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5 questions et 5 réponses sur la hausse du prix de l’essence

On comprend bien que la tempête Harvey provoque des pressions à la hausse sur le prix de l'essence. Mais pourquoi la majoration est-elle aussi importante et pourquoi nous touche-t-elle au Canada? Quelques explications.

1- Pourquoi le prix de l’essence est-il en hausse aux États-Unis?

Jusqu’à 20 % de la capacité de raffinage aux États-Unis a été affectée par le passage de la tempête Harvey. C’est un manque à gagner de 4,4 millions de barils de pétrole raffiné par jour, l’équivalent de la consommation quotidienne d’un pays comme le Japon.

Plusieurs raffineries de Beaumont et Port Arthur, au Texas, ont cessé leurs activités au cours des derniers jours, puisque la tempête a touché terre de nouveau en route vers la Lousiane et vers des secteurs où se trouvent d’autres grosses raffineries. En plusieurs endroits, l’eau continue de monter et les inondations sont majeures. La plus grande raffinerie des États-Unis, Motiva, sera probablement fermée pour deux semaines, selon plusieurs sources.

Plusieurs pipelines ne transportent plus de pétrole en direction du nord-est de l’Amérique du Nord (c’est par ici!) et vers le Midwest américain. De plus en plus, il y a des craintes de pénurie d’essence. Des navires européens sont appelés en renfort pour transporter du pétrole raffiné vers l’Amérique du Nord.

C’est pourquoi le prix de l’essence aux États-Unis est aujourd’hui à son plus haut niveau en deux ans, depuis août 2015, à 2,519 $ US le gallon américain (0,665 $ US le litre, soit 0,817 $ CAN), une hausse de 17,5 cents depuis le 23 août.

2- Pourquoi le prix de l’essence augmente-t-il au Canada?

Le Canada consomme de son propre pétrole, mais il en importe aussi, par bateau et par pipeline. Ainsi, 54 % du pétrole importé par le Canada vient des États-Unis, soit 412 000 barils par jour. Dans le cas du Québec, c’est 42,5 % de son pétrole importé qui vient des États-Unis, soit 91 000 barils par jour. Ainsi, nous sommes très connectés au marché américain.

Le prix de l’essence dans le marché des contrats à terme est en hausse. Et le prix à la rampe de chargement a donc augmenté dans les derniers jours. Puisque nous consommons du pétrole américain, et puisque notre marché est intégré, le prix d’achat pour les détaillants de ce côté-ci de la frontière est en hausse. Tous les raffineurs, qu’ils soient chez nous ou aux États-Unis, ont augmenté leur marge de profits dans les derniers jours.

Selon la Régie de l’énergie du Québec, le coût du raffinage dans notre litre d’essence est passé de 22 à 28 cents, de mercredi à vendredi. La Régie de l’énergie affiche ainsi un prix à la rampe de chargement de 71,7 cents aujourd’hui. Les raffineurs Valero et Petro-Canada affichent plutôt 79,7 cents. Ainsi, la Régie rapporte une marge de détail de 12,9 cents aujourd’hui alors que les deux entreprises la réduisent d’au moins 8 cents. La Régie affiche le prix de jeudi soir alors que Valero et Petro-Canada donnent le prix du jour.

3- Pourquoi le prix de l’essence varie-t-il d’une région à l’autre au Canada?

La raison principale, ce sont les taxes. Le Québec et la Colombie-Britannique imposent des taxes élevées sur l’essence, alors qu’une province comme l’Alberta est moins gourmande. Il peut y avoir certaines dynamiques régionales qui influencent le coût d’acquisition.

Au Québec, s’ajoutent au prix de l’essence à la rampe de chargement cinq types de taxes : la taxe d’accise fédérale de 10 cents, la taxe sur le carburant du Québec de 19,2 cents, la taxe de financement pour le transport en commun de 3 cents dans la grande région de Montréal, la TPS fédérale et la TVQ provinciale.

4- Pourquoi le prix de l’essence est-il passé de 1,16 $ à 1,34 $ en trois jours à Montréal?

On comprend bien que la hausse est attribuable à la croissance des marges de raffinage à la suite du passage de la tempête Harvey. Lorsque les taxes s’appliquent sur un coût d’acquisition plus élevé, on comprend aussi que la somme est un peu plus importante.

Cela dit, les fluctuations du prix au détail sont difficiles à expliquer. Pourquoi la hausse sur trois jours est-elle de 22 cents à Gatineau, 18 cents à Montréal, 14 cents à Saguenay, 12 cents à Québec et à Sherbrooke, 10 cents à Rimouski et 9 cents à Shawinigan? C’est un mystère. Certains jours, les détaillants ne font pas d’argent, et pour d’autres, la marge est de plus de 10 cents.

La moyenne de la marge de détail estimée à Montréal sur 52 semaines est de 8,8 cents le litre d’essence ordinaire. À Québec, c’est 4,4 cents. Pourquoi? Parce que la dynamique concurrentielle est différente, nous dit-on, dans chacune des régions. Bien des automobilistes sont d’avis que cette dynamique s’est transformée en véritable collusion entre les différentes chaînes, dans certains marchés, une chose qui est difficile à prouver dans les faits.

5- Est-ce que le congé de trois jours explique une partie de la hausse?

Vous allez dire que oui, c’est le cas. Je vais vous dire que je ne peux pas vous le prouver avec des faits. Et l’industrie va jurer que ce n’est pas le cas.

Cela dit, selon le CAA, en 2016, le prix de l’essence a augmenté à la veille d’un long congé à cinq reprises à Montréal, mais a diminué à trois occasions. À Québec, trois fois le prix a monté la veille d’un congé et quatre fois il a baissé; il n'est resté stable qu'une seule fois.

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