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64 ans après la disparition d'une femme, le SPVM ouvre une enquête

EXCLUSIF - C'est grâce à l'acharnement de sa nièce que les enquêteurs pourraient finalement lever le voile sur les circonstances qui ont mené à la disparition de Marie-Paule Rochette à Montréal. À moins qu'elle n'ait été assassinée? Preuves manquantes, témoignages contradictoires... voici le résultat d'une longue quête familiale. Cette enquête a d'ailleurs été rouverte grâce à un balado produit pour Radio-Canada.

Un texte de Geneviève Garon

Patricia Rochette observe avec tendresse le monument funéraire sur lequel sont gravés les noms de son père, de ses grands-parents, de son oncle et de ses tantes. L'une d'elles, Marie-Paule Rochette, est la seule défunte dont les restes ne sont pas encore enterrés auprès des siens, au cimetière Saint-Charles, à Québec.

Patricia Rochette n'aura pas l'esprit tranquille tant que sa tante n'aura pas enfin été portée à son dernier repos. « Je sens déjà que son âme commence à être en paix. Il ne lui reste qu'à venir rejoindre ses entrailles, son père et sa mère. » L'histoire de celle qui a disparu à 34 ans est racontée dans la famille telle une légende.

Envolée sans laisser de traces...

Marie-Paule Rochette est née en 1918, à Québec, et a été hygiéniste dentaire dans les Forces canadiennes. Après son mariage en 1945, elle a déménagé à Montréal. Vers la fin de 1952, son frère Raymond Rochette a perdu sa trace et a signalé sa disparition à la police.

Peu de temps après, l'époux de Marie-Paule aurait écrit une série de lettres à Raymond Rochette pour l'informer que sa sœur était internée dans un hôpital psychiatrique.

Quelques mois plus tard, le 5 octobre 1953, les autorités ont fait une macabre découverte dans la rivière des Prairies : une femme inconnue en chemise de nuit, asphyxiée, ligotée et attachée à un bloc de ciment. S'agit-il de Marie-Paule Rochette? Son frère Raymond s'est rendu à la morgue avec un dentiste - qui a analysé des photos de sa mâchoire - et en est revenu persuadé que c'était sa soeur.

Pour plusieurs membres de la famille, il n'y a donc aucun doute que Marie-Paule Rochette a été assassinée. Mais par le plus grand des mystères, jamais le corps de la noyée n'a été officiellement identifié par les autorités. Et jamais la disparition de la femme n'a fait l'objet d'une enquête pour meurtre.

... jusqu'à être complètement effacée

Avec les années, les proches de Marie-Paule Rochette qui se sont penchés sur l'affaire se sont heurtés à la disparition des vieux éléments d'enquête. Il n'y a aucune trace d'un dossier policier sur sa disparition ni sur la noyée. Les empreintes digitales de la noyée ont disparu, tout comme sa mâchoire. Sans laisser de traces, comme Marie-Paule.

Tout ce qu'il reste, c'est une photo du maxillaire inférieur de la noyée, tirée d'un Allô Police de 1953. Et cela s'avère déterminant.

La noyée serait-elle Marie-Paule?

Après des mois de recherches, une lueur d'espoir surgit : Patricia Rochette obtient finalement le dossier militaire de sa tante.

Le spécialiste en affaires policières Stéphane Berthomet, qui assiste à ses recherches, soumet alors à un parodontiste la photo en noir et blanc du journal Allô Police de même que les fiches dentaires de Marie-Paule Rochette, datées de 1944 et retrouvées dans son dossier militaire. Un rapprochement pourra-t-il être fait?

Le résultat est saisissant : le Dr René-Guy Landry relève sept similitudes entre les deux et aucune discordance.

« Sur 14 dents chez la noyée et 14 dents chez Marie-Paule Rochette, on a les mêmes obturations aux mêmes endroits. Et les mêmes dents absentes », explique le Dr Landry, ajoutant qu'« il est fort probable que ce soit la même personne ».

Ainsi, il est fort probable que Marie-Paule Rochette soit bel et bien la femme assassinée il y a 64 ans dont le corps a été repêché dans la rivière des Prairies. Cette expertise constitue une avancée majeure dans l'enquête de Patricia Rochette.

Une enquête provoquée par Radio-Canada

Stéphane Berthomet a informé le ministère de la Sécurité publique des découvertes effectuées dans le cadre de son balado produit pour Radio-Canada, et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été saisi du dossier, une première victoire pour les proches de Marie-Paule.

« La première conséquence directe des événements qui se sont déroulés pendant le balado, c'est que, finalement, il y a une enquête qui a été rouverte », explique M. Berthomet.

De son côté, Stéphane Berthomet poursuit ses recherches avec la famille et espère éclaircir le mystère. Qui sait, peut-être resserrer l'étau autour d'un suspect? Mais le dossier est loin de se simplifier.

Le corps reste introuvable

La reconnaissance par les dents faite par le Dr Landry est certes fascinante, mais elle ne remplace pas un test d'ADN. Malheureusement, ce type d'identification du corps de la noyée pourrait s'avérer impossible.

La dépouille a été enterrée dans une fosse commune de Montréal, dans ce qui est appelé de nos jours le repos Saint-François d'Assise. Mais, comme explique la thanatologue Marie-Josée Émond, le cimetière ne possède plus les plans pour localiser la dépouille, puisque la fosse commune « n'est pas un terrain privé », le corps n'ayant pas été réclamé.

Des langues pourraient-elles se délier?

« On sait qu'il y a des témoins de l'époque encore vivants, affirme Patricia Rochette. Je ne dis pas des personnes coupables, je n'accuse personne. Je dis qu'il y a des témoins qui peuvent en parler et témoigner de ce qui s'est passé. » Des personnes qui seraient aujourd'hui âgées d'au moins 70, 80 ou 90 ans.

Selon le documentariste Stephan Parent, qui s'est penché sur de nombreux cas de disparitions non résolues, les chances sont minces de recueillir de nouveaux témoignages.

« Quelqu'un en fin de vie, ou âgé, qui décide de parler, souhaitons-le [...], mais c'est un petit peu comme jouer à la loterie. » Compte tenu de toutes les preuves qui ont disparu, du manque apparent de rigueur dans l'enquête et des décennies qui se sont écoulées, les attentes de la famille ne doivent pas être trop élevées, selon lui.

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