Retour

64 femmes autochtones lèvent le voile sur les agressions policières en Saskatchewan

Une enquête de l'organisme Human Rights Watch révèle un climat d'agressions, de violence, de peur et de préjugés raciaux de la part des forces policières envers des femmes autochtones de la Saskatchewan.

Un texte d'Andréanne Apablaza

L’étude est basée sur six semaines d'enquête menée auprès de 64 femmes autochtones de la Saskatchewan entre janvier et juillet 2016. Human Rights Watch a aussi interviewé des fournisseurs de services à Prince Albert, à Regina, à Saskatoon et à plusieurs petites collectivités du nord et du centre de la Saskatchewan.

Ces femmes ont raconté à l’organisme qu'elles avaient subi des agressions physiques, du harcèlement sexuel, de la négligence et des fouilles corporelles inappropriées de la part de policiers lorsqu’elles ont signalé de la violence familiale.

Beaucoup de femmes autochtones interrogées trouvent que les agressions de la police dont elles ont été victimes reflètent les préjugés raciaux persistants contre la communauté autochtone en Saskatchewan.

« La crise des femmes autochtones disparues et assassinées au Canada signifie que les services de police à travers le pays devraient être conscients et sensibles au bien-être, à la vulnérabilité et aux besoins des femmes autochtones, a déclaré la directrice de Human Rights Watch au Canada, Farida Deif. Au lieu de cela, dans certains cas, c'est la police elle-même qui fait en sorte que les femmes autochtones se sentent moins en sécurité. »

Les femmes autochtones interrogées ont signalé une profonde méfiance à l'égard de l'application de la loi et craignaient des représailles si elles devaient déposer une plainte contre un agent.

Elles ne signaleraient pas un crime dont elles, ou une autre femme autochtone, ont été victimes de peur que la police ne réponde par du harcèlement ou de la violence physique.

Human Rights Watch estime que le Canada a fait très peu de progrès pour s'assurer que la police est tenue pour responsable de ses échecs. Selon l’organisme, le manque de responsabilité pour ces violences contre les femmes autochtones exacerbe les tensions qui perdurent entre la police et les communautés autochtones au Canada.

De plus, l’organisme réclame la création d’une unité d’enquête spéciale pour faire le point sur les allégations d’agressions policières en Saskatchewan.

Sheila McLean, une organisatrice locale du mouvement Idle No More, a dit lundi matin que le rapport « ne parlait pas seulement de quelques intolérants au sein de la police, mais est un exemple du racisme systémique et du rôle du système de justice qui le perpétue ».

« Pourquoi est-on toujours dans le déni? Vous ne pouvez pas nier ce qui se passe dans notre système de police », tempête de son côté Heather Bear, chef adjointe de la Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN).

« Nous ne sommes pas invisibles. »

Différents corps de police réagissent au rapport

L'Association des chefs de police de la Saskatchewan ainsi que la police de Regina estime que le rapport de l'organisme Human Rights Watch est partial. Selon les deux organisations, plusieurs faits ont été omis.

Le service de police de Regina indique avoir répondu aux questions soumises par Human Right Watch sur l'attitude des policiers face aux femmes autochtones en Saskatchewan.

La police souligne que l'information fournie au sujet de la formation de son personnel et de ses pratiques ne semble pas avoir été prise en compte dans le rapport final.

Les policiers estiment que sans cette information, le rapport ne présente pas un portrait complet des interactions entre ses agents et la communauté.

Pour sa part, le service de police de Prince Albert préfère mettre l’accent sur ses réalisations depuis quelques années, comme la présence d’une aînée autochtone au sein du service qui soutient les victimes, et de plusieurs autres membres des Premières Nations.

Le chef de police, Troy Cooper, dit s’être entretenu avec des représentants de Human Rights Watch en 2016 pour parler des politiques déjà en place.

Dans la foulée du rapport, il affirme considérer la création d’un comité consultatif constitué de femmes autochtones ayant une influence sur leur communauté. Ce comité aurait pour mission d’éplucher le rapport afin de proposer des recommandations pour améliorer la situation.

Avec les informations de Dominique Brunet-Vaudrin

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine