Retour

50 mineurs trans ont officiellement leur nouvelle identité

EXCLUSIF - Cinq mois après l'adoption du projet de loi 103 qui permet aux jeunes transgenres de changer de nom à partir de 14 ans, Radio-Canada a appris qu'au moins une cinquantaine de mineurs ont profité de la nouvelle loi pour régulariser leur situation auprès de l'état civil du Québec.

Un texte de Nicolas Vigneault

Le projet de loi qui a été adopté à l'unanimité à l'Assemblée nationale le 10 juin dernier a permis à de nombreuses familles d'obtenir les documents officiels comme le certificat de naissance et la carte d'assurance maladie à temps pour la rentrée scolaire. « Le fait d'avoir ma vraie identité maintenant avec ma mention de genre et mon nom qui ont été changés, ça fait en sorte qu'à l'école il n'y a aucun stress. Je n'ai pas besoin d'avoir peur de me faire appeler par mon ancien nom, de me faire appeler fille. Même si je changeais d'école, ils me verraient à 100 % comme un gars », explique David James Lazure, 14 ans, dont le nom et la mention de genre ont été modifiés sur ses documents officiels.

Les familles qui ont milité pour ces modifications législatives se disent soulagées. Odette Plante, la mère de David, s'est même rendue à l'Assemblée nationale au printemps dernier pour demander aux élus de les appuyer dans leur démarche. Elle rappelle que, l'an dernier, son fils avait dû cesser l'école en raison de l'absence de documents confirmant le genre de son enfant. « Cette reconnaissance-là fait toute la différence. Donc, à l'école, plus aucun enseignant ne se trompe parce que le code permanent, le nom, tout a été changé », raconte la mère de famille avec un large sourire. « Déjà que les gens vivent des crises avec leurs adolescents quand ils n'ont pas ces enjeux-là. Si on rajoute l'enjeu de se faire mégenrer à l'école, bien ça accentue le problème », relate pour sa part le père de David.

Natael Goyette, 15 ans, a quant à lui également bénéficié des nouvelles mesures qui permettent aux mineurs transgenres d'officialiser leur statut. « Ça change tous les aspects de notre vie. On n'a plus peur quand on sort de montrer nos papiers d'identité parce qu'on sait qu'on ne va pas se faire poser des questions comme : "est-ce que vous êtes un garçon ou une fille?" C'est vraiment gênant comme question », témoigne Natael. Sa mère Nadine Dodeman dort aussi beaucoup mieux depuis l'adoption du projet de loi. « Moi, je ne me voyais pas vivre 4-5 ans avec l'identité de mon enfant qui n'était pas correcte, le genre qui ne correspondait pas à ce que lui ressentait. Puis tu te dis que ça va être un calvaire parce qu'à l'école déjà ce ne sera pas facile », explique Mme Dodeman.

Le Royal West Academy de Montréal fait partie des écoles qui ont démontré beaucoup d'ouverture envers les enfants trans qui fréquentent l'établissement. L'institution a même aménagé des salles de bains afin de répondre aux besoins de ces étudiants. Toby Kimmelman est l'un de ces jeunes qui ont décidé l'an dernier de s'affirmer. Celui qui étudie en deuxième année secondaire raconte que la nouvelle loi qui lui permet maintenant d'avoir des documents reliés à son genre lui enlève beaucoup de stress. « J'étais vraiment excité parce que quand je voyage et tout ça, j'aurai pas à être enquêté », souligne Toby, faisant ainsi référence à son passeport qui pourra maintenant être conforme.

La députée de Québec solidaire Manon Massé a accompagné les familles dans leur combat pour faire modifier la loi. Elle a elle-même assermenté une dizaine de jeunes à son bureau de comté au cours de l'été pour faciliter l'obtention des documents officiels auprès du gouvernement. « C'est des vies qui étaient perturbées, des enfants blessés. Moi, je pense que ce qu'on a levé, c'est beaucoup de barrières et de stigma que vivaient ces jeunes-là, et je pense qu'aujourd'hui ils sont beaucoup plus heureux », souligne Mme Massé.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu'est-ce qui se passe quand tu fais une détox de cellulaire?