millions.

5. Les Mexicains sont la première minorité aux États-Unis

« Depuis 2009, il y a plus de migrants mexicains qui quittent les États-Unis que de migrants qui y entrent », explique Andréanne Bissonnette.

Selon des calculs du Pew Research Center, entre 2009 et 2014, un million de Mexicains et leurs familles sont retournés au Mexique tandis que 870 000 Mexicains ont immigré aux États-Unis.

« Cela est dû, d'une part, à la lenteur de la reprise économique aux États-Unis depuis 2008 et aussi à la réunification familiale », soutient Mme Bissonnette.

Le gouvernement mexicain a d'ailleurs récemment mis en place un programme pour venir en aide aux Mexicains vivant aux États-Unis afin de les aider à retourner dans leur pays et à trouver un nouvel emploi.

Selon l'Institut de la statistique du Mexique, le taux d'émigration des Mexicains est passé de 144 pour 10 000 personnes en 2006 à 36 pour 10 000 en 2015.

Par ailleurs, même si les Mexicains représentent encore près du tiers des immigrants vivant aux États-Unis, leur proportion a légèrement baissé au cours des dernières années, passant de 30 % à 28 %.

D'après le Bureau de recensement des États-Unis, le Mexique n'est plus le premier pays d'origine des migrants, ayant récemment été devancé par la Chine et l'Inde.

Cela serait dû à la forte demande pour des travailleurs hautement qualifiés, surtout dans le secteur des technologies de l'information. Bon nombre de nouveaux migrants chinois et indiens sont d'ailleurs arrivés aux États-Unis avec des visas d'étudiants.

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