Barack Obama prononcera ce soir son dernier discours sur l'état de l'Union. L'occasion de revenir sur les principaux enjeux de sa présidence et de mesurer ce qu'il a réussi à accomplir au pouvoir.

Un texte de Ximena Sampson

Par le passé, deux thèmes ont dominé ses discours sur l'état de l'Union : l'emploi et l'économie. C'est logique dans la mesure où il a dû faire face à des années particulièrement difficiles après la crise financière de 2008.

Ce sont aussi des thèmes incontournables pour tous les présidents, soutient Pierre Martin, politologue à l'Université de Montréal et directeur de la Chaire d'études politiques et économiques américaines au CERIUM. « C'est la préoccupation principale de la population face à l'action du gouvernement, avance-t-il. Est-ce qu'il y a des résultats en termes de croissance économique et d'emploi? »

Par contre, on remarque qu'à partir de 2012, la question des inégalités économiques prend de plus en plus de place dans les discours de M. Obama. À la suite du mouvement « Occupons Wall Street », le président, à plusieurs reprises, a abordé la question de la redistribution des richesses.

En 2012, il déclarait que « l'enjeu le plus pressant de notre époque est de maintenir vivante la promesse » qu'en travaillant assez fort, chaque Américain aurait la chance d'avoir une maison, une famille et une retraite.

Puis, en 2013, il répétait que le gouvernement devait s'assurer de travailler « pour la majorité et non juste pour quelques-uns » et d'offrir « des chances à chaque enfant ».

C'est une question qu'il devrait encore aborder dans son discours de mardi, croit Pierre Martin. Pas parce qu'il pourra changer grand-chose au cours de l'année à venir, mais plutôt « pour donner le ton ». Ce sera en quelque sorte « son héritage » en ce qui concerne le positionnement du Parti démocrate sur cet enjeu en vue des élections de cet automne, soutient le chercheur.

Au cours de ses deux mandats, Barack Obama a prononcé six discours sur l'état de l'Union. En voici des moments marquants :

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Les clivages partisans

Même si la question des inégalités tient à cœur à M. Obama, il n'a pas vraiment pu agir au cours de ses deux mandats, puisque ses initiatives, telles que la hausse du salaire minimum, sont bloquées par le Congrès, dominé par les républicains.

En effet, la lutte contre la partisanerie, qui était une autre de ses priorités dans les discours, est loin d'être résolue. « C'était une de ses promesses, lors de sa première élection, de changer le ton de la politique pendant sa présidence », rappelle le politologue Pierre Martin. Barack Obama n'a cependant pas pu renverser cette tendance à la polarisation dans la vie politique américaine.

« C'est une déception ou un échec, dépendamment de comment on le regarde », soutient Pierre Martin.

Les armes à feu

En 2013, la question de la violence par armes à feu s'est imposée après le massacre de Newtown, survenu quelques semaines avant le discours sur l'état de l'Union, et qui avait particulièrement touché le président.

Dans son discours, M. Obama avait promis d'agir en demandant au Congrès de légiférer pour mettre en place des mesures en vue de renforcer le contrôle des armes aux États-Unis. Il avait notamment rappelé les victimes des massacres de Newtown (2012), Aurora (2012), Oak Creek  (2012), en présence du mari de l'élue démocrate Gabrielle Giffords, gravement blessée dans une fusillade à Tucson, en Arizona, en 2011.

Force est de constater que, trois ans plus tard, rien n'a changé dans ce domaine et que le président se bat toujours avec le Congrès pour essayer de renforcer les restrictions lors de l'achat d'armes à feu.

Le 5 janvier, il a ainsi dévoilé une série de décrets présidentiels visant notamment à obliger tous les vendeurs à contrôler davantage les antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs. Ces mesures seront adoptées sans l'aval du Congrès.

Un passage obligé

C'est que, finalement, les discours sur l'état de l'union donnent les orientations et les priorités de la présidence pour l'année à venir, mais dans la pratique, peu d'entre elles se concrétisent dans des lois.

Selon une étude de deux politologues américaines, environ 40 % des demandes formulées par les présidents dans leurs discours de l'état de l'union prennent éventuellement la forme d'une loi. Dans le cas d'Obama, il était dans la moyenne jusqu'en 2012. Après la prise de contrôle du Congrès par les républicains, son taux est tombé à 21 %, puis à 5 % en 2013 pour remonter à 14 % en 2014.

« Quand on regarde la concrétisation des vœux exprimés, c'est assez décevant , en effet », soutient Julien Toureille, directeur adjoint de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

Par contre, affirme le chercheur, « même si on peut remettre en question son efficacité législative, ce discours-là reste un moment fort de la vie politique américaine [puisque] c'est la seule fois dans l'année ou le président s'adresse directement aux membres du Congrès. »

C'est aussi l'occasion de s'adresser directement à la population. Le discours sur l'état de l'union est, en effet, un des rares discours présidentiels diffusés sur les principaux réseaux de télévision. Près de 32 millions d'Américains l'ont regardé l'année dernière.

À quoi s'attendre ce soir?

Le discours de ce soir, le dernier de Barack Obama à titre de président, sera « un mélange de rétrospective et de prospective », prévoit le politologue Pierre Martin, du CERIUM.

Il va assurément aborder la question des armes à feu, dont il a fait son cheval de bataille ces derniers mois. Il tient à ce « qu'il y ait un effort de réflexion de la société américaine » sur cette question, croit Julien Tourreille de la Chaire Raoul-Dandurand.

M. Obama devrait également rassurer la population par rapport à la menace terroriste, croit M. Tourreille. Dans les sondages, on voit un regain de préoccupation des Américains pour cet enjeu, après les attentats à Paris et à San Bernardino.

« Il y a une insatisfaction croissante des Américains par rapport à l'action du gouvernement pour gérer la menace terroriste », affirme le chercheur. « C'était un des points forts de M. Obama, perçu comme le président qui a liquidé Oussama ben Laden, mais depuis un peu plus d'un an [...], on le critique sur cet enjeu-là. »

Dans le cadre de la campagne électorale, les républicains attaquent M. Obama en affirmant qu'il n'en fait pas assez pour assurer la sécurité des Américains, soutient Julien Tourreille. Barack Obama voudra donc montrer que son gouvernement a agi contre la menace terroriste et que les démocrates continueront à le faire, ouvrant ainsi la voie à Hillary Clinton, qui aspire à lui succéder.

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